Il y a sans doute des villes prédestinées ! Pour venir à bout des velléités d’indépendance des protestants, Charles IX avait, en 1573, ordonné le siège de La Rochelle. Devant la résistance des Huguenots, le duc d’Anjou, futur Henri III, qui commandait les troupes royales de son frère, avait fini par lever le siège. Cinquante-quatre ans plus tard, en 1627, Richelieu, premier ministre de Louis XIII, recommençait l’opération et, cette fois, avec de très gros moyens et en ayant totalement affamé la population, faisait capituler les Parpaillots. Ce week-end, c’est encore et toujours à La Rochelle, que Manuel Valls entend exterminer le dernier carré de socialistes qui ose encore regimber contre son pouvoir royal.

Les « protestants » (au sens vulgaire du terme) d’aujourd’hui qu’on appelle les « frondeurs » sont, en fait, les survivants d’une espèce en voie de disparition. Certes, ils ont la foi chevillée au corps et sont prêts à jouer les martyrs, ils affirment que Dieu est de leur côté puisqu’ils ont reçu l’onction (extrême ?) populaire lors d’un scrutin, il y a deux ans et demi, mais ils ne veulent toujours pas donner raison à Galilée et refusent encore d’admettre que la terre n’arrête pas de tourner, balayant sans pitié les vieilles lunes d’antan et les croyances de jadis.

Aujourd’hui, non seulement la France est le seul pays « civilisé » ayant encore un parti communiste qui n’a même pas voulu changer de nom, mais elle est aussi pratiquement à avoir toujours des socialistes adorant Jaurès, Blum et même Guesde, refusant la tyrannie des lois du marché et de la mondialisation et s’imaginant qu’un Etat peut s’offrir une société paradisiaque d’assistés en faisant toujours moins travailler les uns et toujours plus payer les autres. La France a souvent eu une guerre de retard, les bataillons socialistes ont toujours eu un, voire deux siècles de retard.

Ce 3ème siège de La Rochelle va-t-il, ou non, marquer l’entrée de notre pays dans le XXIème siècle en extirpant Zola mais aussi Mélenchon, Montebourg, Hamon et leurs adeptes de notre actualité ? Toute la question est là.

Dans son palais élyséen, le roi a perdu sa couronne sous les quolibets du peuple et toutes les batailles sur les champs du chômage, des déficits, de la dette, de la croissance, de la compétitivité. Il a dû abandonner son sceptre entre les mains du pire des comploteurs, l’iconoclaste qui, depuis si longtemps, le défiait en s’en prenant aux dogmes les plus sacrés et en voulant secouer le cocotier.

Les indécrottables fidèles à l’ancien régime, à la loi divine d’antan, les « frondeurs » voudraient, au nom de leur foi archaïque, lancer au moins un baroud d’honneur. Ils sont une quarantaine, peut-être une cinquantaine. Presque de quoi renverser le « cardinal » et le maudit Macron, son d’Artagnan (qui, selon Dumas, participa au 2ème siège de La Rochelle, ce qui est historiquement faux)). Mais ils savent qu’en leur déclarant la guerre s’ils ont, peut-être, une chance de les abattre, ils seront emportés comme autant de fétus dans la tempête qu’ils auront provoquée car le peuple, bourgeois et manants réunis, qui les avait acclamés avec le cortège royal a enfin ouvert les yeux.

Cela dit, on ne sait pas encore vraiment quels seront les assiégés et les assiégeurs ces prochains jours à La Rochelle…