Mis à part les magistrats qui la haïssent et les délinquants ou les homosexuels qui l’adorent, tout le monde commençait à oublier Christiane Taubira. Or, l’indépendantiste guyanaise qui continue à arriver à bicyclette au Conseil des ministres sous l’œil désormais indifférent des photographes déteste qu’on ne parle plus d’elle. Ne sachant visiblement plus quoi inventer, elle vient d’avoir une idée pour le moins farfelue.
Dans une lettre tout ce qu’il y a de plus officiel, elle demande à Michel Sapin, son collègue de Bercy, de prévoir dans le prochain budget du pays quelques piécettes pour indemniser les derniers survivants de la grande grève des mineurs de 1948. Elle écrit à Sapin : « Il serait de l’honneur de notre gouvernement d’indemniser pleinement les mineurs dits « grévistes de 48 » et de mettre fin à une injustice jamais réparée ».
C’est évidemment ridicule. Il ne reste plus que 31 « grévistes de 48 » et cette manie de gens de gauche de fouiller dans les archives pour trouver quelques causes oubliées à exhumer et pouvoir se livrer à toutes les joies de la repentance est insupportable.
On connait l’histoire. En 1948, le gouvernement avait supprimé quelques avantages (charbon, logements, protection sociale) qui avaient été accordés deux ans plus tôt aux mineurs. Aussitôt, la CGT qui recevait alors ses ordres du PC de Thorez, lequel les recevait directement de son ami Staline, lança un ordre de grève. Le 4 octobre 1948, 340.000 mineurs arrêtaient de travailler et bloquaient tous les puits de charbon du pays, alors que la France commençait sa reconstruction et que le charbon était encore la seule source d’énergie.
Au bout de 56 jours de grève, le ministre de l’Intérieur, en accord avec ses collègues de l’Industrie, du Travail et de la Défense, envoyait les CRS et l’armée pour terme à cette grève qui paralysait totalement le pays. L’armée ouvrit le feu, tuant 6 mineurs. 2.000 autres furent arrêtés. 3.000 licenciés.
Serait-il « à l’honneur du gouvernement » de Manuel Valls de « réparer cette injustice » commise par un gouvernement visiblement réactionnaire et répressif ?
Christiane Taubira aurait dû se renseigner. Certes, le gouvernement d’Henri Queuille était une caricature des gouvernements de la IVème République puisqu’on y voyait pêle-mêle tous les ténors de l’époque, Pinay, Edgar Faure, Poher, Robert Schuman, Pflimlin. Mais il se trouve que tous ceux qui eurent à gérer la grève et qui décidèrent d’envoyer l’armée et lui donnèrent ordre de tirer étaient, sans exception, des… socialistes : Jules Moch, ministre de l’Intérieur, Paul Ramadier, ministre de la Défense et son secrétaire d’Etat aux Armées, Max Lejeune, Robert Lacoste, ministre de l’Industrie, Daniel Mayer, ministre du Travail. Tous membres de la SFIO ! Ajoutons, pour le plaisir que le secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil était un UDSR mais qu’il s’appelait… François Mitterrand.
Bien sûr, personne ne reprochera à une indépendantiste guyanaise d’ignorer tout de l’histoire de France, mais il est dommage que personne, place Vendôme, dans l’entourage de la Garde des Sceaux, ne lui ait signalé que « l’injustice jamais réparée » avait été commise par la fine fleur de la SFIO.
Cela dit, si Sapin se met à indemniser toutes les victimes de toutes les injustices commises en France depuis 60 ans, il y a encore moins de chance qu’il rétablisse les comptes du pays.
Une fois de plus, on s’aperçoit que depuis la suppression de la peine de mort, même le ridicule ne tue plus…

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