Il est toujours amusant, avant une conférence de presse, d’imaginer ce que va bien pouvoir dire le président de la République. Il faut avouer qu’avec François Hollande la chose est assez facile. On le voit toujours arriver, de très loin, avec ses gros sabots.

Accordons-lui que, cette fois, l’exercice sera particulièrement difficile. Le roi est nu, complètement, comme un ver, à la ramasse, au fin fond des sondages. A mi-mandat, il est obligé de reconnaitre qu’il a tout raté. Le chômage continue à augmenter, les déficits aussi, les impôts aussi.

En plus, viennent de lui tomber sur la tête, coup sur coup, le livre de son ancienne maitresse, Valérie Trierweiler, qui le traite de salaud, celui de son ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, qui le considère comme un jean-foutre et les confidences de son ancien conseiller préféré Aquilino Morelle, qui fait de lui un minable un peu dingo.

A cela s’ajoutent, pour l’anecdote, l’affaire Thomas Thévenoud, l’éphémère ministre qui oubliait de faire ses déclarations d’impôts, l’insurrection des « frondeurs » qui l’accusent d’être un « social-traitre », le réveil de Martine Aubry qui va, visiblement, prendre la tête de la fronde et partir en croisade contre lui et même la première gaffe d’Emmanuel Macron qui semble bien partager avec lui le même mépris pour les « sans dents » et les « illettrés ».

Cette conférence de presse va donc ressembler à un terrible oral de rattrapage où le malheureux candidat sait qu’il n’a aucune chance de se rattraper, le jury étant depuis longtemps fixé sur son incompétence.

Hollande commencera, évidemment, par nous faire un cours de politique étrangère. Une fresque planétaire du terrorisme islamiste. Irak Syrie, Mali, tout va y passer. Mais Hollande n’est pas un diplomate. Il ne connait rien de l’histoire de ces pays, de l’Islam, du Chiisme, du Sunnisme, du baassisme, des tribus, des Kurdes. Hollande est un guerrier (de pacotille). Il ne sait que bomber le torse et gonfler ses pectoraux. Plutôt Schwarzenegger que Kissinger. Incapable de venir à bout de nos loubards de banlieue, il veut juguler l’islamisme radical, éradiquer le terrorisme international, exterminer les coupeurs de tête.

Il expliquera donc, d’abord, longuement que, fidèle à sa tradition de grande puissance coloniale, la France va aller apporter la civilisation à tous les sauvages d’Irak, de Syrie, du Mali et d’ailleurs.

On se souvient de ce que déclarèrent les deux grands hommes de François Hollande Jules Ferry et Léon Blum. Le premier s’écriait, en 1885, à l’Assemblée : « Les races supérieures ont un droit et un devoir vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures ». Et 40 ans plus tard, Léon Blum reprenait en écho toujours à l’Assemblée : « Il est du devoir de ce qu’on appelle les races supérieures d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation »

Fidèle à Jules Ferry qui préférait aller guerroyer au Tonkin et au fin fond de l’Afrique plutôt que de faire face, comme le souhaitait Clemenceau, à l’Allemagne qui nous avait pris l’Alsace et la Lorraine, Hollande préfère s’en prendre au calife de l’Etat Islamique, à Assad et aux rebelles maliens plutôt que d’avoir à affronter la redoutable Angela Merkel qui impose désormais sa loi à l’Europe.

L’ennui, naturellement, c’est que Hollande ne dispose pas de l’armée qu’avaient Jules Ferry ou Léon Blum. Il est obligé, un peu piteusement, d’attendre que Barack Obama lance lui-même la croisade pour s’y joindre avec son unique porte-avions et sa petite dizaine de Rafales.

Il nous racontera sûrement qu’il a réussi, au cours de la réunion qu’il a organisée lundi à Paris, à constituer un front commun prêt à participer ou du moins à soutenir la croisade. En réalité, les pays qui comptent ne sont pas partants. L’Iran dont ne veulent pas les Américains n’était pas là et la Turquie qui a ses propres problèmes avec ses propres Kurdes traine pour le moins des babouches.

Quant aux pays du Golf, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Emirats, qui permettent à Paris et à Washington de faire croire qu’il ne s’agit pas d’une croisade de Chrétiens allant massacrer du Musulman pour protéger d’autres Chrétiens, ils ont plus ou moins promis une aide financière mais avec une stupéfiante hypocrisie puisque ce sont eux qui financent l’Etat islamique au nom de la solidarité sunnite.

Hollande abordera ensuite les problèmes intérieurs, les seuls qui intéressent les Français. Il sera évidemment évasif sur le chômage et les déficits et ne s’attardera sûrement pas sur le répit de deux années supplémentaires que Paris vient encore de demander à Bruxelles pour parvenir au 3% de déficit par rapport au PNB promis.

Sur les impôts, il triomphera répétant tout ce que vient d’annoncer Valls : suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu, prochaine baisse d’impôts pour les classes moyennes. Cela lui permettra de dire aux « frondeurs » que ce gouvernement pense aux plus modestes et qu’il ne pratique ni l’austérité ni même la rigueur. Nous dira-t-il comment il compte compenser ces pertes de rentrées fiscales ? En vendant quelques « bijoux de famille » ? Il va finir par ne plus en rester beaucoup.

Au passage on remarquera que Manuel Valls lui a totalement coupé l’herbe sous le pied en annonçant lui-même ces quelques nouveautés du jour. Histoire, sans doute, de bien prouver que le président n’est plus qu’une potiche un peu ridicule qui continue à proclamer, contre toute évidence, qu’il « maintient le cap » alors qu’il ne détient plus la barre dont se sont emparés Valls et Macron pour amorcer un virage évident qui change totalement le cap.

Peut-être y aura-t-il une question sur le très prochain retour de Nicolas Sarkozy. Là, Hollande pataugera sans doute un peu.

Mais, en réalité, les journalistes n’attendent Hollande ni sur la politique étrangère ni sur la politique intérieure mais, beaucoup plus prosaïquement, sur… ses réactions au livre de Valérie Trierweiler, ses projets avec Julie Gayet et, éventuellement, ses commentaires sur l’idylle de deux de ses anciens ministres, Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti.

Et c’est là tout le drame de ce chef d’Etat qui n’en est plus un. Ayant trop dit n’importe quoi pendant trop longtemps, il a été définitivement relégué dans les pages « people » de l’actualité.

Cela dit, on va tout de même l’écouter en fin d’après-midi, simplement pour voir la mine, sans doute un peu déconfite, qu’il fait aujourd’hui…