Il parait que François Hollande écrit lui-même ses discours. On le croit volontiers. Celui qu’il a prononcé hier, sur le pont du Charles de Gaulle devant un parterre de chefs d’Etat africains parmi lesquels s’était glissé sans qu’on comprenne pourquoi le prince Albert de Monaco, fut particulièrement affligeant.

L’exercice était pourtant aussi convenu que facile. Il s’agissait de célébrer le 70ème anniversaire du Débarquement de Provence, d’évoquer l’armée de de Lattre qui allait rapidement, au cours de sa chevauchée vers la victoire, devenir « Rhin et Danube » et permettre au « Roi Jean » de prendre place autour de la table de la signature de la reddition nazie. Une bien belle page, trop souvent négligée, de notre histoire.

Or, en moins d’une demi-heure, François Hollande a démontré qu’il ignorait tout de la 2ème guerre mondiale et tout de l’économie.

A plusieurs reprises, il a cru devoir affirmer que c’étaient les troupes africaines qui avaient libéré la France, les soldats venus du sud de la Méditerranée qui avaient vaincu le nazisme. Personne, bien sûr, ne sous-estime le rôle qu’a joué l’armée d’Afrique en 1944 en libérant Toulon et Marseille puis en remontant la vallée du Rhône. Mais comment se fait-il que le président de la République qui, en juin dernier, présidait, avec Obama et Poutine, les cérémonies du 70ème anniversaire du débarquement en Normandie ait déjà pu oublier que c’étaient les GI’s américains, sur le front de ouest, et les soldats soviétiques, sur le front de l’est, qui avaient libérer l’Europe du joug nazi ?

On dira que le président voulait caresser dans le sens des poils ses hôtes africains et que, pour plaire à ses auditoires, François Hollande n’hésite jamais à dire n’importe quoi. Mais là il a, évidemment, poussé le bouchon un peu loin. Il aurait parfaitement pu rendre hommage à nos troupes coloniales sans se ridiculiser pour autant.

Et il est allé encore plus fort en répétant, inlassablement, que la France avait contracté « une dette » à l’égard de l’Afrique, il y a 70 ans. On sait que l’économie et le paiement de nos dettes ne sont pas son fort. Mais il devrait apprendre que l’Histoire efface toujours toutes les dettes, que nous avons déjà payé au prix fort les intérêts de toutes nos dettes du siècle passé, que les Français d’aujourd’hui ne doivent plus rien à ces pays qui sont indépendants depuis plus d’un demi-siècle, qu’elle avait fait entrer plus ou moins dans la modernité et qui n’ont, eux-mêmes, pas toujours été très reconnaissants à l’égard de leur ancienne mère-patrie. Les Français en ont assez de toutes les formes de repentance et de reconnaissance éternelle.

Nous aimerions, nous aussi, acquérir enfin notre indépendance vis-à-vis de notre Empire colonial d’antan et nous libérer de tous les boulets que nos gauchos de service veulent nous mettre aux pieds, que ce soit l’esclavagisme, le colonialisme ou les guerres coloniales, sans parler des croisades. Nous avons pardonné à l’Allemagne les horreurs de la guerre, nous souhaiterions qu’on efface les dettes que nous avons pu contracter à la même époque. Il y a, là aussi, prescription depuis longtemps !

Hollande veut-il nous faire croire qu’il a lancé nos soldats dans les expéditions du Mali et de Centrafrique simplement parce que nous aurions eu une « dette » envers les tirailleurs du Soudan et de l’Oubangui-Chari ? On ne veut tout de même pas le croire…

Non, ce fut encore un discours raté !