C’est une vieille habitude de nos hommes politiques à court d’idées et au creux de la vague. Ils ressortent des placards de l’Histoire des grands hommes dont ils tentent sans scrupules ni pudeur de revendiquer l’héritage.
Mitterrand s’affublait du chapeau de Léon Blum qu’il avait combattu étant jeune étudiant et faisait parler Mendès qui le regardait avec étonnement. Chirac évoquait de Gaulle dont il avait été ministre mais qu’il trahissait bien souvent ne serait-ce que lors de son fameux discours du Vel d’Hiv en affirmant que la France avait accompli d’irréparable, oubliant ainsi que, pour les vrais gaullistes, la France, en 40, était à Londres et non pas à Vichy. Sarkozy, lui, ne faisait pas dans le détail question récupération. Tout était bon. De Gaulle, Mendel et même Jaurès. Droite, gauche, il déterrait tous nos morts pour les faire parler et lui donner raison. Hollande lui se limite à Jaurès. Jaurès par-ci, Jaurès par-là, Jaurès à tours de bras. Une chance pour lui 2014 est le centenaire de la mort du fondateur de la SFIO. Autant dire un prédécesseur quasi direct pour l’ancien patron du PS de la rue Solferino.
Et comme plus personne ne lit Jaurès et que rares sont ceux qui se souviennent que le grand homme n’a jamais été au pouvoir, Hollande croit avoir le droit de s’en donner à cœur joie.
Ce matin, le président de la République est allé se recueillir devant le Café du Croissant, rue Montmartre, là où, le 31 juillet 1914, à la veille de la guerre, le grand pacifiste a été assassiné par un nationaliste belliciste. Curieusement, il n’a pas éprouvé le besoin de nous gratifier du moindre discours.
Il se souvenait peut-être de son expérience de Carmaux. Il y a quelques semaines, il s’était rendu dans « la » grande ville de Jaurès qui avait débuté sa carrière politique ici en prenant la défense de mineurs grévistes. Hollande pensait être en terre conquise « chez Jaurès » puisqu’à la présidentielle il avait fait là l’un de ses plus beaux scores, 70% des voix. Or, au pied de la grande statue de Jaurès, Hollande avait été copieusement sifflé et hué par la foule aux cris de « Trahison ».
Il est évidemment difficile pour le président socialiste qui s’est mué en social-démocrate, qui a lancé le plan de stabilisation, qui cherche désespérément 50 milliards, qui offre, dit-on, « des cadeaux au patronat », qui fait la guerre au Mali et en Centrafrique et qui voulait la faire en Syrie de se draper dans le linceul du fondateur de l’Humanité, le défenseur des ouvriers, l’ennemi de toutes les guerres.
L’un des drames de François Hollande c’est qu’il n’a aucune filiation. C’est un bâtard, enfant trouvé de l’ENA comme d’autres le sont de l’Assistance publique, socialiste non pas d’adoption mais d’ambition. Il s’est fait élire en usurpant une identité dont il ne sait plus quoi faire et s’aperçoit aujourd’hui que se dire socialiste au XXIème siècle est aussi ridicule que défendre la marine à voile et la lampe à huile. L’imposteur s’est trompé de déguisement et son faux nez ressemble à celui de Pinocchio. Alors, forcément, il s’affole, perd pied et dit n’importe quoi.
Manuel Valls est autrement plus malin. Il évoque, lui, les mannes de Clemenceau, homme « de gauche » certes mais qui, au moins, a su se coltiner aux réalités du pouvoir, oublier les idéologies fumeuses et gagner la guerre.
A ce propos, une parenthèse pour souligner où nous en sommes. Avant-hier, notre télévision diffusait une longue émission sur la bataille de Verdun. Les images d’archives étaient bouleversantes. Les commentaires des historiens de service stupéfiants. Ils répétaient inlassablement que le vainqueur de Verdun était… Clemenceau. Le politiquement correct interdit donc désormais de prononcer le nom de Pétain et les larbins du pouvoir arrivent à raconter l’enfer de Verdun sans citer une seule fois son nom.
Mais pour en revenir à Hollande, il faudrait que ses derniers amis lui conseillent de ne plus nous tanner avec Jaurès. Il n’a vraiment pas besoin de souligner à quel point il a trahi ses électeurs…

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