Depuis hier matin, tout le monde se demande si le livre de Valérie Trierweiler va achever l’agonissant qui se meurt actuellement à l’Elysée. On se souvient que Françoise Giroud avait dit, à propos de Chaban-Delmas, candidat sans guère de chance à la présidentielle de 1974, qu’il ne fallait pas… « tirer sur une ambulance ». Aujourd’hui, on a l’impression que Valérie Trierweiler tire… sur un corbillard.

Tout est souverainement déplaisant dans cette affaire qui ressemble beaucoup plus à du Feydeau qu’à du Shakespeare mais du Feydeau qui serait glauque et où tous les personnages seraient d’une médiocrité affligeante. La femme trompée n’est qu’une mégère acariâtre, haineuse, venimeuse. L’homme « trompeur », piètre don Juan de province, est d’une lâcheté incommensurable, avec son regard fuyant et sa cravate de travers.

On devrait sourire en entendant toutes les portes du palais claquer et en voyant, à travers le trou de la serrure, les gardes républicains au garde-à-vous devant le président en caleçon et la pseudo-première dame en nuisette. Mais on est pris par une espèce de nausée, de dégoût.

La bonne femme qui, quand elle était encore dans le lit du souverain, n’était déjà pas sympathique à force de se conduire comme une garce, bascule dans l’ignoble, maintenant qu’elle a été répudiée, en réglant ses petits comptes personnels comme une boniche licenciée. Elle en rajoute tellement avec sa bave aux coins des lèvres qu’on finirait presque par mettre en doute ce qu’elle raconte.

Elle a évidemment raison quand elle nous dit, redit, répète et re-répète que son ancien concubin est égoïste, égocentriste, cassant, méprisant et sans guère d’idées bien arrêtées. Cela fait longtemps –au moins deux ans et demi- que la France entière a compris que, derrière le visage flasque de ce rondouillard aux allures bonhommes, il y avait un ambitieux prêt à toutes les vilenies, toutes les perfidies, toutes les lâchetés pour se cramponner à son trône inespéré.

Mais dans ces 300 pages, il y a une « révélation ». Valérie Trierweiler affirme que François Hollande méprise… les pauvres. Au point de les appeler « les sans-dents ». C’est, évidemment, ce que l’on retiendra de tout le bouquin et c’est, évidemment, dévastateur. Un président de gauche qui s’est fait élire en prétendant qu’il détestait les riches et qui, en fait, méprise les pauvres, c’est-à-dire une bonne part de ses électeurs.

Est-ce plausible ? N’est-ce pas un peu beaucoup et la haine que la mégère éprouve pour celui qu’elle aime encore ne la pousse-t-elle pas à noircir outrageusement le trait, là où ça fait le plus mal ?

Les amis de Hollande –à commencer par Ségolène Royal, très élégante ce matin sur BFM- affirment que « c’est n’importe quoi » comme s’il était totalement invraisemblable qu’un socialiste puisse mépriser les pauvres.

Mais, personne n’a jamais osé demander si François Mitterrand, dans son hôtel particulier de la rue de Bièvres, Lionel Jospin, dans sa maison de l’ile de Ré, ou Dominique Strauss-Kahn dans son appartement de la Place des Vosges, sans parler de Laurent Fabius et des quelques millionnaires du gouvernement actuel avaient la moindre sympathie, le moindre respect pour les pauvres, les défavorisés, les exclus, les… sans dents.

Certes, les pauvres, les damnés de la terre ont toujours été le fonds de commerce (souvent juteux) de tous les ténors de la gauche. Mais une fois élu aucun d’entre eux ne s’est pris pour l’Abbé Pierre et il est d’ailleurs frappant de voir que ceux qu’on a appelés « les nouveaux pauvres » sont apparus en France en 1982 et que la pauvreté s’est particulièrement aggravée en France entre 1997 et 2002.

En fait, la gauche n’a jamais rien fait pour les « sans dents ». Cela se saurait et il n’y aurait pas aujourd’hui 8,7 millions de pauvres en France, soit 14,3% de la population vivant avec moins de 977 € par mois.

Que la gauche n’ait jamais rien fait pour les pauvres est une évidence (la droite n’a pas fait mieux) mais on ne savait pas « officiellement » que cette gauche-caviar-foie gras-Lubéron-Ile de Ré et Marrakech méprisait les « sans dents » au point d’ironiser sur leurs malheurs. C’est ce que nous apprend Valérie Trierweiler.

Cela dit un président qui est à 17% d’opinions favorables n’a plus grand chose à perdre car il y a peu de chance que ces 17% soient constitués de « sans dents ». Et les « bobos » sont sûrement les premiers à plaisanter sur les malheurs de ces « salauds de pauvres »…