Un ami m’envoie par mail un vieux proverbe chinois que je ne connaissais pas : « Quand le vent de la réforme se lève, il y a ceux qui construisent des murs et ceux qui édifient des moulins ». C’est, sans doute, la meilleure définition de notre vie politique avec ses éternels clivages. Le tout serait, bien sûr, de se mettre d’accord pour savoir qui, par nostalgie du passé, construit des murs derrière lesquels il se barricade en tirant sur tout ce qui bouge et qui, optimiste par nature, a le courage, même par gros temps, d’édifier des moulins pour préparer la farine de demain.

La dictature de la pensée unique voudrait que nous fassions de la droite des constructeurs de murs et de la gauche d’audacieux meuniers.

Or, on peut, naturellement, s’amuser avec l’Histoire en rappelant, par exemple, que c’est de Gaulle qui a donné le droit de vote aux femmes, le 21 avril 1944, la Sécurité Sociale aux Français, le 4 octobre 1945, et l’indépendance aux colonies, en 1962, alors que la gauche elle (la Chambre du Front populaire) accordait les pleins pouvoir à Pétain, en 1940, avant d’envoyer (le gouvernement de Guy Mollet) le contingent en Algérie et les parachutistes à Suez en 1956. Mais il est vrai que de Gaulle n’était pas vraiment, ou pas seulement, « de droite ». Il était, en tous les cas, très « à part ».

Aujourd’hui et depuis quelque temps déjà, avec l’effondrement de toutes les idéologies, la perte de tous les repères, l’agonie de la vieille Europe et tous les chambardements provoqués par l’immigration, la mondialisation, la résurrection de l’Asie, la renaissance de l’Islam, le clivage entre « maçons » et « meuniers », frileux et audacieux, se retrouve partout, dans chaque camp, à droite aussi bien qu’à gauche.

C’est particulièrement frappant en ce moment quand on observe le PS s’entredéchirer et se prendre les pieds dans toutes ses contradictions. Or nos commentateurs officiels n’ont visiblement rien compris. A les entendre, Montebourg et ses amis du PS, la gauche de la gauche et les amis de Mélenchon seraient d’audacieux « progressistes » qui voudraient aller plus loin vers une révolution utopique alors que Manuel Valls, avec le virage libéral qu’il s’apprête à effectuer en compagnie de son nouveau complice Emmanuel Macron, ne serait qu’un abominable réactionnaire à la solde du Medef et agrippé à quelques vieilles théories rappelant presque… Guizot et Louis-Philippe.

Or, des uns ou des autres, quels sont ceux qui ont pris position en haut des vieilles murailles lézardées et armés d’arquebuses et d’huile bouillante s’apprêtent à défendre bec et ongles les 35 heures, l’âge de la retraite, le système de protection sociale, en évoquant les nationalisations de jadis, en fustigeant l’Europe d’aujourd’hui et en récusant la mondialisation de demain ? Quels sont les « vieux réac » barricadés derrière les Bastilles de toutes les utopies de jadis qui, toutes, ont conduit à la catastrophe ? L’aile gauche du PS qui ce matin à l’université d’été du PS de La Rochelle chahutait Valls aux cris de « Vive la gauche », « Vive le socialisme ».

Et il faut bien dire que, dans le brouhaha pour ne pas dire le chaudron en ébullition, c’était Valls qui, brandissant sans le dire le drapeau du libéralisme, faisait figure d’audacieux novateur simplement parce qu’il avait le courage d’asséner quelques vérités premières en rappelant notamment le rôle des entreprises.

Il est évident qu’il est plus facile, plus rassurant de construire des murs, des fortins, des citadelles, des Bastilles. Mais la Ligne Maginot et le Mur de l’Atlantique n’ont servi à rien.

Valls préfère construire des moulins. Il a raison. Mais il ne faudrait pas qu’il oublie les malheurs de son compatriote Don Quichotte.