Avec une stupéfiante naïveté, nos beaux esprits parisiens en arrivent à se demander aujourd’hui s’il n’y aurait pas, tout de même, par hasard, quelque chose qui ressemblerait à une sorte de « choc de civilisations » et qui commencerait à se faire entendre, comme un grondement sourd et lointain, en ce moment sur notre petite planète. Le Monde a (r)ouvert le débat avec un long article de Dominique de Villepin et Le Figaro le poursuit aujourd’hui avec une interview de Frédéric Saint Clair (ancien collaborateur du même Villepin).

Comme de bien entendu, ces braves gens bien élevés s’indignent quand on ose leur parler de « choc de civilisations », ils se veulent rassurants et préfèrent jouer les autruches plutôt que de regarder les réalités en face. Sans doute de peur de se faire taxer d’islamophobie.

Pour Villepin, devenu il est vrai conseiller de l’émir du Qatar ( !), ce à quoi nous assistons « n’est pas un choc de civilisations entre l’Islam et la Chrétienté mais un événement historique, majeur et complexe, lié aux indépendances nationales, à la mondialisation et aux printemps arabes ». Baragouin qui ne veut strictement rien dire. Même chose pour Saint Clair qui ajoute même en prime : « Nous devons poursuivre et enrichir le dialogue entre démocratie libérale et Islam ». A croire que ce jeune homme ne s’est toujours pas aperçu qu’il s’agissait, par définition, d’un dialogue de sourds. On avait connu les deux personnages plus lucides et même plus courageux. Mais c’était il y a très longtemps.

Combien de temps faudra-t-il encore à nos politiques, nos penseurs, nos stratèges en tous genres pour voir et admettre publiquement un certain nombre d’évidences. Comme, par exemple, la première qui crève les yeux, à savoir que les démocraties qui, au XXème siècle, finirent par l’emporter sur le communisme (qui s’effondra de lui-même) sont aujourd’hui, en ce début du XXIème siècle, au bout du rouleau et se retrouvent soudain, étonnées pour ne pas dire stupéfaites, en face d’un Islam régénéré et triomphant dont le drapeau vert flottant au vent et menaçant a remplacé avantageusement le drapeau rouge des bolchéviques qui ont sombré dans les poubelles de l’histoire.

Fukuyama et ses adeptes se sont gravement trompés quand, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, ils ont cru que l’effondrement du marxisme marquait « la fin de l’Histoire » et que la mondialisation allait faire triompher à travers la planète toute entière notre vieille civilisation et ses valeurs.

L’Histoire n’était pas finie avec l’élimination par KO d’un des deux boxeurs sur le ring planétaire. Au contraire, l’Histoire ne faisait que reprendre de plus belle, avec l’apparition inattendue d’un nouveau protagoniste qui entrait en scène. L’Histoire ne s’arrête jamais et a horreur du vide. La nature est ainsi faite que tout pouvoir suscite un contre-pouvoir. Toute monnaie a son revers, le blanc appelle le noir, le Ying exige le Yang. Il fallait inévitablement que, face à la démocratie triomphante par forfait, le marxisme soit remplacé au plus tôt par autre chose.

La surprise est évidemment que, pour trouver cette « autre chose », l’Histoire soit allée rechercher dans ses archives une vieille religion qui s’était assoupie dans les sables.

Mais les peuples qui ne mangent pas à leur faim ont besoin d’opium pour pouvoir rêver à des mondes meilleurs. Le marxisme révolutionnaire et ses aubes prometteuses les avaient fait rêver pendant trois quarts de siècles. Le réveil ayant été particulièrement brutal, il leur fallait une autre drogue, sans doute plus forte, avec un paradis peuplé de mille vierges accueillantes. L’Islam faisait parfaitement l’affaire.

Non seulement l’Islam prenait à contre-pied toutes les valeurs, tous les principes de la démocratie honnie mais, en plus, il apportait un « supplément d’âme ». Sa loi avait été dictée au Prophète par Dieu en personne.

Il faut bien reconnaitre qu’au fil des décennies les démocraties, mélangeant leur civilisation judéo-chrétienne millénaire à quelques préceptes francs-maçons du Siècle des Lumières et à une conception égoïste du progrès marquée par l’appât du gain avaient quelque peu perdu leur « supplément d’âme » et que l’universalisme qu’elles prônaient se limitait à quelques privilégiés, négligeant quand ce n’était pas opprimant les Damnés de la terre.

L’Islam a redonné espoir à ces éternels Damnés de la terre en leur promettant qu’avec l’aide de Dieu ils pourraient se venger de quelques siècles d’avanies et de servitude, passer au fil de l’épée tous ceux qui les avaient dominés et faire triompher sur la planète entière leur loi, leur civilisation, leurs mœurs.

Ce n’est pas faire de l’islamophobie que de noter, au passage, que l’Islam ne peut pas séparer le religieux du séculier ni admettre le principe de la laïcité, ni tolérer l’idée même de la démocratie avec ses annexes sur les Droits de l’Homme, l’égalité des sexes, la liberté, l’égalité ou la fraternité. La « démocratophobie », le mépris des lois humaines, la haine de l’infidèle suintent à travers toutes les lignes du Coran.

Ce n’est pas non plus faire de l’islamophobie que de remarquer qu’en se réveillant qu’en héritant des Damnés de la terre déçus du marxisme d’antan, cet Islam est conquérant et veut dominer le monde.

Ce n’est pas faire de l’islamophobie que de dire et répéter que ce XXIème siècle va être évidemment celui de l’affrontement entre cet Islam renaissant et nos vieilles démocraties fatiguées et finissantes et d’affirmer que si nous ne nous réveillons pas et ne retrouvons pas un minimum de cette « âme » que nous avons perdue, ce sont « eux » qui gagneront la bataille.

Oui, bien sûr, quoiqu’en disent nos beaux esprits qui se sont toujours trompés, il y a un « choc de civilisations » frontal entre deux mondes qui n’ont rien en commun, qui ne pourront jamais se faire la moindre concession, trouver le moindre accord. L’un qui prie Dieu cinq fois par jour en regardant vers La Mecque et l’autre qui, les yeux rivés sur le prix du baril de pétrole, a peur de son ombre.

L’expression « choc de civilisations » est d’ailleurs dépassée. Nous en sommes maintenant à une guerre mondiale de… religion. Mais les chances ne sont pas égales puisque, d’un côté, on a des guerriers qui croient en Dieu et, de l’autre, des pleutres qui n’y croient plus depuis bien longtemps. Au point, d’ailleurs, de refuser de voir que la guerre a commencé, tout en semblant, par moments, déjà prêts à se soumettre.