Alors que François Hollande prépare son barda pour envoyer nos troupes guerroyer contre les Islamistes irakiens et que plus personne ne fait attention à lui, tous les regards se portent aujourd’hui vers les deux hommes qui, selon toute vraisemblance, s’affronteront lors de la présidentielle de 2017 afin de se qualifier pour le second tour et de se retrouver en face de Marine Le Pen : Manuel Valls, le Premier ministre qui doit obtenir la confiance à l’Assemblée cette semaine et Nicolas Sarkozy, l’ancien président qui doit, lui, ne pas rater son retour en fanfare dans les tous prochains jours.

A part Georges Pompidou, en octobre 1962, aucun Premier ministre de la Vème République n’a jamais été « renversé » par l’Assemblée. De Gaulle avait alors prononcé la dissolution et les nouvelles élections avaient permis une arrivée en masse de députés gaullistes. Depuis, députés de droite comme de gauche se sont toujours comportés en fidèles godillots, votant comme un seul homme la confiance au Premier ministre nommé par le président, même –ce qui est plus curieux- quand l’hôte de Matignon osait s’opposer au locataire de l’Elysée comme ce fut le cas avec Chaban-Delmas contre Pompidou, Chirac contre Giscard ou Rocard contre Mitterrand. Mais malgré ces votes de confiance de l’Assemblée, ces Premiers ministres audacieux furent tous licenciés sans ménagement par le président. Nous sommes, peut-être, dans un régime parlementaire mais c’est tout de même le président qui est le seul patron.

Il est difficile, aujourd’hui, de dire que Valls s’oppose à Hollande puisqu’on ne sait plus où en est ce malheureux président entre le socialisme pur et dur de l’ancien apparatchik du PS, la social-démocratie des premiers mois du quinquennat et le libéralisme honteux de ces derniers temps.

Mais ce qui est sûr c’est que Manuel Valls est en opposition frontale avec ce que fut le candidat Hollande en 2012, ses promesses de campagne et toutes celles sur lesquelles ces 289 députés socialistes furent triomphalement élus, sans parler de celles des 18 écolos, des 17 radicaux et des 15 communistes et amis de Mélenchon.

En toute logique donc, Valls qui n’avait obtenu que 5% des voix lors de la primaire de gauche et qui applique à la lettre le programme qu’il avait alors présenté contre Hollande (39% des suffrages à cette primaire), Martine Aubry (30%), Montebourg (17%), Ségolène Royal (6%) et… Baylet (0,64%) devrait être balayé par ces députés, pour peu qu’ils soient fidèles et au programme du président qu’ils ont soutenu et à leurs engagements devant leurs électeurs. Mais il se trouve que, dans leur très grande majorité, les parlementaires, toutes couleurs confondues, ont toujours préféré retourner leur veste plutôt que de retourner devant leurs électeurs et se faire hara-kiri sur la place publique.

Malgré les effets de manche des « Frondeurs » du PS, des amis de Cécile Duflot et de ceux de Mélenchon, Valls a donc toutes les chances de l’emporter car, pour peu que ces députés de gauche aient été dans leurs circonscriptions respectives, ils ont tous compris que leurs électeurs ne voulaient plus entendre parler de cette gauche qui accumule les échecs et les scandales depuis plus de deux ans et que d’ailleurs si les Français souhaitaient bien un changement de cap ils souhaitaient un coup de barre à droite… que leur propose justement Manuel Valls.

Nous allons donc avoir une deuxième moitié du quinquennat assez curieuse avec un président qui s’occupera de l’Irak, de la Syrie, de l’Ukraine, du Mali, de la Centrafrique, voire du Kamchatka et un Premier ministre qui se préparera à lui succéder en le désavouant, en le contredisant, voire en le ridiculisant sans pudeur ni vergogne et en permanence.

Jusqu’à présent, la grande chance de ce pouvoir, au milieu de tous ses malheurs, était l’absence, l’inexistence de l’opposition qui préférait tourner autour de son nombril et s’entredéchirer plutôt que de s’en prendre à la politique dévastatrice menée par le gouvernement. Hollande et ses sbires pouvaient accumuler les erreurs les plus monstrueuses et patauger dans tous les scandales en toute impunité. Juppé, Fillon, Copé et les autres se chamaillaient dans la cour des petits.

Tout va changer, dans quelques jours, avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy. La récréation est terminée, le Messie est de retour !

Bien sûr, ceux qui ont un peu de mémoire n’en reviennent pas. Que l’homme du bling-bling et du Fouquet’s, qui avait nommé Kouchner au Quai d’Orsay et choisi Buisson comme gourou, qui avait voulu créer une union de la Méditerranée et avait reçu Kadhafi en héros avant de le faire massacrer et qui ne sut faire face à la crise qu’en laissant filer les déficits soit aujourd’hui devenu « l’homme recours » évident fait partie des invraisemblances de l’histoire.

Mais les faits sont là. Avant même qu’il ait montré le bout de son nez les ralliements se multiplient, de Copé à Baroin. C’est Napoléon de retour de l’ile d’Elbe ! Comme une vieille maitresse, l’UMP va s’offrir à lui avec ravissement. Plus personne n’osera parler de primaires. Juppé, Fillon, Bertrand, Le Maire et les autres vont se bousculer pour l’acclamer comme seul et unique candidat de la droite en 2017 avec l’espoir d’avoir droit à un petit quelque chose.

Ses deux années sabbatiques auront sans doute permis à Sarkozy de comprendre qu’il s’était totalement trompé en courant derrière les électeurs du Front National qui sont désormais irrémédiablement perdus et que sa meilleure chance est de tenter de séduire les électeurs centristes orphelins de Borloo, voire les bataillons de déçus de la gauche. Le « Sarkozy nouveau » ne jouera sans doute plus « la rupture », comme en 2007 mais… « la force tranquille », une posture qui a déjà fait ses preuves.

Ce qui est sûr c’est qu’avec lui, Valls qui doit déjà se protéger sur sa gauche va maintenant devoir se protéger sur sa droite et d’autant plus que les deux gladiateurs se retrouvent au centre de l’arène.

Cela dit, le retour triomphal de l’Empereur n’a duré que 100 jours et s’est terminé à Waterloo…