Copé souhaite le retour de Sarkozy (qu’il déteste mais c’est pour embêter Fillon et Juppé), Cambadélis demande à Thévenoud de démissionner de l’Assemblée (mais espère qu’il ne le fera pas car le PS perdrait alors la majorité), Duflot ne votera pas la confiance au gouvernement (pour redorer son blason), Hollande en veut à son ancienne maitresse et aux Français qui se ruent vers les librairies, Valls rappelle aux députés socialistes qu’une dissolution les conduirait immédiatement à Pôle-emploi, les « frondeurs » continuent à faire les malins mais n’effraient plus personne…

On ne peut vraiment pas dire que le spectacle que nous offre, depuis quelque temps, notre personnel politique soit très ragoûtant et à la hauteur de la situation du pays qui sombre chaque jour davantage dans le chômage, les déficits, la désespérance.

A droite, la guerre des sous-chefs continue de plus belle. Tout le monde sait que Sarkozy va sortir du bois, faire son entrée triomphale dans l’arène, être élu à la présidence de l’UMP et qu’il sera, avec ou sans primaire, le candidat de la droite à la présidentielle de 2017. Et les uns et les autres essaient de se placer non plus pour l’Elysée mais, plus modestement, pour Matignon.

A gauche, certains se demandent, sans grande conviction il est vrai, s’il ne serait pas habile de passer avec armes et bagages dans une sorte d’opposition pour tenter de sauver leur siège en 2017, voire même avant.

Chez les Ecolos, on a compris qu’il était inutile de continuer à se compromettre avec ce régime auquel on devait tout mais qui devient diablement compromettant.

D’un côté, les sarkozistes de la 25ème heure se bousculent pour courir au-devant de la victoire, de l’autre, les rats quittent le navire au risque de se noyer.

Comme toujours, naturellement, il y a les « fortes têtes » qui font de la résistance. Juppé et Fillon continuent à proclamer que Sarkozy ne leur fait pas peur et que, pour peu que la primaire soit ouverte aux centristes, l’ancien président sera balayé. Ils s’imaginent que Sarkozy a oublié la leçon de 2012 et qu’il n’a pas compris que, Marine Le Pen faisant désormais 25, 28% des voix, il lui fallait, cette fois, non plus essayer de lui prendre des électeurs mais tenter de séduire les centristes. Pompidou disait d’ailleurs que la présidentielle se gagnait toujours au centre.

A gauche, la « forte tête » c’est, évidemment, Valls. Il a déjà fait passer Hollande dans les profits et pertes. Il va tout faire pour tenter d’inverser ne serait-ce qu’un peu la courbe du chômage et il sait que maintenant c’est à lui et non pas au président que les Français en sauront gré. Il a un peu plus de deux ans pour enterrer définitivement Hollande et apparaitre comme le seul recours possible de la gauche même si cette gauche qui ne sait plus où elle en est et qu’il trahit en permanence le déteste souverainement.

Il est donc plus que vraisemblable que, sauf accident toujours possible, l’affrontement traditionnel entre la droite et la gauche se résume, en 2017, en un combat entre deux… centristes, nouvellement convertis ; un Sarkozy ayant renié tout son passé et faisant des mamours à Bayrou et un Valls ayant avalé sa carte du PS, devenu lui aussi centriste, et faisant des bisous au même Bayrou. Marine Le Pen aura beau jeu de les départager.

Tout cela est évidemment de la comédie, du cirque, avec des clowns faisant des galipettes et se donnant des coups de pied aux fesses et des tartes à la crème au visage.

Or, le public, lui, ne rit plus à ces pitreries. Il les a trop vues. Elles l’écoeurent car il vit, lui, des tragédies. Parmi les spectateurs, il y a plus de 5 millions de chômeurs, 14% de Français vivant sous la ligne de pauvreté, des classes dites moyennes qui ont vu leur niveau de vie dégringoler…

Sarkozy et Valls sont des malins qui savent lire les sondages et rectifier le tir au gré des saisons et des fluctuations de l’opinion. Ils n’ont pas de programmes, ils tentent simplement, le nez au vent, de flairer l’air du temps pour servir la soupe qui plaira aux clients.

Mais Sarkozy pourra-t-il faire oublier qu’il a été président pendant cinq ans, il n’y a pas si longtemps, et Valls réussira-t-il à faire croire qu’il n’a pas été choisi par Hollande pour sauver son quinquennat ? Il est vrai que Juppé et Fillon ont fait oublier qu’ils avaient été, l’un et l’autre, de bien mauvais Premiers ministres. Les Français ont la mémoire courte, c’est bien connu.