Rien n’y fait, rien n’y fera ! François Hollande a eu beau se ridiculiser au cours du week-end en capitulant avec armes et bagages devant son Premier ministre, il a eu beau faire la plus fantastique volte-face jamais réalisée par un président et trahir sans pudeur le socialisme, les militants du PS et ses électeurs de 2012, en acceptant de virer ses ministres « de gauche » et en nommant Emmanuel Macron, « l’homme de chez Rothschild » à Bercy, les Français ne veulent plus de lui.

Le Figaro de ce matin publie un sondage OpinionWay passionnant. 75% des Français ne font pas confiance au gouvernement. Le verdict est donc sans appel.

Si les patrons du Medef ont acclamé Manuel Valls, hier, à leurs universités d’été de Jouy-en-Josas, quand le Premier ministre s’est écrié « Moi, j’aime l’entreprise », l’opinion publique ne semble donc pas, elle, avoir été prise, soudain, sous le charme de cette brusque reconversion du socialisme de papa en libéralisme de banquier.

Il est vrai que l’avènement de ce nouveau régime était douché par la publication mensuelle des chiffres du chômage et un nouveau record battu, avec 3,424 millions de chômeurs de catégorie A. Cela fait 500.000 chômeurs de plus depuis l’entrée à l’Elysée de Hollande, l’homme qui nous avait juré d’inverser la courbe du chômage. Soit 1.000 de plus par jour ! Pour la petite histoire, on apprenait, en même temps, qu’en 2013, 454 SDF, parmi lesquels 15 enfants, étaient morts dans les rues du pays. Une honte.

Mais il faut savoir lire ce sondage entre les lignes. Ce qui est vraiment révélateur c’est que si 75% de nos compatriotes ne font pas confiance en ce nouveau gouvernement, 65% d’entre eux sont favorables à une politique de réduction des déficits, 66% d’entre eux sont favorables à une politique d’aide à la compétitivité des entreprises, 60% approuvent l’éviction de Montebourg et 57% l’éviction de Hamon.

En clair, une très large majorité des Français approuve la politique que va maintenant tenter de mener le couple de nos nouveaux dirigeants, Valls et Macron, et qu’elle donne totalement raison au Premier ministre d’avoir fait son coup d’Etat en éliminant les rebelles gauchistes.

Pourquoi alors nos compatriotes ne font-ils pas confiance en ce gouvernement Valls 2 ? Tout simplement parce qu’il y a encore Hollande et qu’avec lui on n’est jamais sûr de rien, que les institutions lui donnent un fantastique pouvoir de nuisance et qu’on peut parfaitement imaginer qu’après avoir été obligé de capituler devant Valls il cherche à remonter sur son cheval en faisant tout, avec ses vieux complices, pour lui mettre des bâtons dans les roues et le tuer avant 2017. On se souvient de Mitterrand avec Rocard.

Certains commentateurs, parmi les plus complaisants, nous affirment aujourd’hui que Hollande a toujours été un social-libéral et qu’on s’était totalement trompé en voyant en lui un apparatchik socialiste sectaire, pur et dur. Ils ajoutent même que le candidat Hollande ne pensait pas un traitre mot de ce qu’il nous avait déclaré lors de son fameux discours du Bourget. Or, si tout le monde veut bien croire que l’ancien premier secrétaire du PS n’a toujours été qu’un fieffé menteur, comment penser un seul instant que l’homme qui s’est fait élire en affirmant que son seul ennemi était la finance et qui, à peine arrivé à l’Elysée, voulut imposer à 75% les hauts salaires n’était, en réalité, qu’un libéral qui se cachait pour mieux séduire et tromper ses amis, son parti, son électorat ?

Toujours selon ce même sondage, 54% des Français souhaitent une dissolution de l’Assemblée tout en étant 84% à ne pas y croire. Il est évident qu’une dissolution serait pour Hollande un suicide public et provoquerait une crise sans précédent puisque la plupart des dirigeants de l’UMP affirme, pour l’instant, refuser toute idée de cohabitation.

En fait, le problème est ailleurs. Que va-t-il se passer lors des universités d’été du PS, à La Rochelle, et, à l’Assemblée, lors du vote de confiance que va demander Valls ?

Les militants socialistes n’ont jamais aimé Valls (5% à la primaire de gauche) et Macron a tout pour qu’ils le détestent, sa nomination à Bercy ne pouvant être, à leurs yeux, qu’une provocation de trop. On attend donc avec impatience la prise de parole de Martine Aubry et de ses amis, celle d’Emmanuelli, sans parler de celles de Montebourg ou de Hamon.

A l’Assemblée, les choses seront plus simples et on comprend que Valls soit si sûr de lui. En faisant son coup d’Etat, le Premier ministre a, évidemment, fait éclater une majorité présidentielle qui commençait déjà à s’effriter sérieusement. Les communistes, les amis de Mélenchon, les Ecolos et les « frondeurs » du PS sont fous de rage.

Rappelons les chiffres : la majorité absolue à l’Assemblée est de 289 sièges. La majorité présidentielle en avait 366 (290 socialistes, 18 écologistes, 17 radicaux et 15 du Front de gauche). Pour être mis en minorité Valls doit donc perdre 77 voix. Il sait qu’il n’aura ni les 18 Verts ni les 15 du Front de gauche, soit 33 voix. Il faudrait que 45 « frondeurs » votent la défiance pour qu’il soit renversé. Qui peut imaginer une seule seconde que 45 députés socialistes acceptent de se faire hara-kiri… simplement pour rester fidèles à leurs engagements ?

Pour gagner son pari et avoir ses chances en 2017, Valls, et il le sait, a beaucoup plus besoin des applaudissements du Medef que de ceux du PS ou du groupe de l’Assemblée.

Il a deux ans pour avoir de premiers résultats sur le chômage. Et deux ans pour bien faire comprendre aux Français que c’est lui le patron et qu’il n’a aucun rapport, aucune relation, avec le président qui n’est plus qu’une plante verte qui inaugure les chrysanthèmes. Deux impératifs qui vont être difficiles à réussir.