Les Français semblent avoir été réveillés par les toutes dernières « mésaventures » de Nicolas Sarkozy. Sa mise en garde-à-vue puis en examen en a choqué quelques-uns, réjoui d’autres, mais a surtout rouvert le débat qui taraude l’électorat de droite (plutôt majoritaire dans le pays) depuis des mois. La question est simple : faut-il, oui ou non, se tourner vers l’ancien président pour espérer une alternance qui permettrait à la France de sortir de toutes les crises dans lesquelles elle sombre depuis des années ? Cette question qui semblait farfelue il y a quelque temps se pose et s’impose désormais.
Il y a d’abord quelques évidences. Plus personne ne veut de François Hollande qui, en deux ans, a fait et refait la preuve de sa totale incompétence. Incapable de s’attaquer au drame du chômage qui ne fait qu’augmenter en dépit de toutes ses promesses et alors qu’il diminue nettement chez tous nos voisins européens, incapable de s’attaquer au drame de nos déficits et de notre dette alors pourtant qu’il a alourdi considérablement les charges et les prélèvements obligatoires et réduit un bon nombre d’avantages accordés aux uns et aux autres et même aux plus défavorisés, il n’a jusqu’à présent réussi qu’à diviser davantage encore les Français, avec une volonté délibérée de chambouler notre société, comme il l’a prouvé avec son fameux « mariage pour tous » qui restera « la grande œuvre » de son mandat.
On aurait pu croire que la nomination à Matignon de Manuel Valls allait marquer un virage radical du quinquennat et que cet homme-de-gauche-de-droite, détesté au PS et apprécié des centristes, prendrait systématiquement le contre-pied d’un président qu’il abandonnerait, pour ne pas dire trahirait, sous les dorures du palais présidentiel. Mais Valls n’a pas osé franchir le Rubicon et faire le coup d’Etat qu’on attendait de lui. Il s’est rapidement coulé dans le rôle habituel du simple « collaborateur » du chef de l’Etat, comme un vulgaire Fillon.
Plus personne ne peut donc plus avoir la moindre espérance du côté de la gauche qui, de sondage en scrutin, est chaque jour de plus en plus rejetée, battant tous les records d’impopularité.
Autre évidence : la droite traditionnelle, parlementaire, en clair l’UMP, l’UDI et le MoDem, n’existe pas. Alors que tout devrait lui sourire, qu’elle devrait triompher en face de l’accumulation des échecs et de la déliquescence générale de la gauche au pouvoir, elle a sombré, elle aussi, et presque davantage encore que la gauche, dans les incohérences, les querelles d’égos et, plus encore, sous les scandales plus véreux les uns que les autres. Non seulement cette droite est incapable de proposer le moindre programme de redressement du pays mais ses « ténors » et ses « grands gueules » sont maintenant sans voix.
Jean-François Copé est disqualifié, pour ne pas dire déshonoré, pour des années. François Fillon a disparu des écrans. Le trio d’intermittents de ce spectacle affligeant, Juppé-Raffarin-Fillon, censé assurer l’intérim, est dérisoire. Quant aux « petits jeunes », les Le Maire, Bertrand, Baroin, NKM et autres qui s’agitent et se chamaillent comme des gamins dans une cour de récréation, ils ne font même pas sourire.
Bref, la droite est tout aussi orpheline que la gauche.
Du coup, certains se remettent à regarder Nicolas Sarkozy. Faute de mieux, faute de grives.
Sarkozy fait partie de ces quelques personnages de notre faune politique qu’on croit morts à maintes reprises et qui ressuscitent toujours. Comme Mitterrand après l’affaire de l’Observatoire et ses échecs successifs en 1965 et en 1974 ou Chirac après ses défaites en 1981 et 1988. Les deux hommes qu’on avait enterrés, sans fleurs ni couronnes, ont, tous les deux, fini par être élus à la présidence.
Sarkozy, lui, a déjà été enterré à plusieurs reprises, notamment après l’échec de son mentor Balladur à la présidentielle de 1995, après son échec personnel lors des Européennes de 1999 où sa liste n’avait recueilli qu’un pitoyable 12,89% et, bien sûr, après sa défaite de 2012. Mais l’acrobate spécialiste du trempoline avait, jusqu’à présent, toujours réussi à rebondir, petit diablotin qui ressortait à tous les coups de sa boite.
Certes, aujourd’hui, il a des boulets et des casseroles qui pèsent lourd à ses pieds. D’abord, le souvenir détestable de son quinquennat au cours duquel il a tout raté et qui a permis aux Français de le découvrir sous son pire visage. Mais il ne faut pas oublier que, s’il a été battu en 2012, il avait tout de même obtenu, au premier tour, 27,18% des voix, derrière Hollande, 28,63%, et, au second tour, 48,36% des voix, 16.860.685 bulletins, beau score pour un président sortant et détesté. On peut aujourd’hui se demander combien de Français ont, depuis, regretté d’avoir préféré voter pour Hollande plutôt que pour lui.
Ensuite, bien sûr, il y a les casseroles, innombrables et qui font un tintamarre épouvantable. Mais leur accumulation même est une chance pour lui. Elle lui permet de jouer les victimes non seulement d’un acharnement des petits juges gauchistes mais aussi d’une « instrumentalisation » organisée par le pouvoir qui a compris qu’il était le seul et unique adversaire qu’il avait à redouter. En tentant de le faire clouer au pilori sur la place publique, Hollande lui redonne son statut de patron de la droite.
Aujourd’hui, une large majorité des Français (65%) ne veut plus de lui. Mais les Français qui ont la mémoire courte et qui sont fatigués de toutes les affaires auxquelles ils ne comprennent plus grand chose, n’auront guère le choix en 2017.
Certes, il y aura Marine Le Pen. Mais son programme, séduisant quand elle ose évoquer une sortie de l’euro si ce n’est de l’Europe (comme un Cameron en Grande-Bretagne) n’est guère cohérent sur le plan économique et, plus grave encore, elle sent toujours le soufre à plein nez même si elle a habilement remplacé l’antisémitisme de son père par une arabophobie revendiquée.
Le tout va être de savoir sous quel déguisement idéologique Sarkozy va faire son grand retour. Il a eu la sagesse de se séparer de son âme damnée, l’horrible Buisson qui l’avait entrainé sur les chemins d’une droite plus ou moins maurassienne et donc insupportable aux yeux de la plupart de nos compatriotes. Comprendra-t-il que, comme le répétait souvent Georges Pompidou, « Une présidentielle se gagne toujours au centre » ?
Restons simples : Hollande a moins de trois ans pour tuer Sarkozy et se retrouver face-à-face avec Marine Le Pen et donc être réélu. Mais Sarkozy a ces mêmes quelques mois pour faire oublier et son quinquennat désastreux et toutes ses affaires glauques et apparaitre, comme en 2007, en homme providentiel, héraut de la « rupture ».
Et ceux qui n’ont rien oublié, qui ont encore toutes les raisons de le détester et qui répètent « Tout sauf Sarkozy » n’auront personne d’autre à se mettre sous la dent…

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