Tout le monde sait –et notamment les protagonistes- qu’un jour, au Proche-Orient, Juifs et Palestiniens vivront en paix, côte à côte, dans deux pays voisins qui collaboreront, qui partageront l’eau du Jourdain, l’électricité, échangeront leurs ressources, leurs produits et qu’après des décennies de guerre, de haine, de drames, cette région qu’on pourrait croire bénie des Dieux tant ses paysages sont beaux et qui a vu naitre les trois monothéismes finira par être un havre de paix. Toutes les guerres se terminent un jour. La Guerre de Cent ans s’est terminée. « Un jour »…
Mais, aujourd’hui, chacun se prépare à une nouvelle guerre. Les Palestiniens de Gaza, c’est-à-dire du Hamas, lancent des roquettes sur Israël, l’aviation israélienne pilonne Gaza, les chars de Tsahal sont prêts à envahir une nouvelle fois la minuscule enclave palestinienne et le gouvernement de Jérusalem vient de mobiliser 40.000 réservistes.
Tout a commencé, en fait re-commencé, parce que trois jeunes Israéliens avaient été enlevés et massacrés sans guère de doute par des extrémistes palestiniens et qu’un jeune palestinien a été, sans doute en représailles, enlevé et massacré par des extrémistes israéliens. Ce sont toujours les extrémistes qui font la loi avec une véritable surenchère dans l’horreur.
Dans ce genre de bras-de-fer en forme précisément de surenchères, on ne sait jamais tout à fait qui a vraiment commencé mais on sait comment cela risque de finir, par un embrasement général de la région, des morts, des ruines, de la désespérance et davantage encore de haine.
Les Israéliens peuvent dire –à juste titre- que l’enlèvement des trois jeunes Israéliens et leur massacre ne pouvait pas rester impunis. Les Palestiniens peuvent répondre que la situation qui leur est faite par Israël depuis des décennies et qui s’est encore aggravée ces derniers temps avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou ne peut que provoquer des accès de haine et les actes de terrorisme les plus odieux.
Les Israéliens peuvent dire que les Palestiniens de Gaza envoient des roquettes sur les villages et maintenant sur les villes d’Israël. Les Palestiniens répondent que l’aviation israélienne pilonne sans pitié les misérables agglomérations de Gaza faisant de nombreuses victimes civiles même si Israël affirme ne viser que les responsables du Hamas.
Qui est responsable de cette situation qui pourrit le Proche-Orient et la vie internationale depuis plus d’un demi-siècle ? Tout le monde : lord Balfour avec son idée de créer un foyer sioniste dans une Palestine qu’il croyait inhabitée, la communauté internationale, au lendemain de la guerre, en imaginant un partage de cette même Palestine pour « se faire pardonner » la Shoa par les Juifs survivants, les pays arabes en faisant mine de soutenir les Palestiniens pour « jeter les Juifs à la mer », les Américains et les Soviétiques en jouant ici l’un des grands actes de leur guerre froide, la communauté internationale, de nouveau, en tolérant que plusieurs millions de Palestiniens vivent depuis des décennies dans des camps de réfugiés scandaleusement misérables.
Alors que depuis la fabuleux voyage d’Anouar el Sadate à Jérusalem et la rencontre entre le raïs égyptien, Golda Meir et Menahem Bégin, tout le monde a compris que les Arabes acceptaient désormais l’existence d’Israël « dans des frontières sûres et reconnues », qu’Arafat lui-même a reconnu l’Etat d’Israël, qu’il y a eu la conférence de Madrid, les accords d’Oslo, les accords de Washington, de Jéricho-Gaza, de Taba et que personne n’a oublié la poignée de main entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, devant Clinton, à la Maison-Blanche, le 13 septembre 1993, il y a donc plus de 20 ans… rien n’avance, tout continue et on pourrait même dire que tout s’est aggravé.
Il est vrai que la question difficile du statut de Jérusalem, celle encore plus difficile du retour des réfugiés palestiniens et celle des colonies qu’Israël continue, malgré toutes les condamnations internationales, à construire en terre palestinienne permettent aux extrémistes, d’un coté comme de l’autre, de bloquer tout processus de paix.
Netanyahou, lui-même, a reconnu qu’il avait tout fait pour faire capoter les accords d’Oslo. Il y est parvenu et il s’en est vanté. Les Palestiniens, eux, du coup, se sont radicalisés à outrance et ce sont les extrémistes du Hamas qui règnent désormais à Gaza, marginalisant totalement le pauvre Mahmoud Abbas qui végète en Cis-Jordanie.
Avant de condamner ces extrémistes, il faut se souvenir que la haine qu’ils éprouvent, d’un côté comme de l’autre, pour les gens d’en face n’a qu’une origine : la peur. Les extrémistes juifs ont peur qu’un Etat palestinien à leurs frontières ne devienne vite un ennemi redoutablement dangereux. Et on peut, presque, les comprendre. Les extrémistes palestiniens ont peur que les Israéliens refusent indéfiniment de négocier réellement et de voir un jour les réfugiés sortir de leurs camps de misère pour vivre normalement. Et on peut, eux aussi, presque les comprendre
Il appartient sans doute à la communauté internationale d’imposer aux uns et aux autres un minimum de confiance en l’avenir et en leurs adversaires. Ce sont les Etats-Unis qui financent et arment Israël et les roquettes que le Hamas envoie sur Israël ne sont pas fabriqués à Gaza. Ce sont des « amis » de Washington, les Arabes du golfe pétrolier, qui tiennent à bout de bras le Hamas de Gaza.
Il faudrait que nos grandes capitales se souviennent que chaque conflit au Proche-Orient a fait monter le prix du baril de pétrole (c’est l’argument devant lequel nos gouvernements sont le plus sensibles) et que ce conflit israélo-palestinien est à l’origine de toutes les radicalisations du monde arabo-musulman. Le jour où ce conflit sera réglé, le djihad qui nous menace tous aujourd’hui aura perdu l’une de ses raisons d’être.
Mais, une fois de plus, nos capitales restent les bras ballants…

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