Archives par moisseptembre 2014



Jouer sur les mots pour nier l’évidence

Il parait, d’après nos plus hautes autorités, qu’il ne faut plus parler de « l’Etat Islamique d’Irak et du Levant » parce que ces « fous de Dieu » qui terrifient maintenant non seulement le Proche-Orient mais aussi l’Europe et l’Amérique qui leur ont déclaré la guerre n’auraient… pas d’Etat et qu’ils ne seraient… pas islamiques.

Ils n’ont peut-être pas d’Etat mais ils contrôlent tout de même toute la moitié nord de l’Irak (à l’exception du Kurdistan) et une bonne partie de l’est de la Syrie, soit un territoire plus grand que la Jordanie et les bombardements de l’aviation américaine et accessoirement de l’aviation française ne les empêchent toujours pas de continuer à avancer victorieusement et vers Bagdad et vers le cœur de la Syrie. D’autre part, même si cela ennuie un peu le recteur de la mosquée de Paris, ils sont bel et bien islamiques, pour ne pas dire islamistes, c’est-à-dire musulmans.

Maintenant, nous disent en chœur Hollande, Valls, Fabius, Le Drian et Cazeneuve, il faut dire « Daesh ». C’est plus rassurant, pensent-ils sans doute. Ce qui est amusant c’est que Daesh n’est rien d’autre que l’abréviation en arabe de « Etat islamique d’Irak et du Levant ». A croire qu’à l’Elysée, à Matignon, au Quai d’Orsay et place Beauvau, nous n’avons plus un seul arabisant ! A moins que nos dirigeants nous prennent vraiment pour des imbéciles. Mais jouer ainsi sur les mots permet aussi et surtout à nos bons esprits d’en profiter pour nous dire que l’Islam est une religion d’amour et de tolérance puisque les gens de « Daesh » n’auraient rien à voir avec l’Islam.

D’ailleurs, ils ne sont plus 20 ou 30.000, comme on nous le disait jusqu’à présent, mais maintenant, parait-il, 90.000. Ce qui est plutôt inquiétant.

Si l’on comprend bien ce qu’on nous raconte, l’Occident, incarné par Washington et Paris, fait donc, avec la bénédiction de quelques roitelets pétroliers du Golfe, la guerre à un « groupuscule » qui contrôle des puits de pétrole et un vaste territoire, sans avoir pour autant d’Etat, avec 90.000 terroristes armés jusqu’aux dents et dotés d’un matériel ultrasophistiqué et qui ne sont pas musulmans puisque le Coran n’aurait jamais toléré que les fidèles d’Allah décapitent les Chrétiens.

On se demande parfois pourquoi, depuis plus d’un demi-siècle, cet Occident a perdu toutes les guerres dans lesquelles il s’est lancé, de l’Indochine à l’Afghanistan, en passant par l’Algérie, le Vietnam ou Cuba. C’est sans doute parce qu’avec une stupéfiante mauvaise foi, à moins que ce ne soit par une sidérante ignorance, il sous-estime, voire méprise l’adversaire et qu’en tous les cas il se raconte à lui-même et plus encore à ses peuples les pires des balivernes.

Les hommes de Giap pendant la guerre d’Indochine puis celle du Vietnam, n’étaient qu’un ramassis de va-nu-pieds armés de bambous, en Algérie, les Fellaghas n’étaient que des bandes de bandits de grands chemins, en Afghanistan, les Talibans n’étaient que des hordes de sauvages, etc. et maintenant les 90.000 hommes du califat d’al Baghdadi ne sont que des égorgeurs (ce qui est vrai) et pas même musulmans.

Il est évident que les 6 à 7 millions de Musulmans de France ne sont pas (tous) des terroristes assoiffés du sang de leurs compatriotes Chrétiens et des Juifs et que la plupart d’entre eux désire, jusqu’à preuve du contraire, bénéficier de tous les avantages que leur offrent notre pays, notre société, notre civilisation. Mais il est tout aussi évident que les vrais pratiquants qui respectent les cinq obligations de l’Islam ne peuvent ni ne souhaitent s’assimiler à un système démocratique, laïc, attaché au progrès et à la parité hommes/femmes et, plus grave encore, ne peuvent qu’être sensibles à un réveil de l’Islam qui repart à la conquête du monde.

S’il ne faut sans doute pas faire d’amalgame par trop hâtif entre « nos braves musulmans » et l’armée de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, il est absurde de nier que ces égorgeurs sont des Musulmans qui mènent leur combat, pour l’instant victorieux, avec une kalachnikov d’une main et un Coran de l’autre.

Mais il est vrai que nos dirigeants de tous poils continuent, contre toute évidence, à nier que l’Islam renaissant à déclarer la guerre à l’Occident. Jouer sur les mots pour nier l’évidence, un vieux principe des empires décadents.

26 Sep 2014 | Comments (20)

Mourir pour Mossoul ou pour le 9.3 ?

Aussi légitime soit-elle, l’indignation est toujours mauvaise conseillère. L’assassinat de notre compatriote Hervé Gourdel par la filiale algérienne de l’Etat Islamique provoque, évidemment, des réactions unanimes. On ne peut, bien sûr, que condamner cette barbarie. Mais l’émotion est telle, du sommet de l’Etat au dernier petit village de France, que les discours officiels deviennent dangereusement confus et qu’on a l’impression que le pouvoir voudrait profiter de ces terribles circonstances pour justifier une politique qui semble incohérente.

Pourquoi François Hollande a-t-il décidé de faire bombarder par nos Rafales les troupes de l’Etat Islamique au nord de l’Irak et sans doute bientôt maintenant en Syrie ? Pour courir au secours des Chrétiens d’Irak et des autres minorités massacrés par ces Djihadistes ? Pour empêcher ces « fous de Dieu » de s’emparer de Bagdad, puis de Damas, puis du Liban et de la Jordanie et de créer un immense califat dominant tout le Proche-Orient ? Pour soutenir Bachar al Assad après avoir voulu lui déclarer la guerre ? Pour écraser le terrorisme international qui, après l’Afghanistan des Talibans, est en train de se reconstituer dans toute cette région un sanctuaire ? Pour suivre Barack Obama qui se lance (en trainant des pieds) dans une nouvelle croisade au nom de nos valeurs et contre « l’empire du mal », comme aurait dit Bush ? Pour tenter de regagner quelques points dans l’opinion publique française ? Pour, maintenant, venger l’horrible décapitation de ce malheureux Gourdel ? On ne sait pas.

Il est évident que la France n’a rien à voir avec l’éternel conflit qui, depuis quelques siècles, oppose, dans cette partie charnière du monde musulman, les Chiites et les Sunnites. Et si, à la limite, on peut comprendre que les Américains qui sont à l’origine du drame irakien se sentent responsables de l’émergence de ce radicalisme sunnite, la France, elle, avait très sagement refusé de se lancer dans cette aventure.

En fait, Hollande, Valls, Fabius, Le Drian et les autres nous répètent qu’en attaquant l’Etat Islamique nous nous défendons nous-mêmes contre les dangers du terrorisme islamique. En clair, nous bombardons le désert irako-syrien de peur que, demain, des adeptes du califat ne mettent le feu à nos banlieues et ne commettent des attentats dans nos villes.

Or, en même temps, ces mêmes Hollande, Valls et compagnie nous répètent qu’il ne faut surtout pas faire le moindre « amalgame », que ces assassins fous du Proche-Orient (et maintenant du Maghreb) n’ont rien à voir avec « nos » musulmans et que d’ailleurs « nos »musulmans sont les premières victimes de ces djihadistes et les premiers à s’indigner que ces égorgeurs commettent leurs crimes au nom d’Allah.

De deux choses l’une. Ou l’Etat Islamique ne concerne que les pays arabes du Proche-Orient et peut-être maintenant de l’Afrique et nous n’avons pas à nous en mêler, sauf à dire que la France se doit de régler tous les problèmes de la planète. Ou il représente une réelle menace pour nous et l’Occident en général auquel cas il est légitime (et indispensable) que nous nous défendions.

Mais si nous considérons que le califat est une menace pour nous cela signifie que nous faisons ce fameux « amalgame », que nous redoutons qu’une partie de « nos »musulmans ne rejoigne ces extrémistes et que nous admettons que nous assistons bel et bien au début d’un grand « choc de civilisation », d’une véritable « 3ème guerre mondiale » qui opposera, tout au cours de ce XXIème siècle qui a commencé, l’Islam renaissant à l’Occident démissionnaire.

En clair, en nous embringuant dans cette guerre qui, avant longtemps, nous obligera évidemment à envoyer des troupes au sol (quoiqu’on nous dise aujourd’hui), va-t-on envoyer nos soldats mourir pour Mossoul ou pour le 9.3 ?

L’assassinat d’Hervé Gourdel prouve à l’évidence que des Musulmans qui n’ont rien à voir avec le conflit qui oppose dans le nord de l’Irak les Sunnites aux Chiites veulent maintenant tuer des Français. Non seulement parce que nous intervenons en Irak mais aussi et surtout parce qu’ils nous ont déclaré la guerre.

25 Sep 2014 | Comments (27)

Le bon sourire de Juppé

Finalement, après avoir observé le retour sur scène, un peu grandiloquent et totalement raté, de Nicolas Sarkozy, on en vient à lui donner raison.

Il a parfaitement raison quand il nous dit que, pour sortir la France de la crise épouvantable dans laquelle elle s’enfonce depuis des années, il nous faut une équipe « nouvelle », avec un programme « nouveau », des méthodes « nouvelles ». Mitterrand disait, à propos du chômage, qu’on avait « tout essayé ». En fait, à propos de tout, du chômage mais aussi de la croissance, des déficits, de la protection sociale, de l’école, etc. les mêmes (de droite comme de gauche) ont toujours essayé tous les mêmes remèdes d’apothicaire avec tous les mêmes échecs.

Il est donc grand temps d’expérimenter d’autres solutions, avec d’autres méthodes et forcément d’autres hommes. L’ennui pour Sarkozy c’est qu’il fait figure maintenant de « vieux cheval de retour ». C’est un peu Aznavour dont on connait tous les refrains ou même Line Renaud. Mais Line Renaud ne nous chante plus sa petite Cabane au Canada et n’essaie pas d’interpréter les jeunes filles en fleurs du répertoire.

Sarkozy a été ministre du Budget sous la cohabitation Mitterrand-Balladur en 1993 ! Il y a plus de 20 ans. C’était au XXème siècle. Et il continue de nous chanter son grand air de « la rupture » ayant totalement oublié qu’il l’avait raté la dernière fois qu’il l’avait entonné et qu’il avait dû sortir de scène sous les tomates des spectateurs.

Certes, comme Aznavour et Line Renaud, il a encore ses bataillons d’adorateurs, son fan’s club. Mais, pour être élu président de la République, il faut recueillir au moins 8 à 9 millions de voix au premier tour et 17 à 18 millions de voix au deuxième. Ce qui dépasse de beaucoup ses adorateurs d’aujourd’hui. Il lui faudra donc recruter à tour de bras.

Le combat qui commence pour lui va, en fait, se dérouler en trois rounds : d’abord, la présidence de l’UMP, ensuite, les primaires de la droite et, enfin, la finale, la présidentielle, elle-même se déroulant en deux sets, le premier et le second tour.

Sarkozy a dans sa tête tout le scénario du film de sa victoire. Il est convaincu que, devant le petit Bruno Le Maire et l’encore plus petit Hervé Mariton, il a déjà gagné la présidence de l’UMP. Il compte bien, avec les nouveaux statuts du nouveau parti qu’il rédigera lui-même, faire disparaitre l’obstacle des primaires. Juppé, Fillon et Xavier Bertrand passent donc à la trappe. Et ce sera le patron du grand parti d’opposition rénové qui sera, tout naturellement, le seul et unique candidat de la droite à la présidentielle. Vu l’état de la gauche aujourd’hui qui ne peut que s’aggraver au cours des deux prochaines années, il est sûr d’arriver au moins dans les deux premiers au premier tour de la présidentielle, avec Marine Le Pen. Ce qui lui assure une victoire confortable au deuxième tour. Et, coucou, le revoilà à l’Elysée.

Mais ce ne sera peut-être pas aussi simple. Il a raison de vouloir reconstituer son armée pour repartir à l’assaut du pouvoir. Sauf que… c’est lui qui a provoqué la déroute, la débandade, le désordre, les désertions dans sa troupe.

D’abord, bien sûr, parce que, tout au cours de son quinquennat, avec ses virages à gauche ou à droite, il a commencé à faire fuir ceux qui ne comprirent pas l’ouverture à gauche, puis ceux qui furent scandalisés par le coup de barre à droite. Sans parler de tous ceux qui n’apprécièrent ni son style ni sa façon de s’asseoir sur le référendum européen, ni certaines de ses initiatives farfelues comme l’Union méditerranéenne, l’accueil réservé à Kadhafi ou la guerre qu’il lui fit par la suite, sans parler de sa gestion de la crise.

Ensuite, parce qu’il a perdu l’élection de 2012, qu’au cours des derniers combats il avait perdu la tête et qu’il a fait l’erreur fondamentale d’annoncer qu’il renonçait à tout jamais à la vie politique, ce qui a démobilisé les troupes et provoqué une guerre de succession qui a tourné à la guerre de sécession.

Enfin, parce que, pendant son « exil » de deux ans, il a laissé « son » parti partir à vau l’eau et sombrer corps et biens dans des flots de scandales qui l’ont éclaboussé lui-même.

Aujourd’hui, il nous annonce qu’il veut créer un immense rassemblement… du peuple français, comme aurait dit de Gaulle. En clair, fondre ce que furent jadis le RPR et l’UDF, les chiraco-gaullistes et les giscardiens, la droite républicaine et les centristes. C’est ce qu’était censée être l’UMP.

Il est vrai que, depuis le retrait de Borloo et la trahison, en 2012, de Bayrou, les centristes sont orphelins. Vrai aussi que, depuis la querelle Fillon-Copé, la droite est désorientée.

Il va sans doute pouvoir récupérer le noyau dur de cette droite plus ou moins bonapartiste. Mais il y a fort peu de chance que les centristes aient oublié son quinquennat et les « buissonnades » des derniers mois.

Aucun doute qu’il aura 80% des voix parmi les militants survivants de l’UMP malgré la bonne campagne de terrain que vient de faire le jeune Bruno Le Maire. Mais après ? Rien ne dit qu’il pourra créer l’enthousiasme des foules qui fera se précipiter vers lui la droite modérée et le centre mou car… Alain Juppé est là, en embuscade.

D’où l’inquiétude de Sarkozy devant des primaires « ouvertes ». Certes, Juppé est un « vieux ». Encore plus vieux que Sarkozy. Lui aussi était ministre (des Affaires étrangères) dans le gouvernement de Balladur en 1993, et fut, en 1995, l’un des Premiers ministres les plus détestés de la Vème République. Mais celui qui était « droit dans ses bottes » avance désormais confortablement dans ses chaussons et, très curieusement, malgré ses 70 ans, il incarne infiniment mieux que Sarkozy, son cadet de dix ans, le renouveau si ce n’est le nouveau, peut-être parce qu’il peut se vanter d’être gaulliste alors que l’autre n’est que sarkoziste ce qui est tout de même beaucoup moins bien.

Tout le monde a oublié les erreurs de Juppé en 1995, personne n’a oublié le quinquennat de Sarkozy. Et puis surtout, puisque maintenant tout se fait « à la tête du client », Juppé a un avantage considérable sur Sarkozy : il sourit. Un bon sourire. Qui laisse croire qu’il est détendu et donc plus ou moins sûr si ce n’est de lui du moins de son affaire et qui ferait croire qu’il est sympathique. Les Français pourraient bien y être sensibles. Chirac a été élu et réélu parce qu’il était « sympa », beaucoup plus « sympa », en tous les cas, que Balladur en 1995 ou que Jospin en 2002.

Sarkozy a sans doute des qualités mais personne n’a jamais pensé qu’il était « sympa » et quand il sourit on ne voit que ses dents de carnassier. Le sourire de Juppé est rassurant, apaisant. En cas de primaires « ouvertes », il pourrait bien séduire non seulement tous les centristes mais aussi tous ceux qui, à droite, se sont mis, pour une raison ou une autre, à détester Sarkozy. Cela pourrait faire du monde. Et puis Juppé est, en effet, l’un des derniers à pouvoir se vanter d’être gaulliste, un adjectif qui retrouve son charme dans la crise morale que nous connaissons et qui nous rajeunirait.

Nous sommes à deux ans et quelques mois de la présidentielle et on s’aperçoit que les jeux sont pratiquement faits et que tout se décidera au cours des primaires de la droite. Si elles sont « fermées », Sarkozy se retrouvera face à Martine Le Pen au second tour et l’emportera. Si elles sont « ouvertes », Juppé pourrait bien créer la surprise et ce serait lui le vainqueur final. Le « Tout Sauf Sarkozy » va se remettre en marche…

23 Sep 2014 | Comments (12)

Sacré Sarko, t’as pas changé !

Ce n’était sûrement son but car cela est évidemment catastrophique pour lui, mais, ce soir, Nicolas Sarkozy nous a rajeunis de quelques années. Rien qu’à le revoir soudain en gros plan sur le petit écran et surtout à réentendre le son de sa voix, nous nous retrouvions brusquement en 2007, voire, pire encore, dans les années où il était ministre de l’Intérieur.

Tout le monde, ou du moins sa garde rapprochée, nous raconte qu’il a changé ; lui-même veut nous faire croire qu’il a enfin compris qu’on ne pouvait pas « tout réussir tout seul » et qu’il regrette d’« avoir blessé des gens en employant parfois de mauvaises expressions » (allusion, peut-être, au « pauvre con ») il n’empêche qu’en le revoyant brusquement surgir de sa boite comme un diablotin si ce n’est comme un fantôme, on était, obligatoirement, repris par tout ce qu’on avait pu ressentir pendant cinq ans, et même, pour les plus anciens, pendant vingt ans.

Il a toujours la même tête, le même ton, les mêmes tics. On ne peut pas le lui reprocher. On ne pouvait tout de même pas lui demander d’aller chez un chirurgien esthétique se faire refaire le visage… Mais, indiscutablement, cela ne pouvait faire qu’un choc de le revoir pareil à lui-même et « tel que l’éternité le meut ».

Cela sera, sans aucun doute, son handicap majeur. Etre toujours Sarko, le type du Karcher, de la Rolex, du Fouquet’s, du discours de Grenoble, du « Carla, c’est du sérieux ». Trop de mauvais souvenirs qui ressurgissent dès qu’il apparait. Une tunique de Nessus qui lui colle à la peau, sans doute à vie.

Pour le reste, il faut bien dire qu’il a été plutôt décevant pendant ces quarante minutes qui lui furent si généreusement accordées.

Après les toutes premières minutes d’autocritique, on a bien vite retrouvé le vilain menteur effronté de jadis. « Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel », « Non, je ne suis pas un sauveur », dit-il sans sourire. Certes, il ne pouvait pas dire le contraire mais pourquoi a-t-il éprouvé le besoin de dire cela alors qu’il ajoutait, aussitôt, que, vu l’état du pays, il ne pouvait pas ne pas se relancer dans la vie politique, ne pas venir au secours de ce pays en ruines et désespéré.

Sur « les affaires », il est incohérent quand, pour seule défense, il déclare : « Croyez-vous, si j’avais la moindre chose à me reprocher, que je reviendrais me mettre au plein jour ? » alors qu’il est évident qu’en se relançant dans la course à l’Elysée, coupable ou innocent, il devient pratiquement intouchable pour tous les juges d’instruction. Pour l’affaire Bygmalion, il nous jure, les yeux dans les yeux, qu’il a appris le nom de cette officine véreuse « longtemps après l’élection ». Qui peut le croire ?

A propos de Juppé et de Fillon qui ont, l’un et l’autre, encore répété, aujourd’hui même, qu’ils iraient « jusqu’au bout », Sarkozy nous affirme que Juppé est « un ami, un compagnon », qu’il « admire » et qu’il a travaillé pendant cinq ans avec Fillon « sans le moindre nuage » et il ajoute qu’il aura « besoin de tous les deux ».

En fait, Sarkozy nous a dit pourquoi il était candidat à la présidence de l’UMP, à la primaire de la droite et à l’Elysée. C’est parce que les autres sont des incapables et qu’il est bel et bien l’homme providentiel qui, seul, peut sauver la France et qu’il est donc obligé d’y aller. Mais il ne nous a pas dit ce qu’il comptait faire ni de l’UMP, ni de la France.

Il veut transformer de fond en comble l’UMP pour en faire « un grand rassemblement ». Mais l’UMP qui a, en effet, bien besoin d’être totalement reconstruite, était déjà, en principe et par définition, un grand rassemblement de gaullistes, de libéraux et de centristes. Les gaullistes n’existent plus, les libéraux et les centristes s’en sont allés, généralement parce qu’ils ne supportaient plus Sarkozy. Ne restent aujourd’hui à l’UMP que des… Sarkozistes. Il n’est peut-être pas le mieux placé pour faire revenir au bercail ceux qu’il a fait fuir.

Pour ce qui est de la France, il ne nous a pratiquement rien dit. Pas un mot sur le chômage, pas un mot sur les déficits. Il veut bouleverser notre système fiscal, ce qui serait une bonne idée, mais il n’a pas donné de précisions. Il veut refonder notre modèle social, autre bonne idée, mais pas davantage de précisions. Il veut sortir de Schengen, encore une bonne idée, mais, là encore, cela reste désespérément vague. Quant au mariage pour tous, on n’a rien compris. Il reproche à Hollande de s’être servi des homosexuels pour humilier la famille et radicaliser ses défenseurs et il ne veut pas se servir de la famille pour humilier les homosexuels. Cela veut dire quoi ?

L’idée du jour était, sans doute, de nous annoncer que, quand il y aurait des problèmes, des blocages, il procéderait par referendum. Or, de tous nos hommes politiques, Sarkozy est, bien sûr, le seul à ne pas pouvoir évoquer le mot de referendum car tous les Français se souviennent qu’il s’est assis sans pudeur sur le referendum de mai 2005 sur la Constitution européenne que les Français avaient rejetée par 54,68%, en nous imposant le Traité de Lisbonne qui reprenait au mot près cette Constitution que nous avions refusée et qu’il fit ratifier par le Congrès en février 2008.

Sacré Sarko, t’as pas changé !

21 Sep 2014 | Comments (13)

Sarkozy en perdreau de l’année !

Nicolas Sarkozy réussira-t-il son pari un peu fou : convaincre, d’ici à 2017, 51% des Français de voter pour lui. Ce n’est pas gagné d’avance. Vingt-quatre heures après l’annonce de son retour, 55% de nos compatriotes considèrent que ce retour est « une mauvaise chose », selon un sondage Odoxa pour I-télé et le Parisien.

Visiblement, Sarkozy va avoir deux mots clés à la bouche : « nouveau » (ou « renouveau ») et « rassemblement ». Ce sont, bien sûr, ses deux points faibles. D’abord, parce qu’il fait figure de « vieux » qu’on a vu et revu dans toutes les positions depuis plus de 20 ans et qu’aujourd’hui, tous ceux qu’on connait déjà ayant toujours tout raté, tout le monde veut du nouveau, du changement, du neuf, de nouveaux visages pour essayer au moins autre chose. Ensuite, parce qu’il a, sans doute, été le président de la République le plus « clivant » de toute l’histoire de la Vème République et qu’avec la présence inévitable de Marine Le Pen, il doit impérativement gagner les voix des centristes qui détestent, précisément, les « cliveurs ».

Ancien président, battu par les élections et rejeté violement par beaucoup de Français, ancien patron de l’UMP, ancien tout, il a, pour certains, l’image détestable du « roi du trempoline », de l’éternel revenant qui, comme les émigrés de Coblence de retour pour la Restauration, « n’a rien oublié, rien appris » et ne rêve qu’à sa revanche.

Il lui faut donc faire croire qu’il n’a plus rien à voir avec l’ancien ministre de Balladur qui avait trahi Chirac, avec l’ancien patron du RPR qui s’était ridiculisé lors des Européennes, avec l’ancien ministre de l’Intérieur qui voulait s’en prendre à « la racaille » avec un « Karcher », et surtout avec l’ancien président de la République qui fêtait sa victoire au Fouquet’s, recevait avec tous les honneurs Bachar al Assad et Kadhafi (avant de lui déclarer la guerre), traitait de « pauvre con » un pauvre type au salon de l’agriculture et surtout n’avait pas été capable d’affronter la crise.

Dans son message annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP, Sarkozy déclare qu’il veut proposer aux Français un « nouveau » choix politique et qu’il va, dans les trois mois, créer un « nouveau » mouvement qui se dotera d’un « nouveau » projet, avec un « nouveau » mode de fonctionnement et une « nouvelle » équipe qui portera l’ambition d’un « renouveau » si nécessaire à notre vue politique et qui fera émerger de « nouvelles » réponses face aux inquiétudes des Français.

Que du nouveau, du beau, du tout neuf. On avait déjà le Beaujolais nouveau (qui n’est qu’une épouvantable piquette) voici le Sarkozy nouveau !

Même s’il nous affirme qu’il a « pris le recul indispensable pour analyser le déroulement de (son) mandat et en tirer les leçons » et qu’il « a vu monter comme une marée inexorable le désaveu, le rejet, la colère à l’endroit de tout ce qui touche à la politique » qui croira une seule seconde qu’il a changé et qu’il a, come il nous l’affirme, « écarté tout espoir de revanche ou d’affrontement » ?

Sarkozy a passé toute sa (brillante) carrière politique à nous raconter qu’il avait changé, qu’il changeait ou qu’il allait changer. Or, il n’a jamais changé et il est toujours –du moins jusqu’à présent- resté le petit ambitieux complexé, teigneux et méchant, prêt à tout, à toutes les trahisons, à tous les coups bas, à toutes les turpitudes pour arriver, le sale gosse qui avait roulé Pasqua dans la farine pour lui voler la mairie de Neuilly.

Ajoutons que depuis plus de quarante ans, depuis Giscard, tous les candidats à l’Elysée nous ont toujours promis le changement, le renouveau, un monde meilleur, voire même… « la rupture ».

Ce perdreau de l’année, vierge de tout passé, est aussi devenu… grand rassembleur devant l’Eternel. Il veut créer « un rassemblement qui s’adressera à tous les Français », « sans aucun esprit partisan », « dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité » car, comme « on ne fait rien de grand sans l’unité de la nation » il aura « le souci du plus large rassemblement ».

C’est de Gaulle en 1947 lançant le RPF, Giscard lançant l’UDF, Chirac lançant le RPR, puis l’UMP. Jamais aucun dirigeant politique créant son « truc » ne nous a dit : « Il est bien entendu que je ne veux ni des fascistes réacs, ni des cocos bolchéviques, ni des gauchos soixante-huitards, ni des rad.-soc. francs-macs, ni des démocrates-chrétiens punaises de sacristie ». Tous ont toujours été prêts à accueillir tout le monde et n’importe qui.

Mais comment ose-t-il dire que le clivage droite-gauche n’existe plus ? N’a-t-il pas vu que, grâce à lui, la gauche s’était renforcée et que grâce à Hollande la droite s’était radicalisée ?

L’ennui c’est que Sarkozy n’ayant lui-même pas d’idée bien arrêtée -autre que celle de conquérir à tout prix le pouvoir- on l’a vu fustiger la droite et débaucher Kouchner, puis fustiger la gauche et courir derrière les électeurs de Marine Le Pen. Passer allègrement de Georges Mandel dont il a écrit ou en tous les cas signé une biographie en 1994 à Charles Maurras comme l’en avait accusé Nathalie Kosciusko-Morizet. Or si Mandel prônait le rassemblement on ne peut guère faire ce reproche à Maurras.

Une chose est sûre, si Sarkozy veut essayer de « rassembler », il faut qu’il ait, avant, réussi à faire croire qu’il a changé. Car les électeurs, eux, n’ont pour l’instant, semble-t-il, pas changé d’opinion à son égard…

Cela, dit, en 2017, les électeurs n’auront peut-être guère le choix. Ce sera, sans doute, la chance de Sarkozy-le-revenant. Il ne serait d’ailleurs pas le premier à être élu par défaut

20 Sep 2014 | Comments (10)

Sarkozy peut remercier Hollande

Sarkozy se relance donc dans la bataille. On ne peut pas dire que cela soit une surprise. Depuis quelques jours on s’y attendait. En fait, pour être très précis, on s’y attendait depuis… le 6 mai 2012.

Depuis le soir de sa défaite, quand il nous déclarait qu’il renonçait définitivement à la politique, il était évident, pour tous ceux qui avaient un peu approché « l’animal », qu’il ne resterait pas sur cet échec cuisant et qu’il allait, bien sûr, préparer sa revanche. Pendant un peu plus de deux ans, il a eu l’air d’écouter sa femme fredonner, il a fait mine de s’occuper de sa petite fille, il a donné – au prix fort- des conférences un peu partout mais, en fait, il n’a pensé, et pas seulement en se rasant, qu’à une seule et unique chose : pouvoir affronter une nouvelle fois Hollande et le terrasser, cette fois, par KO. Il parait que tous les grands boxeurs qui ont perdu leur titre ne pensent qu’au match de retour.

Cela dit, aujourd’hui, Sarkozy peut remercier Hollande, Ayrault, Valls, Jupé, Copé, Fillon. Car il faut tout de même se souvenir que ce fameux soir du 6 mai 2012, personne -à part sans doute Hortefeux, Estrosi et Nadine Morano- n’aurait parié un kopeck sur l’avenir de ce président battu (de peu il est vrai, mais de 3,28% tout de même) tant il avait été souverainement détesté par une bonne partie de l’opinion qui lui reprochait ses échecs, ses volte-face politiques, ses zigzags idéologiques et, plus encore, d’être… lui-même, avec son manque de classe, son côté bling-bling, ses allures de nouveau riche et sa touche de plouc.

Mais Sarkozy a eu une chance inespérée. Hollande a été… bien pire encore que lui. Sur tous les plans. Le successeur n’a tenu aucune ses promesses, il a zigzagué plus encore, tous ses chiffres –chômage, déficits, balance commerciale- ont été pire encore et, cerise sur le gâteau, il a une dégaine encore plus épouvantable que celle de son prédécesseur.

Et la chance de Sarkozy fut double puisque, si celui qui lui a succédé était pire encore que lui, tous ceux qui prétendaient le remplacer à la tête de la droite se sont ridiculisés et totalement discrédités en se crêpant le chignon, comme des mégères, pendant des mois, devant les Français médusés puis écoeurés, en étant totalement incapables d’assumer la moindre opposition, de présenter le moindre programme et en laissant même le parti sombrer corps et bien dans une tempête de scandales en tous genres.

Droite et gauche se sont donc employées, avec acharnement, à lui préparer la place, à ouvrir un boulevard devant lui. Devant ce vide sidéral, Sarkozy finit donc par avoir raison quand, la mine contrite, il nous affirme qu’il n’en a vraiment pas envie mais que, devant la situation désespérée de la France (qu’il aime plus que tout), il est obligé d’y aller « par devoir ».

Cela dit, rien n’est encore joué. Il est évident qu’il va être élu triomphalement à la tête de l’UMP qu’il va, comme il vient de l’annoncer, transformer « de fond en comble ». Ni Hervé Mariton, ni Bruno Le Maire, les deux candidats à s’être déclarés, n’ont la moindre chance en face de lui.

Il est vraisemblable qu’en reconstruisant une nouvelle UMP il va changer les statuts ce qui lui permettra d’être désigné, sans aucun problème, comme le candidat « naturel » à la présidentielle de 2017.

Mais c’est ici que les choses sérieuses risquent de commencer pour lui. Aura-t-il, en deux ans, réussi à former une véritable coalition entre la droite et le centre, en tirant les leçons de son expérience passée et de son échec de 2012 ? Le centre et les électeurs de droite qui lui ont fait défaut en 2012 lui pardonneront-ils sa droitisation passée et son mauvais genre ? Le programme qu’il faudra bien qu’il présente les séduira-t-il ? Y aura—il, d’ailleurs, un candidat du centre ?

Car, bien sûr, puisque, comme tout le monde, Sarkozy est convaincu que Marine Le Pen se qualifiera pour le second tour, il sait qu’il lui faut arriver dans les deux premiers au premier tour et que n’importe quel candidat du centre, Bayrou ou un autre, peut le reléguer en troisième position, derrière le candidat du PS.

Et puis quel sera le candidat du PS qu’il aura à affronter ? Chacun a compris, en l’écoutant l’autre jour à l’Assemblée, que Manuel Valls avait déjà enterré Hollande et qu’il se présentait désormais en adversaire résolu de Sarkozy. Mais dans quel état sera Valls en avril 2017 ? S’il a réussi à inverser la courbe du chômage, il peut avoir ses chances de devancer Sarkozy. Sinon, il sera mort.

Il faut d’ailleurs aussi se demander dans quel état sera Sarkozy lui-même. En fait, en se présentant pour la présidence de l’UMP, il ouvre, très prématurément, la campagne de la course à l’Elysée. Jamais une campagne présidentielle n’aura été aussi longue. Tous les coups vont être permis. On peut faire confiance à Sarkozy pour en donner. Mais ceux d’en face ne vont pas l’épargner. Bien sûr, il y aura toutes les « affaires », toutes les casseroles qui tintinnabulent bruyamment aux basques de Sarkozy. Mais il y a pire : rappeler ce que fut son quinquennat, son autoritarisme, son agitation permanente, ses dérapages innombrables, son style. Le Fouquet’s, le yacht de Bolloré et plus encore le « Casse-toi petit con ! » seront, pour peu qu’on les ressorte, plus dévastateurs que l’affaire Tapie.

Tout cela va donc être passionnant à observer. Nous allons sûrement avoir d’innombrables surprises. Mais la plus stupéfiante de toutes est, tout de même, de voir que Sarkozy qui, jusqu’à l’arrivée de Hollande, avait été le président le plus détesté de la Vème République, est aujourd’hui de retour et en fanfare.

Et la France, dans tout cela ? C’est une toute autre histoire…

19 Sep 2014 | Comments (7)

La 3ème guerre du petit apparatchik rondouillard

Nos Rafales ont commencé, ce matin, à pilonner les positions de l’Etat Islamique au nord de l’Irak. C’est donc, après le Mali et la Centrafrique, la 3ème guerre dans laquelle se lance François Hollande. Qui aurait bien pu imaginer que cet apparatchik rondouillard serait un tel va-t-en-guerre ? Mais il est vrai que les socialistes aiment faire la guerre, de Guy Mollet avec la guerre d’Algérie et l’opération de Suez à Jospin avec l’Afghanistan en passant par Mitterrand avec la guerre de Koweït. Il y a une vieille tradition guerrière chez ces gens-là qui sont toujours prêts à envoyer nos braves soldats se faire « casser la gueule », histoire de faire oublier leurs propres défaites dans tous les combats qu’ils auraient dû mener sur le plan intérieur.

Il faut d’ailleurs dire qu’ils jouent sur du velours. En France, il y a une tradition qui veut que personne ne puisse oser contester une décision du gouvernement dès lors que nos troupes sont engagées dans des combats. C’est l’union nationale, fut-ce pour une guerre totalement absurde et perdue d’avance. Curieuse conception de la démocratie !

Aujourd’hui, toute l’opposition se bouscule au portillon pour applaudir cette déclaration de guerre que vient de prononcer Hollande contre les djihadistes de l’Etat Islamique. Personne n’ose demander si la France a vraiment raison de se mêler à un conflit qui oppose, au fin fond des déserts irako-syriens, les Sunnites irako-syriens aux Chiites irakiens et aux Alaouites syriens.

Certes, les Sunnites en question, persécutés par les Chiites de Bagdad auxquels les Américains ont donné tous les pouvoirs pour qu’ils puissent se venger de la dictature (sunnite) de Saddam Hussein, sont devenus des extrémistes islamistes prêts à pratiquer la pire des terreurs pour s’imposer.

On évalue à 35/40.000 hommes les soldats de ce califat autoproclamé. Or, il n’y a jamais eu 35/40.000 fanatiques islamistes en Irak et on sait parfaitement que ces hommes sont, pour la plupart, d’anciens soldats de l’armée de Saddam Hussein, donc des hommes bien entrainés qui possèdent toujours le matériel de Saddam Hussein et qui sont, surtout, par définition, d’anciens baassistes donc des laïcs. Ils ont rejoint le « calife » al Baghdadi simplement pour faire la guerre aux Chiites et reprendre le pouvoir à Bagdad.

Les considérer comme des disciples de Ben Laden est une absurdité. Tout comme il est absurde de croire qu’ils persécutent la population (sunnite) locale. Ils ne s’en prennent qu’aux minorités religieuses qu’ils considèrent comme des alliés objectifs des Américains. Il est évident que, sans le soutien des populations, ils n’auraient jamais pu remporter si facilement leurs victoires. D’ailleurs, s’ils étaient vraiment des fanatiques islamistes, ils n’auraient jamais eu l’aide financière et militaire des royautés du Golfe. L’attitude de l’Iran, chiite, qui veut les combattre est évidemment révélatrice. C’est l’éternel combat entre les Sunnites soutenus par les gens du Golfe et les Chiites soutenus par l’Iran des ayatollahs.

Qu’allons-nous faire dans cette galère ? En affirmant que cet Etat Islamique menace nos démocraties et l’équilibre de la planète, alors qu’il s’agit d’une guerre de religion purement locale, Hollande prouve à quel point il ignore tout des réalités de ce Moyen-Orient « compliqué ».

Cela dit, il fait un petit plaisir à Barack Obama puisque les Américains ne semblent toujours pas avoir compris qu’ils avaient déjà accumulé les pires erreurs en Irak.

Mis à part les risques d’engrenage et d’embourbement dans cette croisade, Paris va évidemment avoir à payer cher cette politique sur le plan international et apparaitra bien vide, aux yeux du monde arabo-musulman, comme « le valet des Américains » et l’ennemi numéro 2 de l’Islam. Les musulmans n’ont jamais été choqués par les décapitations et l’usage de la terreur qui font partie des meilleures traditions dans les guerres de religion de la région.

Hollande pensait sans doute que l’annonce de cette déclaration de guerre lui redonnerait quelques points dans les sondages et ferait de lui un héros en première page de toute la presse de ce matin. Pas de chance ! Il y a ce matin les inondations catastrophiques du Midi, le « Non’ » au référendum écossais et surtout le retour prévu, attendu, imminent de Sarkozy.

Sa 3ème  guerre ne lui sera sans doute pas plus utile que les deux premières…

19 Sep 2014 | Comments (10)

Pitoyable!

Stupéfiant ! Jamais dans l’histoire de la République nous n’avions vu un président aussi pitoyable. Alors que nous étions en droit d’attendre un chef de l’Etat reconnaissant qu’il avait tout raté pendant la première moitié de son quinquennat mais voulant remonter sur son cheval et nous déclarant qu’avec son nouveau gouvernement il allait tirer toutes les leçons de tous ses échecs et se lancer résolument dans une toute autre politique, nous avons eu un François Hollande pleurnichant sur son sort et bredouillant qu’il allait continuer, comme si de rien n’était, sans changer d’un iota, sa politique dévastatrice.

Il a passé son temps, tout au cours de cette conférence de presse, à nous répéter que le métier de président de la République n’était « pas facile » et même que c’était « très dur » par moments. Pas facile d’augmenter les impôts, pas facile de réduire les dépenses, pas facile de prendre une décision, dur de changer de gouvernement, dur d’essayer de respecter nos obligations vis-à-vis de l’Europe…

Ce type qui avait surnagé en pantouflant pendant des années rue Solferino entre les courants, les tendances, les combines et les coups bas des éléphants du PS, s’imaginait-il vraiment qu’à l’Elysée il pourrait continuer à siroter son pastis en contant fleurette à des starlettes ?

Il semble découvrir, un peu tard, que se retrouver dans le bureau du général de Gaulle, qu’être à la tête de l’Etat, de la France, en pleine crise économique, sociale, politique et morale, alors que le pays est en pleine décomposition, ce n’est « pas facile » et que c’est même par moments « très dur » ! Mais qu’avait-il appris à l’ENA ?

Voulait-il nous attendrir, nous apitoyer sur son triste sort ? Peut-être.

Une chose est sûre : il a enfin compris qu’il était inutile de nous annoncer qu’il allait inverser la courbe du chômage. D’ailleurs, il n’a pas parlé du chômage qui reste pourtant la toute première préoccupation de tous les Français. Pas un mot. Il n’a même pas prononcé le mot « chômage ». Pas un mot non plus sur l’insécurité. Ni sur l’immigration. Ce président de la République est coupé des réalités du pays au point d’ignorer les grands sujets de préoccupation, d’angoisse des Français.

Maintenant, il ne promet plus rien, il ne s’engage plus à rien, il n’annonce plus la moindre bonne nouvelle. Comme certains espèrent gagner au Loto, il « espère » que sa politique donnera des résultats. Pas cette année, bien sûr. Pas en 2015 non plus. Pas davantage en 2016. Mais… en 2017. Car, avoue-t-il aussi penaud qu’un gosse menteur pris sur le fait, « Les résultats se font attendre », « Les résultats tardent à venir ». C’est en effet le moins qu’on puisse dire.

Tout est d’ailleurs maintenant renvoyé à 2017, même la réduction des déficits à 3%. Il va d’ailleurs envoyer Manuel Valls voir Angela Merkel pour lui demander (poliment) de comprendre que la France fait des efforts mais qu’elle « a choisi la compétitivité plutôt que la baisse des déficits » et donc que nous laissons filer les déficits. On peut déjà imaginer que la chancelière de fer va donner une mémorable paire de claques au brave matador catalan.

En clair, Hollande va maintenant raconter aux Allemands (et à Bruxelles) que la France ne peut pas réduire ses déficits comme elle s’y était engagée car elle doit relancer son économie. Et raconter aux chefs d’entreprise et aux ménages qu’il faut encore faire des efforts car la France doit réduire ses déficits. Ni les Allemands, ni les patrons ni les Français ne seront dupes.

Tout le monde a souri quand Hollande nous a affirmé qu’il ne se préoccupait pas des sondages. Une chance pour lui qui est maintenant à 13% d’opinions favorables.

Au fond, il n’a eu qu’un seul moment de sincérité ou du moins de lucidité : quand il a reconnu qu’il avait sa « part de responsabilité » dans la montée du Front National parce qu’il « n’avait pas su répondre aux angoisses de ceux qui vivent dans les quartiers difficiles ». Il faut préciser que d’autres ont, eux aussi, une part de cette responsabilité mais il est évident qu’un gouvernement « de gauche » qui ne fait rien pour lutter contre le chômage, la précarité et l’insécurité ne peut en effet que pousser vers l’extrême-droite tous ceux qui sont désespérés. Mais Hollande semble ignorer que cela fait longtemps que le FN ne recrute plus seulement dans les quartiers difficiles et chez les électeurs de gauche.

Comme on s’y attendait, Hollande avait commencé cette conférence de presse en nous annonçant qu’il donnait ordre à nos aviateurs d’aller pilonner les positions des djihadistes de l’Etat Islamique au nord de l’Irak.

Nous avons déjà dit, ici même, que cette intervention aérienne était vouée à l’échec, qu’avant longtemps nous serions obligés, comme en Afghanistan et au Mali, d’envoyer des hommes au sol et que nous nous engagions là dans un engrenage qui peut avoir des conséquences pour le moins fâcheuses et qui se terminera, évidemment, par une défaite de plus.

Il aurait été autrement plus simple de demander, un peu fermement, à nos « amis » saoudiens qataris, koweitiens et autres d’arrêter de financer les rebelles du Califat.

Mais, même en chef de guerre, Hollande se prend encore les pieds dans le tapis. Il a précisé que notre aviation interviendra contre les djihadistes « en Irak mais pas en Syrie ». Alors que, bien sûr, les terroristes du califat, ne connaissant pas de frontières, sont tout aussi bien en Irak qu’en Syrie. Pourquoi laisser ainsi un « sanctuaire syrien » à cet ennemi ? Hollande nous répond : parce que les autorités officielles de Bagdad nous ont demandé d’intervenir ce qui n’est pas le cas de la Syrie avec laquelle nous n’avons plus aucune relation puisque nous condamnons le régime de Bachar al Assad.

C’est tout à fait vrai. Sauf que la France intervient en Syrie depuis des mois en armant les rebelles « modérés » de l’Armée Syrienne Libre… sans avoir demandé l’autorisation de Damas.

En réalité, Hollande ne veut pas attaquer les terroristes du califat en Syrie pour ne pas avoir l’air d’aider Assad contre lequel il voulait faire la guerre l’année dernière. Nos Rafales vont donc pilonner les troupes du califat, en Irak, pour les empêcher de s’emparer de Bagdad, mais arrêteront de tirer dès qu’elles auront franchi la frontière irako-syrienne pour leur permettre de s’emparer de Damas. Absurde !

Oui, pitoyable et absurde !

18 Sep 2014 | Comments (7)

L’oral de rattrapage sans espoir

Il est toujours amusant, avant une conférence de presse, d’imaginer ce que va bien pouvoir dire le président de la République. Il faut avouer qu’avec François Hollande la chose est assez facile. On le voit toujours arriver, de très loin, avec ses gros sabots.

Accordons-lui que, cette fois, l’exercice sera particulièrement difficile. Le roi est nu, complètement, comme un ver, à la ramasse, au fin fond des sondages. A mi-mandat, il est obligé de reconnaitre qu’il a tout raté. Le chômage continue à augmenter, les déficits aussi, les impôts aussi.

En plus, viennent de lui tomber sur la tête, coup sur coup, le livre de son ancienne maitresse, Valérie Trierweiler, qui le traite de salaud, celui de son ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, qui le considère comme un jean-foutre et les confidences de son ancien conseiller préféré Aquilino Morelle, qui fait de lui un minable un peu dingo.

A cela s’ajoutent, pour l’anecdote, l’affaire Thomas Thévenoud, l’éphémère ministre qui oubliait de faire ses déclarations d’impôts, l’insurrection des « frondeurs » qui l’accusent d’être un « social-traitre », le réveil de Martine Aubry qui va, visiblement, prendre la tête de la fronde et partir en croisade contre lui et même la première gaffe d’Emmanuel Macron qui semble bien partager avec lui le même mépris pour les « sans dents » et les « illettrés ».

Cette conférence de presse va donc ressembler à un terrible oral de rattrapage où le malheureux candidat sait qu’il n’a aucune chance de se rattraper, le jury étant depuis longtemps fixé sur son incompétence.

Hollande commencera, évidemment, par nous faire un cours de politique étrangère. Une fresque planétaire du terrorisme islamiste. Irak Syrie, Mali, tout va y passer. Mais Hollande n’est pas un diplomate. Il ne connait rien de l’histoire de ces pays, de l’Islam, du Chiisme, du Sunnisme, du baassisme, des tribus, des Kurdes. Hollande est un guerrier (de pacotille). Il ne sait que bomber le torse et gonfler ses pectoraux. Plutôt Schwarzenegger que Kissinger. Incapable de venir à bout de nos loubards de banlieue, il veut juguler l’islamisme radical, éradiquer le terrorisme international, exterminer les coupeurs de tête.

Il expliquera donc, d’abord, longuement que, fidèle à sa tradition de grande puissance coloniale, la France va aller apporter la civilisation à tous les sauvages d’Irak, de Syrie, du Mali et d’ailleurs.

On se souvient de ce que déclarèrent les deux grands hommes de François Hollande Jules Ferry et Léon Blum. Le premier s’écriait, en 1885, à l’Assemblée : « Les races supérieures ont un droit et un devoir vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures ». Et 40 ans plus tard, Léon Blum reprenait en écho toujours à l’Assemblée : « Il est du devoir de ce qu’on appelle les races supérieures d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation »

Fidèle à Jules Ferry qui préférait aller guerroyer au Tonkin et au fin fond de l’Afrique plutôt que de faire face, comme le souhaitait Clemenceau, à l’Allemagne qui nous avait pris l’Alsace et la Lorraine, Hollande préfère s’en prendre au calife de l’Etat Islamique, à Assad et aux rebelles maliens plutôt que d’avoir à affronter la redoutable Angela Merkel qui impose désormais sa loi à l’Europe.

L’ennui, naturellement, c’est que Hollande ne dispose pas de l’armée qu’avaient Jules Ferry ou Léon Blum. Il est obligé, un peu piteusement, d’attendre que Barack Obama lance lui-même la croisade pour s’y joindre avec son unique porte-avions et sa petite dizaine de Rafales.

Il nous racontera sûrement qu’il a réussi, au cours de la réunion qu’il a organisée lundi à Paris, à constituer un front commun prêt à participer ou du moins à soutenir la croisade. En réalité, les pays qui comptent ne sont pas partants. L’Iran dont ne veulent pas les Américains n’était pas là et la Turquie qui a ses propres problèmes avec ses propres Kurdes traine pour le moins des babouches.

Quant aux pays du Golf, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Emirats, qui permettent à Paris et à Washington de faire croire qu’il ne s’agit pas d’une croisade de Chrétiens allant massacrer du Musulman pour protéger d’autres Chrétiens, ils ont plus ou moins promis une aide financière mais avec une stupéfiante hypocrisie puisque ce sont eux qui financent l’Etat islamique au nom de la solidarité sunnite.

Hollande abordera ensuite les problèmes intérieurs, les seuls qui intéressent les Français. Il sera évidemment évasif sur le chômage et les déficits et ne s’attardera sûrement pas sur le répit de deux années supplémentaires que Paris vient encore de demander à Bruxelles pour parvenir au 3% de déficit par rapport au PNB promis.

Sur les impôts, il triomphera répétant tout ce que vient d’annoncer Valls : suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu, prochaine baisse d’impôts pour les classes moyennes. Cela lui permettra de dire aux « frondeurs » que ce gouvernement pense aux plus modestes et qu’il ne pratique ni l’austérité ni même la rigueur. Nous dira-t-il comment il compte compenser ces pertes de rentrées fiscales ? En vendant quelques « bijoux de famille » ? Il va finir par ne plus en rester beaucoup.

Au passage on remarquera que Manuel Valls lui a totalement coupé l’herbe sous le pied en annonçant lui-même ces quelques nouveautés du jour. Histoire, sans doute, de bien prouver que le président n’est plus qu’une potiche un peu ridicule qui continue à proclamer, contre toute évidence, qu’il « maintient le cap » alors qu’il ne détient plus la barre dont se sont emparés Valls et Macron pour amorcer un virage évident qui change totalement le cap.

Peut-être y aura-t-il une question sur le très prochain retour de Nicolas Sarkozy. Là, Hollande pataugera sans doute un peu.

Mais, en réalité, les journalistes n’attendent Hollande ni sur la politique étrangère ni sur la politique intérieure mais, beaucoup plus prosaïquement, sur… ses réactions au livre de Valérie Trierweiler, ses projets avec Julie Gayet et, éventuellement, ses commentaires sur l’idylle de deux de ses anciens ministres, Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti.

Et c’est là tout le drame de ce chef d’Etat qui n’en est plus un. Ayant trop dit n’importe quoi pendant trop longtemps, il a été définitivement relégué dans les pages « people » de l’actualité.

Cela dit, on va tout de même l’écouter en fin d’après-midi, simplement pour voir la mine, sans doute un peu déconfite, qu’il fait aujourd’hui…

18 Sep 2014 | Comments (4)

Des « sans-dents » aux « illettrés »

Emmanuelle Macron commence bien mal sa carrière ministérielle. Pour sa première grande interview à la radio, le nouveau ministre de l’Economie n’a rien trouvé de mieux que d’insulter les salariées des abattoirs de porcs Gad mis en liquidation judiciaire. « Ce sont des illettrées » a-t-il froidement déclaré pour expliquer le malheur de ces femmes.

Après le président de la République qui, selon son ancienne maitresse, traite de « sans-dents » les pauvres, les défavorisés, les exclus, le ministre du Travail Rebsamen qui estime qu’il y a un bon nombre de tricheurs parmi les chômeurs indemnisés, voici le ministre de l’Economie qui considère que les salariées de cet abattoir en liquidation ne savent ni lire, ni écrire. Cela commence à faire beaucoup !

On savait depuis longtemps que la gauche n’avait pas « le monopole du cœur » mais personne n’imaginait que cette gauche bobo-Lubéron et ile de Ré oserait afficher publiquement son mépris pour les « petites gens », les « gens d’en bas », les « miséreux » qui n’ont pas fait au moins Sciences Po.

Quelques heures après son « dérapage », Macron a présenté, dans l’hémicycle de l’Assemblée, ses excuses « les plus plates ». C’était la moindre des choses. Et ses amis nous disent que le ministre a simplement fait un lapsus, certes maladroit, mais qu’il voulait en réalité souligner le cruel manque de formation dont sont victimes beaucoup de chômeurs.

Il est tout à fait possible que ces femmes salariées de Gad soient, en effet, victimes de l’école de la République qui, chaque année et depuis des années, lâche dans la vie active 150.000 jeunes sans aucune formation et sachant à peine lire et écrire. Ce n’était pas une raison pour leur cracher ainsi son mépris au visage.

Mais le lapsus –si lapsus il y a- est surtout diablement révélateur d’un état d’esprit. Enarque et ancien de chez Rothschild, Emmanuelle Macron n’a sans doute jamais de sa vie rencontré un smicard, un chômeur ou un SDF. Il n’est qu’un socialiste de circonstance, d’ambition, comme tous ceux, nombreux, qui, autour de la table du Conseil des ministres, fustigent les riches, les patrons, les nantis, tout en payant eux-mêmes l’ISF.

Macron est la caricature vivante de ces socialistes de salon qui depuis l’ère Mitterrand et l’époque Tapie s’apitoient sur les pauvres en faisant leur parcours de golfe ou dans les tribunes de Roland Garros et applaudissent à tout rompre quand le Premier ministre annonce que les retraites des plus malheureux passeront de 720 € à… 800 € et que le gouvernement accordera une « prime exceptionnelle » de… 40 € (le prix de 5 paquets de cigarettes !) aux retraités touchant moins de 1.200 € par mois.

On comprend que le Front National soit devenu le « premier parti ouvrier de France » et on veut croire que les pauvres, les « sans-dents » et les « illettrés » se souviendront des quelques « dérapages » de cette gauche d’imposture lors des prochaines élections…

17 Sep 2014 | Comments (8)

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