Certains se demandent pourquoi Christiane Taubira a éprouvé le besoin, ce matin, à l’université d’été du PS de La Rochelle, d’aller faire le singe, c’est-à-dire de la provocation, chez les « frondeurs » alors que, contre toute attente, Manuel Valls ne l’a pas virée de son gouvernement dans la même fournée que Montebourg, Hamon et Filippetti et qu’elle est donc toujours Garde des Sceaux et membre du gouvernement.

Visiblement, notre indépendantiste guyanaise, marraine du « mariage pour tous », a été vexée comme un pou d’avoir été considérée comme quantité négligeable par le Premier ministre. Tout le monde sait que Valls a toujours détesté Taubira et on se souvient de leurs affrontements quand l’actuel Premier ministre était encore ministre de l’Intérieur et que la Garde des Sceaux présentait sa réforme pénale avec l’instauration d’une bien curieuse « contrainte pénale ». Mais on, ne savait pas qu’à la détestation s’ajoutait le mépris. Pour Valls, Taubira « compte pour beurre ».

Si Montebourg, Hamon et éventuellement Filippetti représentent « quelque chose » au PS en étant, au fil des mois, devenus les incarnations de la mauvaise conscience que pouvait avoir le régime qui trahissait de plus en plus les électeurs et tout le fonds de commerce de la rue Solferino, Taubira, elle, n’était qu’une espèce de potiche exotique posée sur la cheminée et permettant de faire croire que le pouvoir était encore « progressiste » puisque la brave dame affichait sa haine pour La Marseillaise, les défilés militaires, voire les hétérosexuels.

En jouant les statues du Commandeur, Montebourg, Hamon et Filippetti ont derrière eux, un cinquième, un quart, peut-être un tiers de ce qui reste des électeurs qui, il y a deux ans et demi, ont voté pour François Hollande en s’imaginant, bien naïvement, qu’avec cet ancien apparatchik du parti socialiste ils allaient connaitre des aubes prometteuses.

Taubira qui se dit radicale de gauche mais qui, en vérité, est surtout militante du parti guyanais indépendantiste, le Walwari, qu’elle a créé avec son ancien mari, n’a « pesé » que 2,32% des voix quand elle s’est présentée comme « rad.-soc. » à la présidentielle de 2002 (voix qui, comme celles de Chevènement, ont éliminé Jospin pour le second tour de cette présidentielle) et 1,54% des voix quand elle a été tête de la liste radicale aux européennes de 2004 en Ile-de-France.

Autant dire qu’ailleurs qu’en Guyane, elle est inexistante. Hollande voulait en faire, avec Najat Vallaud-Belkacem, Yamina Benguigui, Fleur Pellerin, George Pau-Langevin, Victorin Lurel et Kader Arif, le symbole de la non-discrimination. Les hasards de la vie politique l’ont transformée en « icône des homos et des délinquants ».

Il est vraisemblable que Manuel Valls a accepté de la garder dans son équipe pour donner un petit os à ronger, un cadeau de compensation à Hollande auquel il imposait l’éviction de Montebourg, de Hamon, de Filippetti et surtout l’entrée d’Emmanuel Macron, c’est-à-dire un fantastique virage à 180°.

Christiane Taubira se croit aujourd’hui tout permis et s’imagine sans doute que les « frondeurs » ont la moindre chance de l’emporter. On va voir si Valls préférera s’amuser à jouer avec elle au chat et à la souris en tolérant, un temps, ses incartades impertinentes ou s’il voudra terminer son opération de nettoyage en l’éjectant avec pertes et fracas…