Archives par moisaoût 2014



Des murs ou des moulins ?

Un ami m’envoie par mail un vieux proverbe chinois que je ne connaissais pas : « Quand le vent de la réforme se lève, il y a ceux qui construisent des murs et ceux qui édifient des moulins ». C’est, sans doute, la meilleure définition de notre vie politique avec ses éternels clivages. Le tout serait, bien sûr, de se mettre d’accord pour savoir qui, par nostalgie du passé, construit des murs derrière lesquels il se barricade en tirant sur tout ce qui bouge et qui, optimiste par nature, a le courage, même par gros temps, d’édifier des moulins pour préparer la farine de demain.

La dictature de la pensée unique voudrait que nous fassions de la droite des constructeurs de murs et de la gauche d’audacieux meuniers.

Or, on peut, naturellement, s’amuser avec l’Histoire en rappelant, par exemple, que c’est de Gaulle qui a donné le droit de vote aux femmes, le 21 avril 1944, la Sécurité Sociale aux Français, le 4 octobre 1945, et l’indépendance aux colonies, en 1962, alors que la gauche elle (la Chambre du Front populaire) accordait les pleins pouvoir à Pétain, en 1940, avant d’envoyer (le gouvernement de Guy Mollet) le contingent en Algérie et les parachutistes à Suez en 1956. Mais il est vrai que de Gaulle n’était pas vraiment, ou pas seulement, « de droite ». Il était, en tous les cas, très « à part ».

Aujourd’hui et depuis quelque temps déjà, avec l’effondrement de toutes les idéologies, la perte de tous les repères, l’agonie de la vieille Europe et tous les chambardements provoqués par l’immigration, la mondialisation, la résurrection de l’Asie, la renaissance de l’Islam, le clivage entre « maçons » et « meuniers », frileux et audacieux, se retrouve partout, dans chaque camp, à droite aussi bien qu’à gauche.

C’est particulièrement frappant en ce moment quand on observe le PS s’entredéchirer et se prendre les pieds dans toutes ses contradictions. Or nos commentateurs officiels n’ont visiblement rien compris. A les entendre, Montebourg et ses amis du PS, la gauche de la gauche et les amis de Mélenchon seraient d’audacieux « progressistes » qui voudraient aller plus loin vers une révolution utopique alors que Manuel Valls, avec le virage libéral qu’il s’apprête à effectuer en compagnie de son nouveau complice Emmanuel Macron, ne serait qu’un abominable réactionnaire à la solde du Medef et agrippé à quelques vieilles théories rappelant presque… Guizot et Louis-Philippe.

Or, des uns ou des autres, quels sont ceux qui ont pris position en haut des vieilles murailles lézardées et armés d’arquebuses et d’huile bouillante s’apprêtent à défendre bec et ongles les 35 heures, l’âge de la retraite, le système de protection sociale, en évoquant les nationalisations de jadis, en fustigeant l’Europe d’aujourd’hui et en récusant la mondialisation de demain ? Quels sont les « vieux réac » barricadés derrière les Bastilles de toutes les utopies de jadis qui, toutes, ont conduit à la catastrophe ? L’aile gauche du PS qui ce matin à l’université d’été du PS de La Rochelle chahutait Valls aux cris de « Vive la gauche », « Vive le socialisme ».

Et il faut bien dire que, dans le brouhaha pour ne pas dire le chaudron en ébullition, c’était Valls qui, brandissant sans le dire le drapeau du libéralisme, faisait figure d’audacieux novateur simplement parce qu’il avait le courage d’asséner quelques vérités premières en rappelant notamment le rôle des entreprises.

Il est évident qu’il est plus facile, plus rassurant de construire des murs, des fortins, des citadelles, des Bastilles. Mais la Ligne Maginot et le Mur de l’Atlantique n’ont servi à rien.

Valls préfère construire des moulins. Il a raison. Mais il ne faudrait pas qu’il oublie les malheurs de son compatriote Don Quichotte.

31 Août 2014 | Comments (12)

Quand Taubira fait le singe…

 

Certains se demandent pourquoi Christiane Taubira a éprouvé le besoin, ce matin, à l’université d’été du PS de La Rochelle, d’aller faire le singe, c’est-à-dire de la provocation, chez les « frondeurs » alors que, contre toute attente, Manuel Valls ne l’a pas virée de son gouvernement dans la même fournée que Montebourg, Hamon et Filippetti et qu’elle est donc toujours Garde des Sceaux et membre du gouvernement.

Visiblement, notre indépendantiste guyanaise, marraine du « mariage pour tous », a été vexée comme un pou d’avoir été considérée comme quantité négligeable par le Premier ministre. Tout le monde sait que Valls a toujours détesté Taubira et on se souvient de leurs affrontements quand l’actuel Premier ministre était encore ministre de l’Intérieur et que la Garde des Sceaux présentait sa réforme pénale avec l’instauration d’une bien curieuse « contrainte pénale ». Mais on, ne savait pas qu’à la détestation s’ajoutait le mépris. Pour Valls, Taubira « compte pour beurre ».

Si Montebourg, Hamon et éventuellement Filippetti représentent « quelque chose » au PS en étant, au fil des mois, devenus les incarnations de la mauvaise conscience que pouvait avoir le régime qui trahissait de plus en plus les électeurs et tout le fonds de commerce de la rue Solferino, Taubira, elle, n’était qu’une espèce de potiche exotique posée sur la cheminée et permettant de faire croire que le pouvoir était encore « progressiste » puisque la brave dame affichait sa haine pour La Marseillaise, les défilés militaires, voire les hétérosexuels.

En jouant les statues du Commandeur, Montebourg, Hamon et Filippetti ont derrière eux, un cinquième, un quart, peut-être un tiers de ce qui reste des électeurs qui, il y a deux ans et demi, ont voté pour François Hollande en s’imaginant, bien naïvement, qu’avec cet ancien apparatchik du parti socialiste ils allaient connaitre des aubes prometteuses.

Taubira qui se dit radicale de gauche mais qui, en vérité, est surtout militante du parti guyanais indépendantiste, le Walwari, qu’elle a créé avec son ancien mari, n’a « pesé » que 2,32% des voix quand elle s’est présentée comme « rad.-soc. » à la présidentielle de 2002 (voix qui, comme celles de Chevènement, ont éliminé Jospin pour le second tour de cette présidentielle) et 1,54% des voix quand elle a été tête de la liste radicale aux européennes de 2004 en Ile-de-France.

Autant dire qu’ailleurs qu’en Guyane, elle est inexistante. Hollande voulait en faire, avec Najat Vallaud-Belkacem, Yamina Benguigui, Fleur Pellerin, George Pau-Langevin, Victorin Lurel et Kader Arif, le symbole de la non-discrimination. Les hasards de la vie politique l’ont transformée en « icône des homos et des délinquants ».

Il est vraisemblable que Manuel Valls a accepté de la garder dans son équipe pour donner un petit os à ronger, un cadeau de compensation à Hollande auquel il imposait l’éviction de Montebourg, de Hamon, de Filippetti et surtout l’entrée d’Emmanuel Macron, c’est-à-dire un fantastique virage à 180°.

Christiane Taubira se croit aujourd’hui tout permis et s’imagine sans doute que les « frondeurs » ont la moindre chance de l’emporter. On va voir si Valls préférera s’amuser à jouer avec elle au chat et à la souris en tolérant, un temps, ses incartades impertinentes ou s’il voudra terminer son opération de nettoyage en l’éjectant avec pertes et fracas…

30 Août 2014 | Comments (7)

Le 3ème siège de La Rochelle

 

Il y a sans doute des villes prédestinées ! Pour venir à bout des velléités d’indépendance des protestants, Charles IX avait, en 1573, ordonné le siège de La Rochelle. Devant la résistance des Huguenots, le duc d’Anjou, futur Henri III, qui commandait les troupes royales de son frère, avait fini par lever le siège. Cinquante-quatre ans plus tard, en 1627, Richelieu, premier ministre de Louis XIII, recommençait l’opération et, cette fois, avec de très gros moyens et en ayant totalement affamé la population, faisait capituler les Parpaillots. Ce week-end, c’est encore et toujours à La Rochelle, que Manuel Valls entend exterminer le dernier carré de socialistes qui ose encore regimber contre son pouvoir royal.

Les « protestants » (au sens vulgaire du terme) d’aujourd’hui qu’on appelle les « frondeurs » sont, en fait, les survivants d’une espèce en voie de disparition. Certes, ils ont la foi chevillée au corps et sont prêts à jouer les martyrs, ils affirment que Dieu est de leur côté puisqu’ils ont reçu l’onction (extrême ?) populaire lors d’un scrutin, il y a deux ans et demi, mais ils ne veulent toujours pas donner raison à Galilée et refusent encore d’admettre que la terre n’arrête pas de tourner, balayant sans pitié les vieilles lunes d’antan et les croyances de jadis.

Aujourd’hui, non seulement la France est le seul pays « civilisé » ayant encore un parti communiste qui n’a même pas voulu changer de nom, mais elle est aussi pratiquement à avoir toujours des socialistes adorant Jaurès, Blum et même Guesde, refusant la tyrannie des lois du marché et de la mondialisation et s’imaginant qu’un Etat peut s’offrir une société paradisiaque d’assistés en faisant toujours moins travailler les uns et toujours plus payer les autres. La France a souvent eu une guerre de retard, les bataillons socialistes ont toujours eu un, voire deux siècles de retard.

Ce 3ème siège de La Rochelle va-t-il, ou non, marquer l’entrée de notre pays dans le XXIème siècle en extirpant Zola mais aussi Mélenchon, Montebourg, Hamon et leurs adeptes de notre actualité ? Toute la question est là.

Dans son palais élyséen, le roi a perdu sa couronne sous les quolibets du peuple et toutes les batailles sur les champs du chômage, des déficits, de la dette, de la croissance, de la compétitivité. Il a dû abandonner son sceptre entre les mains du pire des comploteurs, l’iconoclaste qui, depuis si longtemps, le défiait en s’en prenant aux dogmes les plus sacrés et en voulant secouer le cocotier.

Les indécrottables fidèles à l’ancien régime, à la loi divine d’antan, les « frondeurs » voudraient, au nom de leur foi archaïque, lancer au moins un baroud d’honneur. Ils sont une quarantaine, peut-être une cinquantaine. Presque de quoi renverser le « cardinal » et le maudit Macron, son d’Artagnan (qui, selon Dumas, participa au 2ème siège de La Rochelle, ce qui est historiquement faux)). Mais ils savent qu’en leur déclarant la guerre s’ils ont, peut-être, une chance de les abattre, ils seront emportés comme autant de fétus dans la tempête qu’ils auront provoquée car le peuple, bourgeois et manants réunis, qui les avait acclamés avec le cortège royal a enfin ouvert les yeux.

Cela dit, on ne sait pas encore vraiment quels seront les assiégés et les assiégeurs ces prochains jours à La Rochelle…

29 Août 2014 | Comments (7)

Hollande « plombé » à tout jamais

 

Rien n’y fait, rien n’y fera ! François Hollande a eu beau se ridiculiser au cours du week-end en capitulant avec armes et bagages devant son Premier ministre, il a eu beau faire la plus fantastique volte-face jamais réalisée par un président et trahir sans pudeur le socialisme, les militants du PS et ses électeurs de 2012, en acceptant de virer ses ministres « de gauche » et en nommant Emmanuel Macron, « l’homme de chez Rothschild » à Bercy, les Français ne veulent plus de lui.

Le Figaro de ce matin publie un sondage OpinionWay passionnant. 75% des Français ne font pas confiance au gouvernement. Le verdict est donc sans appel.

Si les patrons du Medef ont acclamé Manuel Valls, hier, à leurs universités d’été de Jouy-en-Josas, quand le Premier ministre s’est écrié « Moi, j’aime l’entreprise », l’opinion publique ne semble donc pas, elle, avoir été prise, soudain, sous le charme de cette brusque reconversion du socialisme de papa en libéralisme de banquier.

Il est vrai que l’avènement de ce nouveau régime était douché par la publication mensuelle des chiffres du chômage et un nouveau record battu, avec 3,424 millions de chômeurs de catégorie A. Cela fait 500.000 chômeurs de plus depuis l’entrée à l’Elysée de Hollande, l’homme qui nous avait juré d’inverser la courbe du chômage. Soit 1.000 de plus par jour ! Pour la petite histoire, on apprenait, en même temps, qu’en 2013, 454 SDF, parmi lesquels 15 enfants, étaient morts dans les rues du pays. Une honte.

Mais il faut savoir lire ce sondage entre les lignes. Ce qui est vraiment révélateur c’est que si 75% de nos compatriotes ne font pas confiance en ce nouveau gouvernement, 65% d’entre eux sont favorables à une politique de réduction des déficits, 66% d’entre eux sont favorables à une politique d’aide à la compétitivité des entreprises, 60% approuvent l’éviction de Montebourg et 57% l’éviction de Hamon.

En clair, une très large majorité des Français approuve la politique que va maintenant tenter de mener le couple de nos nouveaux dirigeants, Valls et Macron, et qu’elle donne totalement raison au Premier ministre d’avoir fait son coup d’Etat en éliminant les rebelles gauchistes.

Pourquoi alors nos compatriotes ne font-ils pas confiance en ce gouvernement Valls 2 ? Tout simplement parce qu’il y a encore Hollande et qu’avec lui on n’est jamais sûr de rien, que les institutions lui donnent un fantastique pouvoir de nuisance et qu’on peut parfaitement imaginer qu’après avoir été obligé de capituler devant Valls il cherche à remonter sur son cheval en faisant tout, avec ses vieux complices, pour lui mettre des bâtons dans les roues et le tuer avant 2017. On se souvient de Mitterrand avec Rocard.

Certains commentateurs, parmi les plus complaisants, nous affirment aujourd’hui que Hollande a toujours été un social-libéral et qu’on s’était totalement trompé en voyant en lui un apparatchik socialiste sectaire, pur et dur. Ils ajoutent même que le candidat Hollande ne pensait pas un traitre mot de ce qu’il nous avait déclaré lors de son fameux discours du Bourget. Or, si tout le monde veut bien croire que l’ancien premier secrétaire du PS n’a toujours été qu’un fieffé menteur, comment penser un seul instant que l’homme qui s’est fait élire en affirmant que son seul ennemi était la finance et qui, à peine arrivé à l’Elysée, voulut imposer à 75% les hauts salaires n’était, en réalité, qu’un libéral qui se cachait pour mieux séduire et tromper ses amis, son parti, son électorat ?

Toujours selon ce même sondage, 54% des Français souhaitent une dissolution de l’Assemblée tout en étant 84% à ne pas y croire. Il est évident qu’une dissolution serait pour Hollande un suicide public et provoquerait une crise sans précédent puisque la plupart des dirigeants de l’UMP affirme, pour l’instant, refuser toute idée de cohabitation.

En fait, le problème est ailleurs. Que va-t-il se passer lors des universités d’été du PS, à La Rochelle, et, à l’Assemblée, lors du vote de confiance que va demander Valls ?

Les militants socialistes n’ont jamais aimé Valls (5% à la primaire de gauche) et Macron a tout pour qu’ils le détestent, sa nomination à Bercy ne pouvant être, à leurs yeux, qu’une provocation de trop. On attend donc avec impatience la prise de parole de Martine Aubry et de ses amis, celle d’Emmanuelli, sans parler de celles de Montebourg ou de Hamon.

A l’Assemblée, les choses seront plus simples et on comprend que Valls soit si sûr de lui. En faisant son coup d’Etat, le Premier ministre a, évidemment, fait éclater une majorité présidentielle qui commençait déjà à s’effriter sérieusement. Les communistes, les amis de Mélenchon, les Ecolos et les « frondeurs » du PS sont fous de rage.

Rappelons les chiffres : la majorité absolue à l’Assemblée est de 289 sièges. La majorité présidentielle en avait 366 (290 socialistes, 18 écologistes, 17 radicaux et 15 du Front de gauche). Pour être mis en minorité Valls doit donc perdre 77 voix. Il sait qu’il n’aura ni les 18 Verts ni les 15 du Front de gauche, soit 33 voix. Il faudrait que 45 « frondeurs » votent la défiance pour qu’il soit renversé. Qui peut imaginer une seule seconde que 45 députés socialistes acceptent de se faire hara-kiri… simplement pour rester fidèles à leurs engagements ?

Pour gagner son pari et avoir ses chances en 2017, Valls, et il le sait, a beaucoup plus besoin des applaudissements du Medef que de ceux du PS ou du groupe de l’Assemblée.

Il a deux ans pour avoir de premiers résultats sur le chômage. Et deux ans pour bien faire comprendre aux Français que c’est lui le patron et qu’il n’a aucun rapport, aucune relation, avec le président qui n’est plus qu’une plante verte qui inaugure les chrysanthèmes. Deux impératifs qui vont être difficiles à réussir.

28 Août 2014 | Comments (10)

Curieuses rentrées

 

Ce matin, c’était la rentrée pour tout le monde. Pour le gouvernement, pour François Fillon qui sortait de sa boite et même pour Christine Lagarde qui se retrouvait mise en examen pour « négligence » dans l’affaire Tapie, doux euphémisme pour signifier « complicité » quand il s’agit d’un ministre et de plus de 400 millions. Au FMI, on va sans doute commencer à se demander si les Français ne sont pas maudits. Mais Christine Lagarde a de la chance, elle ne fait pas la « une » aujourd’hui. Il y a mieux.

Tout le monde attendait, évidemment, avec impatience et curiosité dans la cour de l’Elysée, la sortie de ce nouveau gouvernement à l’issue son premier conseil des ministres. Après le coup de théâtre du week-end et le coup d’éclat -pour ne pas dire d’Etat- que Manuel Valls avait réussi en imposant à François Hollande à la fois de virer les petits gauchos qui commençaient à l’énerver -Montebourg, Hamon, Filippetti et même Cuvillier qu’on a oublié- et à nommer Emmanuelle Marcon à Bercy, on était en droit d’avoir quelques explications de nos ministres.

Il aurait été de bon ton que les anciens comme les nouveaux nous déclarent qu’après avoir pataugé lamentablement pendant deux ans et demi, que devant des résultats plus catastrophiques les uns que les autres aussi bien sur le chômage que sur la croissance, les déficits ou la déliquescence de l’Etat et devant une opinion au bord de l’explosion, « le pouvoir » avait enfin décidé d’ouvrir les yeux, de faire demi-tour et de se lancer dans une politique radicalement différente de celle qui avait été menée jusqu’à présent.

Le Premier ministre ayant enfin viré Montebourg, l’apôtre des nationalisations et de la démondialisation pour le remplacer par Marcon, l’ancien de chez Rothschild, nos ministres auraient pu nous dire qu’il n’était plus question de faire la chasse aux riches, aux patrons et à la finance en générale mais qu’au contraire, pour cette seconde moitié du quinquennat et avec l’espoir de se requinquer un peu et de redresser tant soit peu la barre et le pays, ce nouveau gouvernement allait tout faire pour aider les entreprises, inciter à l’investissement et à la consommation, en simplifiant massivement les textes et en abaissant les charges et les impôts. Bref, qu’à, l’occasion du 70ème anniversaire de Paris, on allait enfin assister à la libération du pays…

Au lieu de cela qui nous aurait fait bien plaisir, nos ministres sont sortis de l’Elysée sur la pointe des pieds, en rasant les murs et en se contentant de murmurer entre les dents qu’ils ne pouvaient plus rien nous dire, que la récréation qui avait duré plus de deux ans était terminée et qu’avec Manuel Valls s’en était fini de la rigolade. Silence dans les rangs et pas une tête ne devait dépasser. Le surveillant général ayant renversé le proviseur, la petite école était transformée en maison de correction ! Valls n’avait donné qu’un seul ordre à ses gamins : fermer leurs gueules. En ajoutant que la porte n’était pas loin.

Il est évident que le spectacle que nous a offert pendant des mois cette équipe de branquignoles avec ses « charlots » de service était totalement insupportable et qu’un gouvernement doit avoir un minimum de cohésion. Mais si la discipline est -peut-être- la force principale des armées, un gouvernement n’a tout de même rien à voir avec un bataillon disciplinaire. Ce qui est important, avant tout, c’est la tactique et la stratégie que compte employer ce régiment dans la bataille. Or, là-dessus, bouche cousue. La troupe ne veut visiblement pas savoir ce que le chef a décidé.

Ayant limogé le général Hollande, le colonel putschiste Valls va maintenant diriger seul l’offensive avec le jeune capitaine Marcon, frais émoulu des écoles ; le reste de l’Etat-major étant prié de rester figé au garde-à-vous.

C’est la première fois, depuis Chaban-Delmas et sa Nouvelle société, qu’un Premier ministre tente de mener une politique qui n’a plus rien à voir avec celle sur laquelle s’était fait élire le président. Cela s’était très mal terminé par Chaban qui avait fait long feu à Matignon. Mais Pompidou n’était pas à 17% dans les opinions favorables et avait une toute autre ampleur que Hollande.

Pompidou avait nommé le compagnon de la Libération Chaban pour faire oublier qu’il avait, lui-même, prudemment passé la guerre comme professeur au lycée Henri IV et qu’il venait de trahir de Gaulle avec son « appel de Rome ». Hollande a nommé Valls parce que, submergé par les catastrophes, débordé par ses incohérences et rejeté par les Français, il était acculé au désespoir et ne savait plus à quel saint se vouer. Valls est donc infiniment plus fort face à Hollande que ne l’était Chaban face à Pompidou.

L’ennui pour Valls c’est qu’en se lançant dans une politique radicalement opposée à celle de Hollande, il se lance par la même occasion dans une politique en totale contradiction avec ce que les Français ont souhaité en 2012. Le Monde qui n’est pas suspect de faire de l’anti-socialisme à haute dose écrit ce matin assez drôlement : « Il était temps ! Les Français après n’avoir pas vu s’appliquer la politique pour laquelle ils avaient voté voient commencer ce second temps du quinquennat où l’on va enfin appliquer celle pour laquelle ils n’ont pas voté » C’est assez vrai.

Cela dit, les résultats de la première partie du quinquennat ayant donné les résultats que l’on sait, les Français sont, sans doute, prêts à accepter une toute autre politique même si ce n’est pas celle pour laquelle ils ont voté. Et ils ne s’étonnent même pas de voir cet après-midi le Premier ministre « socialiste » se faire acclamer aux universités du Medef en déclarant « Moi, j’aime l’entreprise ». La seule question est de savoir jusqu’où le putschiste aura le courage de piétiner le souverain déchu.

Si Christine Lagarde a eu de chance, Fillon, lui, n’a pas eu de veine. Il pensait pouvoir faire une rentrée magistrale sur la scène en renvoyant, d’un revers de la main le vieux Juppé vers sa bonne ville de Bordeaux et en faisant clairement comprendre à Sarkozy que, s’il comptait sortir du bois début septembre, il lui faudrait, comme tout le monde, passer sous les fourches de la primaire et que, lui, son ancien Premier ministre, le combattrait férocement. A croire que tous les Premiers ministres veulent désormais massacrer leur président.

Comme Valls, Fillon a surtout insisté sur la nécessaire « union nationale ». Mais l’union est-t-elle aujourd’hui l’une des caractéristiques les plus frappantes de l’UMP ?

Les hasards du calendrier ont rendu toutes ses proclamations inaudibles.

Certains se demanderont, peut-être, si Valls n’a pas fait son coup d’Etat avant-hier pour casser la sortie de Fillon. Ils auront tort…

27 Août 2014 | Comments (9)

Valls a fait manger son chapeau à Hollande

 

Le petit vizir a été cruel avec le calife et, du coup, il est devenu grand vizir. Les 36 heures de péripéties tragi-comiques auxquelles nous venons d’assister ne sont, en fait, qu’un mini coup d’Etat qui a permis au Premier ministre d’enfermer à double tour le président de la République dans son palais élyséen et de s’emparer du pouvoir.

Valls a fait son (tout) petit 18 Brumaire et il s’est, en plus, offert le luxe de se payer la tête du monarque chancelant. En obligeant l’homme qui s’était fait élire en proclamant qu’il n’avait « qu’un seul ennemi : la finance » à nommer ministre de l’économie et de l’industrie Emmanuel Macron, « l’ancien de chez Rothschild », Valls fait non seulement de la provocation mais ridiculise à jamais le pauvre François Hollande.

Depuis qu’il avait été nommé Premier ministre, le « matador catalan » attendait son heure. Avec un petit sourire obséquieux, il faisait mine d’être docile et respectueux envers le souverain qu’il avait toujours souverainement méprisé. Il savait parfaitement que Hollande, totalement à la ramasse, lui avait donné Matignon à contrecœur et en désespoir de cause. Tout cela ressemblait furieusement à Chirac obligé de rappeler au gouvernement Nicolas Sarkozy. Valls passa ses premières semaines à ne rien faire, se contentant d’opiner du bonnet chaque fois que Hollande ouvrait la bouche.

L’Elysée ressemblait à un champ de ruines dans lequel le président déambulait hagard, perdu, abasourdi. Le chômage, la dette, les déficits, la balance commerciale, les sondages, les frondes, tout s’abattait sur la tête du président. Le Premier ministre restait dans les coulisses. Il savait que les seconds couteaux de la corrida, les Montebourg, Hamon et autres, travaillaient la bête. Et puis enfin, dimanche soir, tel Zorro, il jaillit en sauveur… pour porter l’estocade finale, en mettant le marché sur la table : « Donne-moi le pouvoir ou je te laisse agoniser tout seul ». C’était la bourse ou la vie. Au bout du rouleau, affolé à l’idée que Valls puisse démissionner, Hollande accepta de lui donner les têtes qu’il exigeait et de lui remettre sa couronne abimée.

Comme tous les putschistes malins, Valls ne fait pas la révolution. On attendait un « nouveau » gouvernement. Pendant 24 heures, les « meilleurs spécialistes » nous annoncèrent l’arrivée de Robert Hue l’ancien patron du parti communiste( !), de Jean-Claude Baylet, le président du parti radical de gauche, de centristes, le retour des Verts, l’éjection de Christiane Taubira, ennemie déclarée de Valls (ce qui aurait été une excellente idée). Ils n’avaient rien compris. Valls ne voulait ni ouvrir au centre, ni récupérer la gauche.

Valls garda presque tous les mêmes, Fabius, Sapin, Ségolène, Le Foll, Touraine, Le Drian, Cazeneuve et même Taubira. Il se contenta de remplacer ceux qu’il avait poignardés et que les chevaux tiraient hors de l’arène.

Pour faire joli, il donna deux superbes promotions à deux jeunes femmes mignonnes, souriantes et de toute évidence totalement incompétentes pour les postes qu’il leur accordait. Najat Vallaut Belkasem à l’Education Nationale, le plus difficile de tous les ministères avec un million de fonctionnaires, des syndicats incontrôlables et une école en ruines. Fleur Pellerin à la Culture pour succéder à Malraux et à Lang et affronter les intermittents du spectacle. Elles avaient, il est vrai,, l’avantage de « faire exotiques ». L’Espagnol faisait la promotion d’une Marocaine et d’une Coréenne. Une diversité parfois diversement appréciée. Mais cela n’était que des amuse-gueules.

Le poids lourd que Valls sortait de sa poche, comme un colt 45 de western mais qui ressemblait à un pavé dans la mare, c’était, bien sûr, le remplaçant de Montebourg, Emmanuel Macron. Hollande ne pouvait rien dire, le jeune homme avait été son secrétaire général adjoint à l’Elysée. Mais le jeune homme avait, aussi et surtout, été… banquier chez Rothschild. Presque comme Pompidou. L’infamie absolue, la tare indélébile, l’incarnation caricaturale de cette finance honnie que Hollande avait vouée aux gémonies !

En faisant cet énorme pied de nez à Hollande, Valls lançait évidemment un signal d’encouragement, voire d’amitié au Medef, à tous les patrons et à la finance internationale mais aussi un avertissement sans frais à toute la gauche qui n’a toujours pas compris que l’idéologie des Jaurès et autres Blum, des communards et soixante-huitards réunis et attardés avait été condamnée par les faits et par l’Histoire.

Valls a réussi son coup. Le voici maitre du pays. A-t-il la moindre chance de réussir sa « révolution », c’est-à-dire de métamorphoser la France, d’abattre toutes les Bastilles qui la font crever depuis des décennies, en s’attaquant au Code des impôts, au Code du Travail, au statut des fonctionnaires, à celui des syndicats, à tous les « avantages acquis » de notre société d’assistés ? On voudrait l’espérer et on se souvient que, candidat à la primaire de gauche, il s’en était pris aux 35 heures.

Mais il semble bien seul, même avec le secours d’un ancien de chez Rothschild. Il ne lui reste que deux ans pour réussir son pari fou et devenir président en 2017. Tous ses petits camarades qu’il a si joliment roulés dans la farine vont sûrement se réveiller. C’est bien connu, dans le milieu on n’aime pas les traitres…

26 Août 2014 | Comments (16)

Le coup de force du petit vizir

Visiblement, le calife aurait préféré continuer à somnoler au fin fond de son harem en observant d’un œil presque amusé les chamailleries de ses eunuques. Mais le petit vizir qui rêve, bien sûr, de succéder un jour au calife a fait une grosse colère. Il en avait assez d’être considéré comme un paillasson sur lequel chacun essuyait ses babouches. Apeuré, le calife a cédé et lui a donné la tête des trouble-fêtes. Il est vrai qu’il n’avait plus guère le choix. Les caisses sont vides, le grand bazar est à l’arrêt et la foule commence à gronder. Il fallait, au plus vite, qu’il offre à son peuple un dérivatif. En fait, notre grand et gros mamamouchi est dans une situation incroyable et donc intenable. Il est à mi-mandat et n’a toujours obtenu aucun résultat, ni sur un redémarrage de la croissance qui est nulle depuis une demi année, ni sur une baisse du chômage qui augmente tous les mois, ni sur une réduction des déficits qui s’aggravent eux aussi, ni sur une baisse des prélèvements. Il n’a pu tenir aucune de ses promesses mirifiques de campagne. Pire, tout s’est encore considérablement aggravé. Pire encore plus personne, et pas même lui sans doute, ne comprend cette politique qui est menée depuis deux ans et demi, qui n’est d’ailleurs pas une politique, qui n’est plus socialiste, qui n’est pas social-démocrate et qui n’ose pas être social-libérale. Le capitaine de pédalo avance à la godille au milieu de la tempête, sans boussole, sans cartes, ni compas et n’arrive plus à écoper les flots qui s’engouffrent dans son rafiot en perdition. Il faut dire qu’après des années passées rue Solferino, à la tête du PS, Hollande s’était imaginé qu’à l’Elysée il pourrait s’imposer à la tête du pays en continuant à pratiquer le mélange des genres, la recherche du compromis mollasson, les accords de façade, les reculades en rase campagne, les entourloupes en tous genres. Pour être tranquille sur son trône, il avait eu l’idée d’inviter autour de sa table ceux qui s’étaient opposés à lui lors des primaires de la gauche, oubliant que ce combat avait très clairement démontré qu’un Montebourg, aussi échevelé que le Chevènement de jadis, était un nationaliste protectionniste très à gauche et que le petit Valls n’était qu’une réincarnation inattendue et un peu pâlotte de Sarkozy lui-même. Habitué à toutes les acrobaties, Hollande pensait pouvoir faire le grand écart, n’ayant lui-même, il faut lui rendre justice, aucune idée très précise. Avec un tel orchestre, sans véritable chef ni la moindre partition, cela ne pouvait être que la pire des cacophonies et une accumulation de couacs. Nous y avons eu droit. Voulant tenter de reprendre un peu les choses en main, Hollande nomma son « petit Sarkozy » à Matignon avec pour mission de faire régner un peu de discipline dans les rangs. Mais c’était beaucoup trop tard. Les « chahuteurs » avaient déjà compris que le rafiot coulait et qu’il ne s’agissait plus de sauver le malheureux capitaine mais de préparer l’avenir. Les rats pensaient à quitter le navire. Montebourg multiplia les provocations pour apparaitre comme un recours naturel de la gauche en 2017, ne se rendant sans doute pas compte qu’il offrait ainsi à Valls une chance inespérée de faire, lui, la preuve qu’il était un homme d’Etat, certes encore en herbes mais déjà capable de démontrer qu’il avait un minimum d’autorité et qu’il pouvait, éventuellement, devenir « un chef » autant de qualité dont était, bien sûr, dépourvu le président. Malin comme un singe, Valls attendait son heure en jouant les Premiers ministres respectueux. Son heure est arrivée. Il est évident que, ce matin, à l’aube, le Premier ministre a menacé le Président de démissionner immédiatement s’il n’avait pas la tête de Montebourg et accessoirement de tous ceux qui, derrière le ministre de l’Economie, complotaient contre lui en « flinguant » en permanence la politique qu’il essayait de mener. « Ce sera lui ou moi » se serait écrié Manuel Valls en faisant trembler les tasses du petit déjeuner. Beurrant ses biscottes, Hollande n’avait plus le choix. Même s’il est en chute libre, Valls a 20 points de plus que lui dans tous les sondages. Hollande s’inclina devant le coup de force de son Premier ministre. Ce soir, tous les commentateurs se demandent qui est le vainqueur du jour. Sûrement pas Hollande car tout le monde a compris que Valls lui avait forcé la main en l’obligeant à prendre enfin une décision et à trancher dans le vif. Montebourg va être, pendant quelque temps, le pseudo héros de toute la gauche déçue par Hollande. Les Ecolos, les amis de Mélenchon, les communistes et les « frondeurs » du PS vont trouver que ce ministre de l’Economie a eu raison de proclamer que la politique économique du gouvernement (qu’il dirigeait !) était absurde, avec son obsession de la rigueur et sa soumission à tous les diktats d’Angela Merkel et de Bruxelles. Montebourg rêve évidement de faire éclater la majorité et d’obliger ainsi Hollande à décréter une dissolution ce qui pourrait lui permettre d’apparaitre soudain en homme providentiel de cette gauche orpheline. Montebourg ignore sans doute que Condé fut vaincu par Turenne et que Mazarin triompha de la Fronde des princes. Frondeurs ou pas, les députés socialistes savent parfaitement que mettre Valls en minorité et donc provoquer une dissolution leur ferait perdre leurs sièges. On peut être frondeur sans être suicidaire pour autant. Montebourg risque fort de devenir effectivement un nouveau Chevènement, à la différence près qu’il n’a jamais su « fermer sa gueule » et qu’au lieu de démissionner (ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps) il a été viré du gouvernement. Finalement, c’est donc Valls le grand vainqueur du jour. Le vizir a imposé sa volonté au calife et c’est lui désormais le maitre du palais. Va-t-il maintenant oser aller plus loin et imposer aussi sa politique ? Il a un peu plus de deux ans pour faire ses preuves, c’est-à-dire faire baisser le chômage, les déficits, la pression fiscale, rendre à l’Etat un minimum de dignité et d’efficacité et redonner un tant soit peu d’espoir aux Français. S’il continue à barboter dans les pactes de responsabilité ou de solidarité du calife fatigué, il finira évidemment, lui aussi, balayé par cette crise sans fin qui achève le pays. Mais s’il contraint le calife à rester silencieux derrière les murs de son palais et que, sans plus tenir compte de son « prisonnier », il règne de Matignon, alors il aura non seulement un avenir mais même un destin. On nous annonce un retour de Sarkozy. Il y en a désormais un second et il est déjà à Matignon. Le vrai a fait ses preuves par le passé ce qui le handicape sérieusement. Il reste au sosie à faire les siennes. Les jours qui viennent vont être passionnants à observer. Le nouveau gouvernement qu’on nous présentera demain sera-t-il constitué de « hollandais » ou de « vallsiens », un adjectif auquel il va falloir s’habituer ?

25 Août 2014 | Comments (13)

La lopette et les insurgés en peau de lapin

 

Lequel est le plus ridicule des trois ? Le président de la République qui se laisse cracher à la gueule par son ministre de l’Economie et son ministre de l’Education Nationale et qui n’ose pas les virer ou les deux ministres en question en total désaccord avec la politique qu’on leur fait mener et qui ne démissionnent pas ?

Une fois de plus, François Hollande, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon se révèlent tels qu’ils sont. Le premier incapable de faire preuve de la moindre autorité, d’un minimum de dignité et acceptant avec délectation d’avaler toutes les couleuvres que lui servent ses propres larbins. Les seconds toujours prêts à faire leur numéro de clowns de service, sachant parfaitement que c’est sans le moindre risque mais n’ayant pas le courage de sortir la tête haute et préférant se ridiculiser plutôt que d’abandonner les ors de la République. La soupe est encore meilleure quand on peut impunément cracher dedans !

Alors que le pays aurait besoin plus que jamais de dirigeants « à la hauteur », nous avons, à l’Elysée, ce qu’il faut bien appeler « une lopette » et, à Bercy comme au ministère de l’Education Nationale, de piètres provocateurs. Autant dire que nous sommes mal partis. Mais nous le savons depuis deux ans et demi.

On se demande dans quel pays de la planète, ailleurs qu’en France, un chef de l’Etat accepterait que son ministre de l’Economie déclare publiquement que la politique menée par le président est « une aberration économique, une absurdité financière et un sinistre politique qui aggrave le chômage, empêche le rétablissement des comptes publics et jette les Européens dans les bras des partis extrémistes qui veulent détruire l’Europe ». Or, c’est ce que vient de déclarer textuellement Arnaud Montebourg au Monde.

Ni Juppé, ni Fillon, ni même Marine Le Pen n’avaient jusqu’à présent osé taper si fort. Quant à Hamon, il déclare au Parisien « Arnaud et moi ne sommes pas loin des frondeurs. Notre volonté est d’être au service d’un rassemblement de la gauche et de peser au sein  du gouvernement »

Du fin fond de l’Océan indien où il a pris connaissance de cette volée de bois vert, Hollande a répondu… « Tous ceux qui sont partisans de la croissance sont les bienvenus ». Il donne donc raison à Montebourg et à Hamon. De deux choses l’une : où il n’a rien compris devant cette « insurrection » de deux de ses ministres, auquel cas il serait un imbécile au-delà de l’imaginable, ou il continue à nous prendre pour des imbéciles, ce qui n’est pas exclu.

Ce qui est sûr c’est qu’en acceptant de telles insolences Hollande se discrédite totalement aux yeux de la classe politique, aux yeux des Français et aux yeux du monde entier. L’abc d’un chef d’Etat est de savoir tenir ses troupes et de ne pas tolérer de murmures dans les rangs. Cette fois c’est beaucoup plus qu’un murmure.

Cela dit, il est évident que les deux zigotos jouent sur du velours. Plus personne ne peut aujourd’hui défendre la politique « mi chou mi chèvre », « lard et cochon » menée depuis plus de deux ans par Hollande à la « va comme je te pousse ». La croissance est nulle, le chômage augmente, les déficits aussi, les prélèvements aussi. Hollande a toujours dit qu’il voulait être jugé sur ses résultats. A mi-mandat, il l’est aujourd’hui et il est condamné aussi bien par les faits que par l’opinion. Que ses amis –vrais ou faux- lui demandent de changer de cap n’a rien d’étonnant.

Ce qui est in admissible c’est qu’ils le fassent publiquement et avec cette violence. D’autant plus qu’ils savent parfaitement que Hollande ne changera pas d’un poil –il l’a dit et répété- et que quand ils lui demandent de « hausser le ton avec l’Allemagne prise au piège de la politique austéritaire » (sic !) ils font évidemment figure de « charlots ». Angela Merkel n’est pas femme à se laisser impressionner par le ton de François Hollande qu’elle méprise souverainement depuis le premier jour.

Les « insurgés en peau de lapin » se réunissent aujourd’hui à la fête de la rose de Frangy. Ils vont, sans guère de doute, en remettre une couche. La question n’est pas de savoir jusqu’où ils vont oser aller. Mais de savoir jusqu’à quand Hollande va tolérer cette insurrection…

24 Août 2014 | Comments (19)

Inconscient ou provocateur ?

Est-ce de l’inconscience ou de la provocation ? Alors que tout va de plus en plus mal dans le pays, une croissance nulle, un chômage qui augmente encore, des déficits qui s’accumulent, qu’au sein même de la majorité de plus en plus de mécontents affirment qu’il faut de toute urgence changer radicalement de politique, et alors que rarement la situation internationale a été aussi préoccupante avec l’Irak, la Syrie, Gaza, l’Ukraine sans parler du Mali pou de la Centrafrique, François Hollande… part visiter l’Océan Indien. La Réunion, Mayotte, les Comores. Une grande vadrouille au bout du monde. Quelques jours de nouvelles vacances au soleil et surtout aux frais de la République.

Certains diront qu’il a raison d’en profiter car, dans moins de trois ans, son statut d’ancien chef de l’Etat ne lui permettra plus d’utiliser l’avion présidentiel pour parcourir la planète. Mais d’autres vont plus loin dans l’explication. Pour eux, François Hollande a « décroché ». Il a compris qu’il avait tout raté depuis son entrée à l’Elysée, qu’il n’avait plus aucune chance de rebondir d’ici la fin de son mandat et que ce n’était donc pas la peine d’essayer de se raccrocher aux basses branches.

Tous les experts nous avaient affirmé, ces derniers temps, que si Hollande voulait encore avoir le moindre espoir d’être réélu en 2017 c’était au cours de cette rentrée 2014 qu’il lui fallait se métamorphoser et lancer une toute autre politique. En 2015 ce sera trop tard. On attendait donc « quelque chose », un virage à 180°, un coup de tonnerre, un coup de théâtre.

Or, que nous a-t-il sorti de son chapeau pointu en cette semaine de rentrée ? Une fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité « pour favoriser la reprise du travail et améliorer la rémunération des salariés précaires » et une baisse de l’impôt sur le revenu « pour rendre plus juste et plus simple le barème de l’impôt notamment pour les premières tranches ». Autant dire des cacahouètes, des broutilles.

Hollande n’a plus rien dans sa boite à outils, mis à part un vieux tournevis pour nous serrer toujours davantage la vis. Et, faute d’idées neuves, il se contente désormais de nous répéter inlassablement qu’il ne changera pas de politique alors que cela fait deux ans et demi qu’il n’a pas d’autre politique que celle du chien crevé au fil de l’eau.

Au lendemain de son élection, Hollande rappelait Don Quichotte en voulant guerroyer contre les moulins à vent de la finance. Puis, il s’est mis à ressembler furieusement à Ubu Roi, ridicule avec ses proclamations pontifiantes. Aujourd’hui, il fait penser à Puyi, le dernier empereur de Chine qui passa des années enfermé dans la Cité interdite, entouré de ses courtisans, sans savoir qu’il n’était plus empereur, que son empire était à feu et à sang et que Sun Yat Sen avait proclamé la République à Nankin.

Hollande, le président qui n’a plus aucune prise sur les événements, qui assiste impuissant –on pourrait presque dire indifférent- à la décomposition de son royaume, qui parle pour ne rien dire, qui s’agite comme une mouche prise au piège et qui part se faire acclamer au bout du monde, dans l’autre hémisphère, dans le département français qui bat tous les records du chômage. Plus pitoyable que shakespearien.

Cela dit, nous manquons cruellement de Sun Yat Sen, même si l’exemple chinois n’est, bien sûr, pas à suivre et même s’ils commencent à être nombreux à se bousculer au portillon élyséen.

Commentant la brusque candidature d’Alain Juppé, nos spécialistes affirment ce matin qu’un duel fratricide entre Sarkozy et Juppé pourrait être la chance de Hollande. C’est, d’abord, imaginer que Juppé ne se « dégonflera » pas entre temps, c’est, ensuite, oublier que, sur les 9 présidentielles au suffrage universel de la Vème République, nous avons déjà assisté à 4 duels fratricides de la droite -Chaban/Giscard en 74, Giscard/Chirac en 81, Chirac/Barre en 88, Chirac/Balladur en 95- et qu’à 2 reprises ces duels n’ont pas empêché la droite de l’emporter. Il est vrai qu’en ces temps-là le Front National n’existait pas ou prou.

21 Août 2014 | Comments (15)

Juppé ridicule mais plausible

 

 

Tout le monde a naturellement le droit d’être candidat à la présidence de la République. Et d’autant plus que cela fait très longtemps que le ridicule ne tue plus personne dans notre beau pays. Mais tout de même !

Si, contrairement à ce qu’avait affirmé Chirac, Juppé n’est sûrement pas « le meilleur d’entre nous », personne ne l’a jamais considéré comme un imbécile, même si ce brillant sujet a tout raté dans sa carrière politique et notamment son passage à Matignon. Mais au fil des années, en gérant très bien sa bonne ville de Bordeaux, il avait su faire oublier ses erreurs de jeunesse et devenir une espèce de vieux sage de la droite française, jouant parfois les arbitres entre bandes rivales, un peu comme les parrains de la maffia sicilienne.

Et voilà que, toujours « droit dans ses bottes », il annonce froidement, ce matin, sur son blog, qu’il sera candidat à primaire de la droite pour la course à l’Elysée.

Comme Fillon, Copé, Xavier Bertrand, Le Maire, NKM et quelques autres, il est convaincu que Hollande ou tout autre candidat du PS sera éliminé dès le premier tour de la présidentielle, que les Français ne voudront pas renouveler l’expérience Sarkozy et qu’il est donc le meilleur et le seul capable de faire l’unanimité et à la primaire et à la présidentielle pour incarner l’union nationale, l’avenir et battre haut-la-main Marine Le Pen au second tour.

Personne dans son entourage n’a osé lui faire remarquer que, pour une grande majorité des électeurs, et notamment les jeunes, il n’était plus qu’un « has been », ayant été Premier ministre il y a 20 ans, c’est-à-dire au siècle dernier, et n’ayant laissé que deux souvenirs : une des plus longues grèves de la Vème République et une dissolution pour le moins malheureuse.

On dira que les Français ont la mémoire courte. C’est vrai. Ils ont, par exemple, tous oublié que ce malheureux avait été condamné par la justice et contraint à un exil canadien. Mais maintenant et depuis quelque temps déjà, nos compatriotes ne votent plus qu’« à la gueule du client ». Or, Juppé a « une gueule de vieux » avec son visage tout ratatiné de momie ressortie de son sarcophage.

Les sondages le mettent à égalité avec Sarkozy chez les militants de l’UMP et même avant lui chez les sympathisants de droite, grâce aux centristes. Mais la bagarre n’a pas encore commencé, les jeux sont loin d’être faits et les sondages se sont toujours trompés.

En fait, ce qui est dramatique c’est que, ridicule ou pas, Juppé n’a pas tout à fait tort. Pour l’instant, Sarkozy mis à part, il est le seul candidat plausible. Fillon et Copé se sont autodétruits et les autres ont l’air de blancs-becs même si leurs dents (de lait) ont démesurément poussé ces derniers temps. Et c’est bien là tout le problème de la droite française. Elle n’a personne sous la main et en est réduite à faire ses fonds de tiroir.

Alors qu’aujourd’hui même François Hollande nous répète qu’il entend, contre vents et marées et au milieu de la pire des tempêtes, s’obstiner sur la mauvaise voie avec son pacte de responsabilité et de solidarité et que sa grande idée du jour consisterait à « rendre l’impôt plus juste » (sic !), la droite qui     a un boulevard devant elle se cherche toujours l’homme providentiel et comme Soeur Anne, ne voit rien à l’horizon de 2017.

Juppé peut donc croire aujourd’hui qu’il a une (petite) chance d’être élu… par défaut. Parce que les Français ne voudront ni de Hollande, ni de Valls, ni de Sarkozy, ni de Fillon, ni de Copé, ni de Marine Le Pen. Cela ne serait pas glorieux mais cela fait bien longtemps que nos présidents sont, hélas, élus par défaut.

20 Août 2014 | Comments (18)

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