La trêve non pas des confiseurs mais des commentateurs les a empêchés de s’extasier devant les résultats du dernier sondage Ifop publié par le magazine Marianne. Pourtant les chiffres valent leur pesant de cacahouètes. Pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, Marine Le Pen arrive en tête au premier tour de la présidentielle à la condition, bien sûr, que celle-ci se déroule ce dimanche.
Les résultats semblent sans appel : Marine Le Pen : 26%, Nicolas Sarkozy : 25%, François Hollande : 17%. Ce qui voudrait dire que l’invraisemblable se produirait et qu’au second tour Sarkozy l’emporterait en se frisant les moustaches.
Naturellement, cette présidentielle n’aura lieu que dans plus de deux ans et demi, beaucoup d’eau aura passé sous les ponts et ni Sarkozy, ni Hollande n’ont encore annoncé leur candidature même s’il est évident qu’ils seront l’un et l’autre candidats, le premier parce qu’il a une revanche à prendre et qu’il ne pense qu’à cela, le second parce que, malgré toutes les claques, toutes les volées de bois vert et toutes les catastrophes qu’il a accumulées pendant son quinquennat, il ne va sans doute pas laissé Manuel Valls lui souffler le rôle de patron légitime de la gauche.
Ce qui est intéressant dans ce sondage qui, comme tous les sondages ne veut, bien sûr, dire que ce que valent dire les sondages, c’est de le comparer aux chiffres « réels » des présidentielles de 2002, 2007 et 2012.
En 2002, l’année merveilleuse pour lui, Jean-Marie Le Pen était arrivé au premier tour avec 16,88% coiffant d’un rien et éliminant Lionel Jospin, 16,18%. En 2007, mauvais millésime pour lui, Le Pen n’obtenait que 10,44%. En 2012, succédant à son père, Marine Le Pen recueillait 17,9% des suffrages. D’après l’Ifop, en 2017, elle obtiendrait donc 26%, plus d’un quart des suffrages et arriverait en tête. La chose n’a rien de vraiment surprenant. Tous les sondages et toutes les élections intermédiaires ou partielles donnent au Front National à peu près ce score. En quinze ans, l’extrême-droite qui récuse désormais ce qualificatif a gagné 10% des voix.
Ce succès, Marine Le Pen le doit évidemment moins à la dédiabolisation du FN qu’elle a su mener ou au programme qu’elle a présenté qu’à l’effondrement de ses rivaux : Hollande qui est devenu le président de la République le plus détesté de l’histoire de la Vème République et Sarkozy qui a à payer non seulement le souvenir de son propre quinquennat désastreux mais aussi le déluge d’affaires qui a déferlé sur lui et l’inexistence incohérente de la droite en général qui, depuis deux ans et demi, de querelles de chefs en absence de programme, est totalement incapable d’assurer, d’assumer son rôle d’opposante.
En 2002, la gauche était au pouvoir grâce à la cohabitation. Jospin avait donc été éliminé. Mais depuis, dans l’opposition, la gauche avait regagné du terrain. Ségolène Royal, très mauvaise candidate, avait obtenu 25,87% des voix au premier tour de 2007 et Hollande 28,63% au premier tour de 2012.
La droite, elle, a toujours su se maintenir honorablement. Si Chirac avait été réélu en 2002 en n’ayant obtenu que 19,88% au premier tour, Sarkozy avait recueilli 31,18% au premier tour de 2007 et 27,18% au premier tour de 2012, soit 1,45% de moins seulement que Hollande qui allait l’emporter au second tour.
Si les 26% et les 17% que l’Ifop accorde à Marine Le Pen et à François Hollande n’ont rien de très étonnant, ce sont, bien sûr, les 25% qu’il concède à Sarkozy qui sont les plus surprenants. Les affaires Bettencourt, Tapie, Karachi, Kadhafi, Bygmalion et autres n’auraient donc coûté que 2,18% des voix à l’ancien président (2012 : 27,18%, aujourd’hui : 25%). Preuve que les calomnies, les rumeurs, les fuites judiciaires, les accusations sans preuve n’ont que peu d’effets sur les électeurs.
Mais en fait, tout comme Marine Le Pen bénéficie de l’incurie de ses adversaires, Sarkozy bénéficie de la médiocrité de ses concurrents. Qui, à droite, pourrait aujourd’hui lui voler la vedette ? Copé, Fillon, Le Maire, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet ? Personne. Faute de grives, les Français vont donc, sans doute, une fois de plus, devoir se contenter d’un merle dont ils ne voulaient plus.
A moins, bien sûr, que d’ici là un sauveur encore inconnu n’émerge des profondeurs du pays…

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