Sans qu’il s’en rende peut-être lui-même tout à fait compte, François Hollande est aujourd’hui en guerre plus ou moins déclarée avec : 1) Vladimir Poutine, à propos de l’Ukraine, 2) Bachar al Assad, à propos de la Syrie, 3) le Hamas, à propos de Gaza, 4) l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, à propos de l’Irak, 5) al Qaïda du Maghreb Islamique, à propos du Mali. Sans parler, bien sûr, de la guerre qu’il devrait mener -et pour laquelle il est payé- contre le chômage et les déficits. Pour un adepte du consensus mou, peu habitué au maniement des armes et ignorant tout de la diplomatie, cela fait tout de même beaucoup !
On dira qu’en Ukraine, à Gaza, en Syrie et en Irak, il trottine très respectueusement derrière Barack Obama quand il ne précède pas carrément les instructions du locataire de la Maison-Blanche. Il est vrai que la France est rentrée docilement dans les rangs de l’OTAN et que, tout en fustigeant Poutine, nous continuons à lui vendre nos bateaux de guerre, que, tout en ayant approuvé Netanyahou, la France lui a demandé d’arrêter de massacrer les civils gazaouis, que, tout en ayant voulu « punir » le dictateur de Damas, nous commençons à nous demander si ses « rebelles » ne sont pas pires que lui et qu’en Irak Paris s’est contenté, pour l’instant, d’envoyer Laurent Fabius à Irbil et du lait en poudre aux Chrétiens persécutés. Quant au Mali, après avoir crié victoire, nos autorités ont prié la presse-à-leur-botte de regarder ailleurs pour ne pas voir que rien n’avait été réglé et que les massacres et le chaos avaient repris de plus belle.
Les amis du président français affirment qu’« il fait ce qu’il peut et qu’il ne peut pas faire grand-chose ». C’est ce qu’on disait déjà de Guy Mollet quand il envoyait le contingent en Algérie et les paras à Suez pour abattre Nasser. A croire que les socialistes sont victimes d’une véritable malédiction dès qu’il s’agit des choses sérieuses.
François Hollande n’a toujours pas compris qu’il était devenu (un peu par hasard) le chef d’un Etat -la France en l’occurrence- qui, par son passé et l’aura qui est encore la sienne, pouvait parfois s’offrir le luxe d’avoir une politique (relativement) indépendante, tout en ayant « le devoir de montrer au reste du monde la voie de la raison ».
Lui qui singe si souvent les discours de ses prédécesseurs devrait lire le discours de De Gaulle à Phnom Penh, celui de Villepin à l’ONU ou même celui de Mitterrand à Cancun. Il apprendrait que la France, même si elle n’a plus guère de moyens, n’est pas obligée de jouer les supplétifs des troupes américaines, a fortiori quand le patron de la plus puissante armée du monde vacille dans les incohérences, tenu qu’il est par les lobbies pétroliers et militaro-industriels.
La politique, qu’elle soit intérieure ou étrangère, doit toujours avoir un minimum de cohérence. On ne peut pas à la fois se « fâcher » avec Poutine qui lutte contre les Islamistes chez lui, soutenir les Islamistes syriens tout en voulant protéger les Chrétiens d’Irak persécutés par ces mêmes Islamistes et faire la guerre aux Islamistes du Mali, pas plus qu’on ne peut approuver Israël de se défendre contre les roquettes du Hamas tout en se scandalisant du sort fait aux Palestiniens de Gaza.
De deux choses l’une. Ou l’on considère que les Islamistes sont un danger redoutable, qu’ils soient tchétchènes, syriens, irakiens, maliens ou du Hamas, ou on leur trouve des excuses, au coup par coup, ici ou là, et on se compromet à jamais aux yeux de l’Histoire.
Que Washington ait commis l’irréparable en Irak en ouvrant la porte aux Islamistes sous prétexte que Saddam Hussein aurait eu des armes de destruction massive (qu’il n’avait pas) ne doit pas nous inciter à réclamer, comme le font les Américains, une « solution politique » à Bagdad avec la formation d’« un gouvernement d’union nationale ». C’est totalement absurde.
En abattant Saddam Hussein, les Américains ont fait éclater à tout jamais l’Irak qui n’était déjà –selon les mots mêmes de Churchill- qu’« une folie des Britanniques consistant à réunir trois peuples qui se détestaient, les Kurdes, les Sunnites et les Chiites, pour réunir deux champs de pétrole particulièrement juteux, celui de Kirkuk et celui de Bassora ».
Aujourd’hui, les Kurdes ont enfin, du moins en Irak, l’indépendance qu’on leur avait promise… lors du Traité de Sèvres en 1920. Les Peshmergas, leurs guerriers légendaires et invincibles dans leurs montagnes, sont parfaitement capables de se défendre contre les fanatiques fous de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant et de protéger les minorités persécutées qui se sont réfugiées chez eux. Ils n’accepteront jamais de renoncer à leur toute nouvelle indépendance.
Les Sunnites qui dirigeaient le pays depuis son indépendance et qui ont basculé dans l’Islamisme le jour où les Américains ont chassé leur idole Saddam Hussein et donné tous les pouvoirs aux Chiites n’accepteront jamais la moindre réconciliation avec « les suppôts d’Ali » qu’ils ont toujours méprisés et qui les ont persécutés depuis dix ans.
Quant aux Chiites qui commencent à régler leurs comptes entre eux, eux non plus ne voudront jamais entendre parler de la moindre union nationale.
Même si la Maison-Blanche ne veut pas en entendre parler, il faut que Paris comprenne au plus vite que le seul avenir viable des décombres de l’Irak c’est la création de trois Etats indépendants : un Kurdistan au nord (c’est déjà fait), un Etat sunnite autour de Bagdad, un Etat Chiite au sud.
Il faut surtout que François Hollande arrête d’ânonner en répétant tout ce que dit Obama et que la France retrouve une voix audible et cohérente. Déguisé en général en chef, avec son képi de travers, son sabre en bois et lisant ses cartes d’Etat-major à l’envers, Hollande est particulièrement ridicule.
Il faudrait que quelqu’un lui dise que, quand on veut faire la guerre, il ne faut pas se tromper d’ennemi et encore moins les mélanger. Et que, quand on ne peut pas faire la guerre, il faut essayer de prôner la paix avec un discours au moins plausible.

Mots-clefs : , , ,