Alors que François Hollande vient encore de prendre un énorme « coup sur la gueule » puisque la CGT, FO et la FSU refusent de dialoguer avec lui à sa 3ème « Grande conférence sociale » et qu’il perd donc là l’essentiel de son fonds de commerce, l’UMP qui devrait triompher dans son rôle d’opposant à un pouvoir qui a tout raté et qui est rejeté par une écrasante majorité des Français comme aucun pouvoir ne l’a jamais été, continue d’agoniser au point qu’on se dit que les soins palliatifs que « le trio des vieux » -Juppé, Raffarin et Fillon- tente de lui apporter sont totalement inutiles.
Jamais, nulle part, dans l’histoire de la Vème République et dans celle de toutes les démocraties, une opposition qui avait un boulevard devant elle pour reconquérir le pouvoir n’a été dans un tel état.
Naturellement, il y a eu la guerre à mort des chefaillons, entre Copé et Fillon, l’éternelle incertitude lancinante d’un retour de Sarkozy, puis l’accumulation stupéfiante de scandales plus crapuleux les uns que les autres, avec l’affaire Bygmalion, la confusion des comptes de campagne de Sarkozy et des comptes du parti, puis les dépenses pharaoniques du petit pharaon Copé.
Le mouvement qui osait revendiquer l’héritage du Général est devenu un repaire de voyous, un tripot de gangsters où l’on tire dans tous les coins en essayant de s’en mettre plein les poches. Le moins qu’on puisse dire est qu’il a perdu son âme.
Et alors on se pose la question « qui tue » : l’UMP a-t-elle jamais eu une âme ? Créée par Chirac et Juppé pour faciliter la réélection de Chirac en 2002, elle était dès son origine une auberge espagnole puisque, rassemblant le RPR, Démocratie libérale, les Républicains sociaux, le Centre des Indépendants et Paysans, le Parti radical, Ecologie Bleue et une bonne parti de l’UDF, on y retrouvait des gaullistes, des centristes, des libéraux, des chrétiens sociaux, des francs-maçons, des eurolâtres et des eurosceptiques, autant dire n’importe qui, n’importe quoi et le contraire de n’importe quoi.
L’UMP n’était pas une famille politique, elle n’était qu’une machine de guerre faite pour gagner les élections contre la gauche et où chacun espérait bien pouvoir se goinfrer dans son coin dès le lendemain de la victoire.
La victoire fut beaucoup plus facile que prévu puisqu’au second tour Chirac n’eut pas à affronter Jospin mais Jean-Marie Le Pen. Et l’UMP n’avait strictement servi à rien puisqu’au premier tour Chirac n’avait obtenu que 19,88% des voix, c’est-à-dire moins que ce qu’il avait obtenu au premier tour de 1995, comme simple candidat du RPR, où il avait recueilli 20,84% des suffrages alors pourtant qu’il avait eu Balladur en face de lui qui avait, lui, obtenu 18,58%. Sur le papier, l’UMP qui, en 2002, regroupait les chiraquiens et les balladuriens de 1995 aurait dû lui permettre de dépasser les 35%. Il n’en a rien été.
Du coup, Chirac a totalement oublié l’UMP et les promesses de partage du gâteau, en formant un gouvernement Raffarin où, mis à part le Premier ministre (et Gilles de Robien), tous les ministres étaient des RPR pur jus : Sarkozy, Fillon, Perben, Villepin, Alliot-Marie, Bachelot, Gaymard, Aillagon, Delevoye, etc. On pouvait donc dire, dès 2002, que l’UMP était un parti mort-né qui n’avait pas pu donner naissance au monstre contre-nature qu’il était censé créer en réunissant la horde disparate de tous ceux qui s’opposaient à la gauche.
Et ça a continué. En 2007, Sarkozy nomme Fillon à Matignon et un gouvernement typiquement RPR avec Alliot-Marie, Hortefeux, Dati, Bertrand, Darcos, Pécresse, Bachelot, Woerth, etc. et où, seuls, Borloo et Morin « font tâche ». Sarkozy n’ouvre pas aux centristes mais à la gauche avec Kouchner.
Mais ce qui est grave et explique « le drame » d’aujourd’hui c’est qu’entre-temps les anciens du RPR avaient, eux aussi, perdu leur âme pour peu qu’ils en aient jamais eue. Personne aujourd’hui ne peut dire où se situe vraiment, clairement ni Sarkozy, ni Copé, ni Fillon, ni Juppé, ni les autres.
Sarkozy a oscillé de gauche à droite tout au cours de son quinquennat et chacun se demande sous quelle couleur il va bien pouvoir faire son grand retour d’automne ; plus FN que Marine Le Pen elle-même ou humaniste et modéré comme un vulgaire sénateur de la Vienne ?
Copé, lui, est éliminé pour un bon moment mais il a tenté de faire de l’UMP qu’il présidait par effraction un mouvement de droite pure et dure.
Fillon, la couleuvre-caméléon, jouait les centristes pour contrer Copé et attend de voir sous quelle forme Sarkozy va ressortir de sa boite pour se faire ou le défenseur de toutes les valeurs de la droite ou l’homme de tous les consensus.
Quant à Juppé, convaincu d’avoir toujours raison sans nous dire pourquoi, il attend (depuis des décennies) que le pouvoir lui tombe tout cuit dans le bec et il est désormais persuadé que, faute de combattants, il finira, cette fois, par l’emporter.
Comment s’étonner qu’avec un tel « casting », ces combats fratricides (si tant est qu’on puisse considérer ce ramassis de margoulins comme des frères), ces scandales à répétition et cette absence totale de programme –car vouloir simplement gagner des élections pour entrer à l’Elysée ne peut pas servir de programme pour enthousiasmer les électeurs- l’UMP soit à l’agonie.
Reste qu’il y a maintenant un immense vide entre la gauche en débandade et l’extrême-droite triomphante et que la politique a horreur du vide…

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