Est-ce de l’inconscience ou de la provocation ? Alors que tout va de plus en plus mal dans le pays, une croissance nulle, un chômage qui augmente encore, des déficits qui s’accumulent, qu’au sein même de la majorité de plus en plus de mécontents affirment qu’il faut de toute urgence changer radicalement de politique, et alors que rarement la situation internationale a été aussi préoccupante avec l’Irak, la Syrie, Gaza, l’Ukraine sans parler du Mali pou de la Centrafrique, François Hollande… part visiter l’Océan Indien. La Réunion, Mayotte, les Comores. Une grande vadrouille au bout du monde. Quelques jours de nouvelles vacances au soleil et surtout aux frais de la République.

Certains diront qu’il a raison d’en profiter car, dans moins de trois ans, son statut d’ancien chef de l’Etat ne lui permettra plus d’utiliser l’avion présidentiel pour parcourir la planète. Mais d’autres vont plus loin dans l’explication. Pour eux, François Hollande a « décroché ». Il a compris qu’il avait tout raté depuis son entrée à l’Elysée, qu’il n’avait plus aucune chance de rebondir d’ici la fin de son mandat et que ce n’était donc pas la peine d’essayer de se raccrocher aux basses branches.

Tous les experts nous avaient affirmé, ces derniers temps, que si Hollande voulait encore avoir le moindre espoir d’être réélu en 2017 c’était au cours de cette rentrée 2014 qu’il lui fallait se métamorphoser et lancer une toute autre politique. En 2015 ce sera trop tard. On attendait donc « quelque chose », un virage à 180°, un coup de tonnerre, un coup de théâtre.

Or, que nous a-t-il sorti de son chapeau pointu en cette semaine de rentrée ? Une fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité « pour favoriser la reprise du travail et améliorer la rémunération des salariés précaires » et une baisse de l’impôt sur le revenu « pour rendre plus juste et plus simple le barème de l’impôt notamment pour les premières tranches ». Autant dire des cacahouètes, des broutilles.

Hollande n’a plus rien dans sa boite à outils, mis à part un vieux tournevis pour nous serrer toujours davantage la vis. Et, faute d’idées neuves, il se contente désormais de nous répéter inlassablement qu’il ne changera pas de politique alors que cela fait deux ans et demi qu’il n’a pas d’autre politique que celle du chien crevé au fil de l’eau.

Au lendemain de son élection, Hollande rappelait Don Quichotte en voulant guerroyer contre les moulins à vent de la finance. Puis, il s’est mis à ressembler furieusement à Ubu Roi, ridicule avec ses proclamations pontifiantes. Aujourd’hui, il fait penser à Puyi, le dernier empereur de Chine qui passa des années enfermé dans la Cité interdite, entouré de ses courtisans, sans savoir qu’il n’était plus empereur, que son empire était à feu et à sang et que Sun Yat Sen avait proclamé la République à Nankin.

Hollande, le président qui n’a plus aucune prise sur les événements, qui assiste impuissant –on pourrait presque dire indifférent- à la décomposition de son royaume, qui parle pour ne rien dire, qui s’agite comme une mouche prise au piège et qui part se faire acclamer au bout du monde, dans l’autre hémisphère, dans le département français qui bat tous les records du chômage. Plus pitoyable que shakespearien.

Cela dit, nous manquons cruellement de Sun Yat Sen, même si l’exemple chinois n’est, bien sûr, pas à suivre et même s’ils commencent à être nombreux à se bousculer au portillon élyséen.

Commentant la brusque candidature d’Alain Juppé, nos spécialistes affirment ce matin qu’un duel fratricide entre Sarkozy et Juppé pourrait être la chance de Hollande. C’est, d’abord, imaginer que Juppé ne se « dégonflera » pas entre temps, c’est, ensuite, oublier que, sur les 9 présidentielles au suffrage universel de la Vème République, nous avons déjà assisté à 4 duels fratricides de la droite -Chaban/Giscard en 74, Giscard/Chirac en 81, Chirac/Barre en 88, Chirac/Balladur en 95- et qu’à 2 reprises ces duels n’ont pas empêché la droite de l’emporter. Il est vrai qu’en ces temps-là le Front National n’existait pas ou prou.