Tout le monde admet depuis quelque temps déjà que Marine Le Pen a de sérieuses chances d’être en tête du premier tour de la présidentielle de 2017. Mais, jusqu’à présent, il semblait évident pour tout le monde que, quel que soit son adversaire au second tour, celui-ci l’emporterait haut la main, qu’il soit de droite ou de gauche, Sarkozy, Juppé, Fillon, Hollande ou Valls.

Or, pour la première fois, un sondage affirme aujourd’hui que si ce second tour opposait Marine Le Pen à Hollande ce serait la patronne du Front National qui l’emporterait, et largement par 54% des voix contre 46%.

Il est évident que cette hypothèse n’est pas très réaliste car, d’une part, on imagine mal que le candidat de la droite classique soit éliminé, n’arrivant qu’en 3ème position au premier tour et, d’autre part, on ne peut pas croire que la gauche se choisisse Hollande comme candidat. A moins, bien sûr, que cette droite classique continue à s’entredéchirer et qu’elle présente plusieurs candidats, ce qui n’est pas impossible, et qu’à gauche personne n’ait l’envie d’aller à l’abattoir, chacun se réservant pour 2022.

Il n’en reste pas moins que ce sondage est particulièrement révélateur. Il prouve que Martine Le Pen a réussi son opération de dédiabolisation. Du moins à l’égard des électeurs de droite.

En 2002, lors du second tour qui opposait Chirac à Le Pen père, les électeurs de gauche avaient, comme un seul homme, voté pour Chirac, au nom de la défense de la République et de la démocratie. En 2017, et si l’on en croit ce sondage, les électeurs de droite ne rendraient pas la politesse à la gauche et préféreraient voter Marine Le Pen plutôt que Hollande.

Le Front National n’est plus un épouvantail et même si le programme de Marine Le Pen est incohérent à bien des égards et que son équipe ne semble pas prête à assumer la charge de l’Etat, une majorité (confortable) de Français la préférerait à Hollande. Hollande avait été élu grâce au « Tout sauf Sarkozy », Marine Le Pen pourrait entrer à l’Elysée grâce au « Tout plutôt que Hollande ».

Mais, répétons-le, ce scénario d’un face-à-face Hollande-Marine Le Pen relève de la pure fiction, ce qui permet de penser qu’un bon nombre d’électeurs de droite répondant à ce sondage se sont amusés, par provocation, à dire qu’ils voteraient Marine Le Pen.

Il n’en va pas de même pour les législatives qui suivront la présidentielle. Il est alors vraisemblable que, dans les circonscriptions où le second tour opposerait un candidat socialiste à un candidat Bleu marine, les électeurs de droite ne se croiraient plus obligés de choisir le socialiste. Voilà qui pourrait nous réserver des surprises et marquerait la fin définitive du bipartisme qui a régi notre vie politique depuis plus d’un demi-siècle.

Or, ce tripartisme nouveau entrainerait inévitablement un retour aux mœurs de la IVème République avec la recherche d’une majorité et d’autant plus qu’on peut parfaitement imaginer un éclatement et de l’UMP entre sarkozistes, juppéistes et fillonistes, et du PS entre hollandais, aubrystes, vallsistes et frondeurs.

Nous n’en sommes, bien sûr, pas encore là. Pour l’instant, on peut raisonnablement penser que Hollande va continuer sa descente aux enfers ce qui obligera le PS à se choisir un autre candidat et que le retour programmé pour les jours prochains de Sarkozy contraindra les ténors, barytons et sopranos de l’UMP à remettre leurs ambitions dans leur poche. Ce qui pourrait nous donner un tiercé du premier tour de 2017 avec, dans un mouchoir de poche, Marine Le Pen, Sarkozy et Valls.

Cela dit, en deux ans et demi, tout peut naturellement se produire. Une dissolution, une cohabitation, une démission de Hollande et même une insurrection populaire. Personne ne peut croire que les choses vont continuer comme cela pendant encore 32 mois…