Abyssus abyssum invocat ! Autrefois, quand on faisait encore ce qu’on appelait ses « humanités » -et ce qui n’était pas une mauvaise idée-, c’est ce qu’on aurait dit de la situation actuelle de notre pays. L’abime appelle l’abime. C’est une loi élémentaire de la physique comme de la politique et que tous les alpinistes redoutent. Quand on se met à dégringoler, on dégringole de plus en plus vite et il y a un moment où il n’y a plus rien à faire.

François Hollande dévisse depuis des mois, pratiquement depuis son élection à la présidence de la République, comme si les Français qui l’avaient élu parce qu’ils ne voulaient plus de Nicolas Sarkozy et que Dominique Strauss-Kahn s’était éliminé de lui-même, s’étaient tout de suite rendu compte qu’il n’était pas l’homme de la situation.

A mi-mandat, Hollande vient encore de perdre 5 points dans les sondages et n’a plus que 13% d’opinions favorables. Du jamais vu dans l’histoire de la 5ème République. Il faut se souvenir qu’au premier tour de la présidentielle ce même François Hollande avait obtenu 28,63% des voix. Il a donc perdu plus de la moitié de son électorat de base.

Or, il a tout essayé. Il a changé de politique, abandonnant le socialisme pur et dur pour se lancer dans le libéralisme sous le couvert de la social-démocratie ; il a changé de Premier ministre en acceptant de nommer à Matignon le plus redoutable de ses contestataires depuis la primaire de gauche qui est désormais le plus redoutable de ses concurrents pour la présidentielle de 2017 ; il a même changé son entourage élyséen appelant autour de lui et au secours son vieil ami Jean-Pierre Jouyet. Et rien n’y fait. Il dégringole, il dégringole.

Il faut dire que pour un homme qui prétendait vouloir être jugé sur ses résultats, les résultats sont plus mauvais les uns que les autres et tous de plus en plus mauvais. Le chômage, la dette, les prélèvements obligatoires, le déficit de notre balance commerciale, tout augmente. Aucune promesse n’est tenue et la vie quotidienne des Français se dégrade régulièrement, inexorablement.

Le président de la République n’a prise sur rien. Il ressemble à un gros poisson qui, dans son aquarium, tourne en rond en regardant à travers la vitre, avec ses yeux globuleux et un air navré, le pays se déliter et le mécontentement général s’amplifier.

L’accélération prévue par les lois physiques se produit. Coup sur coup, Hollande vient de recevoir sur la tête : 1) Une université d’été du PS qui pourrait laisser présager que son nouveau gouvernement n’aura pas la majorité à l’Assemblée, 2) Un bouquin de 300 pages écrit par son ancienne maitresse officielle le présentant comme le dernier des salauds qui rigole sur les pauvres, 3) Une mise en demeure de nos alliés qui ne comprennent pas que la France puisse vendre en ce moment des bateaux de guerre à la Russie de Poutine, 4) Ces sondages épouvantables, et 5) Cerise sur le gâteau, un secrétaire d’Etat à peine nommé qu’il faut virer car il avait oublié de faire sa déclaration de revenu depuis trois ans.

Cela fait beaucoup. On avait pensé qu’en capitulant devant Manuel Valls Hollande pourrait bénéficier, un temps, de la bonne image de son Premier ministre et d’autant plus que ce Premier ministre marquait un virage évident dans le quinquennat. Or, non seulement Valls ne sauve pas Hollande mais c’est Hollande qui entraine Valls dans sa chute. Quand Hollande perd aujourd’hui 5%, Valls perd 14% et se retrouve à 30% d’opinions favorables ce qui commence à devenir inquiétant pour lui.

Bref, on ne voit vraiment plus ce que Hollande pourrait inventer ne serait-ce que pour ralentir sa chute et on entend le compte à rebours 17, 16, 15, 14, 13%. C’est comme sur un ring de boxe. Le champion est KO sur le sol, les bras en croix et les sondeurs scandent 13, 12, 11, 10%.

Ce qui est dramatique c’est que, d’après nos institutions, KO ou pas, le coup de gong final et libérateur ne peut intervenir que dans deux ans et demi. Que se passera-t-il quand les sondeurs annonceront… 0 et que d’ailleurs des élections cantonales et régionales auront confirmé ce verdict ? En principe, il ne se passera rien. Notre constitution offre à la fois la stabilité au pays et l’impunité au président. Mais qui aurait pu prévoir en 1958 ou en 1962 que nous nous retrouverions un jour avec un tel gros poisson inerte tournant dans l’aquarium ?