François Hollande et le président allemand Joachim Gauck se sont longuement embrassés ce matin à Hartmanswillerkopf, dans le Haut-Rhin, pour commémorer à la fois le début de la guerre de 1914, la fin de celle de 1939, l’amitié franco-allemande et l’Europe.
On peut penser que les Français –et sans doute les Allemands- vont rapidement se lasser de toutes ces commémorations prévues pour ce centenaire et ce soixante-neuvième anniversaire. Nous sommes au XXIème siècle, le dernier poilu est mort il y a quelques années, Hollande n’était pas né en 45, Gauck avait 5 ans et il y a fort à parier que les jeunes et les moins jeunes, d’un côté comme de l’autre du Rhin, se préoccupent bien davantage du chômage, de la mondialisation, voire de l’Islam que de ces pages épouvantables de l’histoire déjà ancienne d’un monde révolu depuis bien longtemps.
Certes cette première guerre mondiale a saigné à tout jamais nos deux pays et mis un terme à l’Europe qui dominait jusqu’alors la planète. Tout en tuant les grands empires –allemand, austro-hongrois, russe, ottoman- elle a permis le triomphe des Etats-Unis et l’éclosion du communisme et changé la face du monde. Tout comme la seconde, reculant encore les limites de l’horrible, a condamné les deux derniers empires, le britannique et le français, ne laissant plus face-à-face que Washington et Moscou.
Mais profiter aujourd’hui de ces commémorations pour parler de l’amitié franco-allemande et de l’Europe a quelque chose de dérisoire et même d’indécent.
Il n’y a aucune amitié entre nos deux pays. Bien sûr, plus personne n’envisage une guerre entre Paris et Berlin. Nous avons récupéré l’Alsace-Lorraine et ils ont récupéré la Sarre. Mais les deux-fois-vaincus dominent l’Europe et Angela Merkel, la chancelière de fer autrement plus puissante que le vieux Joachim Gauck, nous impose sa loi comme si Guillaume II et Hitler avaient gagné toutes les guerres.
Depuis bien longtemps, en fait depuis De Gaulle et Adenauer, nous ne nous embrassons plus que dans les cimetières. Sur les vrais champs de bataille de ce nouveau siècle, c’est-à-dire sur le marché mondial et dans les places boursières, ils nous taillent sans pitié des croupières, tout en nous méprisant, nous qualifiant de « pays club Med’ » et ironisant à gorge déployée sur le modèle français. François Hollande qu’elle gifle à tour de bras chaque fois qu’elle le rencontre à Bruxelles ou ailleurs aurait sans doute eu des difficultés à embrasser à pleine bouche Angela Merkel, si le protocole ne lui avait pas envoyé Gauck.
Quant à l’Europe, il faut avoir toute l’hypocrisie des diplomates et savoir manier la langue de bois comme seuls savent le faire les politicards pour oser la célébrer aujourd’hui. Elle n’existe plus depuis belle lurette si tant est qu’elle ait jamais existé ailleurs que dans les rêves de quelques utopistes fatigués.
D’abord, chaque jour prouve qu’elle n’a plus le moindre pouvoir ni même la moindre influence sur les affaires du monde. Incapable de faire face à la crise, à la mondialisation, aux Etats-Unis, à Poutine, elle n’a pas son mot à dire ni à propos de l’Ukraine, ni à propos du Proche-Orient. Et d’ailleurs, quand elle tente d’ouvrir la bouche, on s’aperçoit aussitôt que c’est la pire des cacophonies entre les 28 qui ne sont d’accord sur rien.
Ensuite et presque surtout, les Européens eux-mêmes ne veulent plus de cette Europe qui s’est rendue odieuse par les diktats imbéciles des technocrates de Bruxelles. Toutes les élections, même européennes, démontrent qu’après l’abstentionnisme ce sont les eurosceptiques voire les antieuropéens déclarés qui l’emportent de plus en plus et la Grande-Bretagne, elle-même, prépare un référendum pour quitter l’Union.
L’amitié franco-allemande n’existe pas et l’Europe est malade d’elle-même comme elle ne l’a jamais été. Ce n’est pas en évoquant, en invoquant les millions de morts des guerres du XXème siècle que ce malheureux Hollande nous redonnera espoir en l’avenir. Qu’il arrête de jouer aux professeurs d’histoire, aux gardiens de musée pour ne pas dire de cimetière et qu’il s’occupe un peu si ce n’est de l’avenir du moins du présent.
Mais c’est évidemment beaucoup plus difficile.

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