Dans quel pays sommes-nous et pour qui nous prennent-ils ? Depuis que Nicolas Sarkozy a été mis en garde-à-vue puis en examen pour corruption active, trafic d’influence actif et recel de violation du secret professionnel, tous les commentateurs patentés, et même le Premier ministre en personne, nous répètent que l’ancien président de la République est « un justiciable comme les autres » et que notre justice est « totalement indépendante ». Même dans la dernière des républiques bananières personne n’oserait raconter de telles balivernes à la populace.
Un ancien président de la République n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un justiciable « comme les autres ». On peut le regretter mais c’est comme ça. Il a été, par fonction et pendant toute la durée de son mandat, l’incarnation de l’Etat et le dépositaire de tous les secrets de la République. Cela ne peut pas s’oublier. Et il est encore moins « comme les autres » quand, de notoriété publique, il se prépare à revenir sur scène et à devenir l’adversaire numéro 1 du président en place.
Quant à l’indépendance de la justice, laissez-nous rigoler. Qui pourrait croire une seule seconde que les petits juges qui ont convoqué, mis en garde-à-vue puis en examen Sarkozy l’ont fait sans en avoir référé à leurs supérieurs et même sans en avoir reçu ordre de ces supérieurs ? Qui pourrait imaginer que Christiane Taubira, Manuel Valls et François Hollande ont appris, ce matin, en lisant la presse, que leur ennemi juré risquait désormais dix ans de prison ?
Arrêtons de faire semblant de croire que la France est encore un état de droit où l’on respecterait les Droits de l’Homme, la présomption d’innocence et le secret de l’instruction. La France est, hélas, devenue depuis longtemps une dictature mollassonne où le pouvoir, avec ses magistrats à sa botte et sa presse aux ordres, a tous les pouvoirs ou du moins celui de lancer ses chiens courants contre ses adversaires et celui d’étouffer toutes les affaires qui pourraient lui être gênantes.
Nicolas Sarkozy a sans doute été, jusqu’à l’arrivé de François Hollande à l’Elysée, l’un de nos plus mauvais présidents de la République. Il a tout raté en vacillant de droite à gauche sur sa ligne politique, n’a pas su faire face à la crise qui nous a frappés et s’est rendu, à peine arrivé au pouvoir, odieux à une large majorité des Français, avec son fameux bling-bling, son goût effréné pour le fric et son agitation fébrile permanente. Il n’y a guère de doute qu’il était un expert chevronné en magouilles, en tripotages, en combines de tous genres.
Cela dit, deux choses. D’abord, il est plus que vraisemblable que, malgré tous leurs efforts, nos petits juges ne trouveront rien de solide à lui reprocher pour le trainer dans un box d’accusé. Et il faut dire que nos magistrats ont un fabuleux culot en l’accusant aujourd’hui de « recel de violation du secret professionnel » alors que cette nouvelle affaire qu’on lui reproche a démarré à la suite d’écoutes téléphoniques totalement illégales qui ont permis aux policiers d’écouter ses conversations avec son avocat. C’est évidement, d’abord et avant tout, cette police qu’il faut bien qualifier de « politique » qui a violé le secret professionnel.
Ensuite et surtout, ce pouvoir est en train de transformer Sarkozy en « roi du non-lieu ». La presse, en dévoilant un bon nombre de ses turpitudes passées, était sur le point de l’enterrer à tout jamais sous un tombereau de boue. La justice, en s’acharnant sur lui, transforme un présumé coupable en victime du pouvoir.
Devant l’incompétence abyssale du pouvoir et de ce qui tient lieu d’opposition, les Français commençaient, à reculons et à contre cœur, faute de mieux, à se tourner vers lui. Et voilà que, soudain, le pouvoir (honni) lui donne un fabuleux « coup de pub », le met à la « une » de toute la presse, en le présentant comme un corrompu (actif), un trafiquant (d’influence) et un violeur non pas de petites filles mais de secret professionnel.
On se demandait quel « coup » il préparait pour s’emparer de la présidence de l’UMP et devenir le challenger incontesté de Hollande en 2017. Hollande, Valls, Taubira et leurs petits juges lui ont offert ce « coup » sur un plateau.
On nous raconte qu’à l’UMP, personne, aucun ténor, ne prend la défense de Sarkozy parce que chacun, de Juppé à Fillon en passant par tous les autres, aurait peur de se compromettre si l’affaire dégénèrait et que Sarkozy finisse derrière les barreaux. Ce n’est pas cela du tout. En fait, tous ces braves gens sont silencieux parce qu’ils sont furieux et qu’ils ont compris que, cette fois, ils ne pourront plus rien pour empêcher ce « maudit Sarko » de revenir en fanfare, en homme providentiel à la tête de la droite.
Hollande voulait tuer Sarkozy. En lançant ses argousins, il a tué Juppé, Fillon et les autres. L’incroyable scénario commence à se mettre en place avec un second tour qui opposera, en 2017, Sarkozy à Marine Le Pen et le résultat qu’on peut imaginer.
Décidemment Hollande et ses comparses sont de « gros mauvais ». Ils n’ont toujours pas compris qu’en tirant à vue on pouvait se tirer une balle dans le pied et ils ignorent encore le principe même du boomerang…