Le petit vizir a été cruel avec le calife et, du coup, il est devenu grand vizir. Les 36 heures de péripéties tragi-comiques auxquelles nous venons d’assister ne sont, en fait, qu’un mini coup d’Etat qui a permis au Premier ministre d’enfermer à double tour le président de la République dans son palais élyséen et de s’emparer du pouvoir.

Valls a fait son (tout) petit 18 Brumaire et il s’est, en plus, offert le luxe de se payer la tête du monarque chancelant. En obligeant l’homme qui s’était fait élire en proclamant qu’il n’avait « qu’un seul ennemi : la finance » à nommer ministre de l’économie et de l’industrie Emmanuel Macron, « l’ancien de chez Rothschild », Valls fait non seulement de la provocation mais ridiculise à jamais le pauvre François Hollande.

Depuis qu’il avait été nommé Premier ministre, le « matador catalan » attendait son heure. Avec un petit sourire obséquieux, il faisait mine d’être docile et respectueux envers le souverain qu’il avait toujours souverainement méprisé. Il savait parfaitement que Hollande, totalement à la ramasse, lui avait donné Matignon à contrecœur et en désespoir de cause. Tout cela ressemblait furieusement à Chirac obligé de rappeler au gouvernement Nicolas Sarkozy. Valls passa ses premières semaines à ne rien faire, se contentant d’opiner du bonnet chaque fois que Hollande ouvrait la bouche.

L’Elysée ressemblait à un champ de ruines dans lequel le président déambulait hagard, perdu, abasourdi. Le chômage, la dette, les déficits, la balance commerciale, les sondages, les frondes, tout s’abattait sur la tête du président. Le Premier ministre restait dans les coulisses. Il savait que les seconds couteaux de la corrida, les Montebourg, Hamon et autres, travaillaient la bête. Et puis enfin, dimanche soir, tel Zorro, il jaillit en sauveur… pour porter l’estocade finale, en mettant le marché sur la table : « Donne-moi le pouvoir ou je te laisse agoniser tout seul ». C’était la bourse ou la vie. Au bout du rouleau, affolé à l’idée que Valls puisse démissionner, Hollande accepta de lui donner les têtes qu’il exigeait et de lui remettre sa couronne abimée.

Comme tous les putschistes malins, Valls ne fait pas la révolution. On attendait un « nouveau » gouvernement. Pendant 24 heures, les « meilleurs spécialistes » nous annoncèrent l’arrivée de Robert Hue l’ancien patron du parti communiste( !), de Jean-Claude Baylet, le président du parti radical de gauche, de centristes, le retour des Verts, l’éjection de Christiane Taubira, ennemie déclarée de Valls (ce qui aurait été une excellente idée). Ils n’avaient rien compris. Valls ne voulait ni ouvrir au centre, ni récupérer la gauche.

Valls garda presque tous les mêmes, Fabius, Sapin, Ségolène, Le Foll, Touraine, Le Drian, Cazeneuve et même Taubira. Il se contenta de remplacer ceux qu’il avait poignardés et que les chevaux tiraient hors de l’arène.

Pour faire joli, il donna deux superbes promotions à deux jeunes femmes mignonnes, souriantes et de toute évidence totalement incompétentes pour les postes qu’il leur accordait. Najat Vallaut Belkasem à l’Education Nationale, le plus difficile de tous les ministères avec un million de fonctionnaires, des syndicats incontrôlables et une école en ruines. Fleur Pellerin à la Culture pour succéder à Malraux et à Lang et affronter les intermittents du spectacle. Elles avaient, il est vrai,, l’avantage de « faire exotiques ». L’Espagnol faisait la promotion d’une Marocaine et d’une Coréenne. Une diversité parfois diversement appréciée. Mais cela n’était que des amuse-gueules.

Le poids lourd que Valls sortait de sa poche, comme un colt 45 de western mais qui ressemblait à un pavé dans la mare, c’était, bien sûr, le remplaçant de Montebourg, Emmanuel Macron. Hollande ne pouvait rien dire, le jeune homme avait été son secrétaire général adjoint à l’Elysée. Mais le jeune homme avait, aussi et surtout, été… banquier chez Rothschild. Presque comme Pompidou. L’infamie absolue, la tare indélébile, l’incarnation caricaturale de cette finance honnie que Hollande avait vouée aux gémonies !

En faisant cet énorme pied de nez à Hollande, Valls lançait évidemment un signal d’encouragement, voire d’amitié au Medef, à tous les patrons et à la finance internationale mais aussi un avertissement sans frais à toute la gauche qui n’a toujours pas compris que l’idéologie des Jaurès et autres Blum, des communards et soixante-huitards réunis et attardés avait été condamnée par les faits et par l’Histoire.

Valls a réussi son coup. Le voici maitre du pays. A-t-il la moindre chance de réussir sa « révolution », c’est-à-dire de métamorphoser la France, d’abattre toutes les Bastilles qui la font crever depuis des décennies, en s’attaquant au Code des impôts, au Code du Travail, au statut des fonctionnaires, à celui des syndicats, à tous les « avantages acquis » de notre société d’assistés ? On voudrait l’espérer et on se souvient que, candidat à la primaire de gauche, il s’en était pris aux 35 heures.

Mais il semble bien seul, même avec le secours d’un ancien de chez Rothschild. Il ne lui reste que deux ans pour réussir son pari fou et devenir président en 2017. Tous ses petits camarades qu’il a si joliment roulés dans la farine vont sûrement se réveiller. C’est bien connu, dans le milieu on n’aime pas les traitres…