Nicolas Sarkozy aura aujourd’hui réussi un exploit. Dans tous les journaux radio et télévisés de toute la journée, il a devancé, haut la main, notre équipe de football qui avait pourtant, hier soir, gagné son match de 8ème de finale contre le Nigéria. Sarko, plus fort que Deschamps ! Dans tous les titres, sa garde à vue a fait oublier la victoire des bleus ! Il est vrai qu’il est le premier ancien chef de l’Etat de toute l’histoire de la République à être mis en garde à vue, comme un vulgaire truand, et que nos footballeurs n’ont pas encore gagné le Mondial.
Mais on peut aussi se demander si ce coup de théâtre judiciaire passionne vraiment les Français. Il y a un moment où trop c’est trop. Et en l’occurrence c’est même beaucoup trop.
Tous les Français sont convaincus, dans leur for intérieur, que Nicolas Sarkozy n’est « blanc-bleu » ni dans l’affaire de Karachi et le financement de la campagne de Balladur, en 1995, ni dans l’affaire Bettencourt ou l’affaire Kadhafi et le financement de sa propre campagne, en 2012, ni dans l’affaire Tapie, ni dans l’affaire Bygmalion, ni dans une ribambelle d’autres affaires-casseroles politico-financières qu’une justice, bien complaisante à l’égard du pouvoir actuel et qui n’a jamais caché qu’elle souhaitait coller au mur (des cons) l’ancien président pour le fusiller, se fait un plaisir de distiller à petit feu et au fur et à mesure que se rapprochent les grandes échéances électorales.
Mais comme ces mêmes Français sont tout aussi convaincus, dans leur même for intérieur, que Jean-François Copé, le meilleur ami de tous les margoulins levantins du commerce international des armes, n’est pas non plus au-dessus de tous soupçons et qu’ils n’ont pas l’intention de donner le Bon Dieu sans confession aux anciens camarades de Dominique Strauss-Kahn et de Jérôme Cahuzac, ils finissent par être blasés, voire même totalement dégoutés par la chronique quotidienne de toutes les crapuleries de notre faune politique.
Ils savent d’ailleurs que, comme d’habitude, ces gardes à vue, ces mises en examen, ces convocations devant les juges d’instruction, ce tintamarre dans les couloirs de nos palais de justice se terminent toujours en eau de boudin et, bien souvent, par des non-lieux.
Avocat de profession et roublard de nature, il est évident que Sarkozy n’avouera jamais rien et qu’il n’a jamais signé de sa propre main le moindre document compromettant. Ce n’est donc pas avec des témoignages de valets de chambre ou de 5èmes couteaux, ni même avec des écoutes téléphoniques (totalement illégales) que nos (tous petits) juges pourront le faire tomber.
Le tout est de savoir si cet acharnement dont il peut se dire victime (qu’il soit coupable ou innocent) finira par l’abattre ou qu’au contraire lui redonnera la sorte de virginité –celle de l’accusé contre lequel on s’acharne- dont il a bien besoin pour faire le « come-back » qu’il prépare.
Le connaissant comme on a appris, à nos dépens, à le connaitre, cette mise en garde à vue prolongée (et tout de même infamante) ne peut que le galvaniser si tant est qu’il en eut besoin. On peut, sans peine, imaginer que, tout au cours de cette journée dans le bureau de ses juges, Sarkozy a ajouté quelques nouveaux noms à la liste, déjà longue, de ceux qu’il s’est juré d’accrocher à des crocs de boucher, le soir même de la victoire qu’il est convaincu de remporter.
Mais le problème n’est pas là. Aujourd’hui, les Français ne veulent plus de François Hollande et commencent à déchanter de Manuel Valls qui n’a toujours pas eu le courage de rompre ouvertement avec son président. Tous les sondages et tous les scrutins prouvent que la droite a un boulevard devant elle, simplement parce qu’elle bénéficie de ce rejet viscéral et total de la gauche. Jamais aucune alternance n’a été autant désirée. Or, cette droite incohérente, divisée, inerte au milieu de ses guérillas d’égos, n’a ni programme ni chef. Le seul chef qui pourrait s’imposer est le vaincu de la dernière bataille, Sarkozy. Tout le monde le sait et de plus en plus nombreux sont ceux qui osent le dire ouvertement, même parmi ceux qui l’ont détesté et poignardé.
Qu’il soit trainé devant les tribunaux n’y changera rien. Que demain les fonctionnaires de Christiane Taubira le jettent dans un cul de basse fosse ou rouvrent le bagne pour l’y expédier et il deviendra, pour une majorité de Français, même parmi ceux qui sont intimement persuadés de sa culpabilité dans bien des dossiers, un héros persécuté.
On peut se demander si, avec cette mise en garde à vue, nos petits juges ne souhaitent pas accélérer le scénario prévu et obligé Sarkozy à sortir du bois et à annoncer son retour dans l’arène plus tôt qu’il ne le voulait. Avec l’espoir qu’il ne tiendra pas la distance jusqu’en 2017. Ce serait un pari bien risqué…

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