Les choses commencent à se gâter sérieusement entre « nous » et Poutine. Sous prétexte qu’il avait incité les russophones de l’est de l’Ukraine à s’insurger contre le nouveau pouvoir de Kiev qui voulait se rapprocher de l’Otan et de l’Union européenne, nous avons, en trottinant un peu derrière les Etats-Unis, pris contre lui un certain nombre de sanctions économiques qui visaient, en fait, surtout ses copains oligarques.
Du coup, le tsar a haussé le ton et riposté en décrétant toutes une série de mesures d’embargo contre nos produits, notamment alimentaires, et en nous menaçant même d’interdire l’espace aérien russe à nos avions de ligne en route pour l’Asie.
Ces « contre-mesures » sont beaucoup plus graves que les mesures que nous avions prises car, si elles étaient vraiment appliquées elles toucheraient tous nos agriculteurs et un certain nombre de nos secteurs d’activités déjà en difficulté.
On sait comment commence ce genre de surenchères, on ne sait jamais jusqu’où cela peut aller. Le secrétaire général de l’Otan en est maintenant à demander aux pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord d’augmenter leurs investissements militaires comme s’il croyait vraiment au risque d’une 3ème guerre mondiale, cette fois contre la Russie !
Il serait sans doute temps de nous demander quelles doivent être nos relations avec Poutine. On a parfois l’impression que nos dirigeants ne lisent pas les journaux et ignorent toujours que la face du monde a changé depuis l’effondrement de l’URSS, la chute du Mur de Berlin et la disparition du communisme.
Pendant des décennies, le XXème siècle a été marqué par la division de notre planète en deux, coupée par le Rideau de fer, avec, d’un côté, l’OTAN et, de l’autre, les troupes du Pacte de Varsovie. C’était la guerre dite « froide » qui pouvait se réchauffer à tout instant, aussi bien à propos de la Corée, que de Berlin ou de Cuba. C’était d’autant plus redoutable que deux idéologies s’affrontaient, celle du monde capitalisme, dit « libre », et celle du marxisme-léninisme. Une guerre froide mais à mort.
Tout cela a, bien sûr et fort heureusement, disparu depuis un quart de siècle. Il n’y a plus de pacte de Varsovie, de Rideau de fer, de Mur de Berlin. Le communisme est redevenu poussière, comme Lénine, Staline et Brejnev et ceux qui règnent aujourd’hui dans les grandes salles du Kremlin sont au moins aussi capitalistes que les maitres de Wall street ou de la City.
Nous sommes donc passés d’un conflit idéologique à un affrontement tout ce qu’il y a de plus classique entre grandes puissances voulant assurer leur hégémonie politique et économique sur des territoires incertains. Il est normal que l’Ouest tente de récupérer les anciens satellites de l’ex URSS, logique que Moscou ne veuille pas perdre ses anciennes « colonies ». Poutine, l’ancien du KGB, n’est pas l’héritier de Staline mais celui de la Grande Catherine
La notion de « pays de l’Ouest », de « monde libre » a-t-elle encore un sens dès lors que nous n’avons plus à redouter le « péril rouge » et les chars de Staline ? Avons-nous encore besoin du « parapluie » de nos amis américains ? Devons-nous encore regarder frileusement vers l’Atlantique en oubliant que, comme le disait De Gaulle, « l’Europe va de l’Atlantique à l’Oural » ?
En clair, devons-nous continuer à suivre aveuglement les instructions de la Maison-Blanche qui, pour des raisons qui lui sont toutes personnelles, nous a souvent conduits vers des chemins pour le moins hasardeux ou ne serait-il pas temps de retrouver un minimum d’indépendance et nous demander si Moscou n’est pas plus proche de nous que Washington ?
Certes, Poutine n’est pas un démocrate comme nous les aimons. Mais nos amis américains des opérations en Afghanistan, en Irak ou ailleurs le sont-ils vraiment ? Certes, Poutine est un impérialisme qui veut dominer ses frontières de l’Ouest et du Sud et vendre du prix fort son gaz à la veille Europe. Mais n’y a-t-il pas aussi un impérialisme américain au service des intérêts des grands groupes d’outre-Altantique ?
Il ne s’agit pas aujourd’hui de renverser nos alliances qui ne veulent plus dire grand-chose mais de savoir si la France, si ce n’est l’Europe, n’aurait pas tout intérêt à oublier la guerre froide et à se demander si une politique indépendante et équilibrée entre les uns et les autres ne lui permettrait pas de retrouver une certaine grandeur et un vrai rôle, bénéfique pour elle, dans cette fabuleuse partie d’échecs qui commence. Attention à ne pas nous laisser embringuer comme de vulgaires porte-bidons dans un conflit qui n’est pas vraiment le notre. Posons-nous au moins la question.
Hélas, on imagine mal François Hollande, plus « toutou des Etats-Unis » que ne l’était déjà Sarkozy, capable d’imaginer une telle politique…

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