Washington, Londres et Paris viennent de demander à leurs ressortissants de quitter immédiatement la Libye. On apprend ainsi que des combats font rage à Tripoli et à Benghazi entre milices rivales et que l’ancien royaume de Kadhafi a totalement sombré dans le chaos le plus absolu depuis des mois, ce qu’on nous avait soigneusement caché.
Au même moment, on apprend aussi que les Islamistes qui contrôlent tout le nord de l’Irak persécutent, chassent ou massacrent toutes les minorités de cette région de l’ancien royaume de Saddam Hussein et notamment les Chrétiens. Ces mêmes rebelles islamistes sont d’ailleurs maintenant maitres d’un bon quart de la Syrie, or ce sont ces Islamistes radicaux que l’Occident –à commencer par Paris- voulait, il n’y a pas si longtemps, soutenir, en « punissant », selon le mot de François Hollande, Bachir al Assad. Et on ne nous parle plus de l’Afghanistan que les troupes occidentales ont évacuée… en laissant le champ libre aux Talibans.
Il serait sans doute temps de dresser le bilan de toutes les interventions des grandes puissances du « monde libre » en terre arabo-musulmane.
Au nom de la démocratie, des Droits de l’Homme et sans doute aussi des intérêts bien compris de nos compagnies pétrolières et de nos trafiquants d’armes, nous avons voulu chasser des dictateurs qui maintenaient d’une main de fer leur pouvoir et l’unité fragile de leurs pays. Or, tout le monde savait pourtant que seul un régime fort pouvait imposer un minimum de cohabitation entre les tribus de Tripolitaine et celles de Cyrénaïque en Libye, entre les Kurdes, les Sunnites et les Chiites en Irak, entre les sunnites et le patchwork de toutes les minorités en Syrie, sans parler des innombrables peuplades d’Afghanistan.
Certes Kadhafi, Saddam Hussein et Assad étaient d’abominables tyrans devenus plus ou moins « dingues » au fil de leurs règnes mais ils maintenaient la cohésion de leur pays et, quoi qu’on en ait dit, étaient assez « progressistes » pour avoir su développer, chez eux, l’éducation, la santé, la parité hommes-femmes, ainsi qu’un véritable progrès social et économique.
Aujourd’hui, la Libye, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan ont explosé, se sont totalement désintégrés et sont livrées à des bandes armées qui s’entretuent et massacrent les populations en voulant leur imposer des régimes moyenâgeux avec un retour de quelques siècles en arrière.
Ce n’est pas la démocratie que « nos » expéditions pseudo coloniales ont fait triompher mais le pire des désordres et le règne sans partage des fanatiques religieux les plus redoutables.
Chez nous, nous prétendons lutter contre le terrorisme islamiste. En Libye, en Irak, en Syrie, en Afghanistan, nous avons, consciemment ou non, donné le pouvoir à cet Islamisme le plus fou.
Certes, ce n’est pas nouveau. Il y a plus de trente ans nous avions déjà abandonné le Shah pour permettre à l’ayatollah Khomeiny d’imposer à l’Iran la pire des dictatures théocratiques. Mais il est stupéfiant que l’Occident n’ait pas voulu tirer la leçon de « l’expérience iranienne » et que nos géo-stratèges en pantoufles aient continué à croire que la dictature des mollahs, des imams et des « califes » était plus souhaitable que celle des dictateurs « classiques ».
Tout le monde est responsable –et coupable- de cette folie. Sarkozy a voulu la peau de Kadhafi, Hollande voulait celle de Assad, Washington a eu celle de Saddam Hussein. Aujourd’hui, les Occidentaux évacuent en catastrophe la Libye, Hollande ne sait plus qui soutenir et aider en Syrie et l’Irak se transforme en califat.
Tout cela parce que nos dirigeants, de droite comme de gauche, républicains ou démocrates, conservateurs ou travaillistes ignorent tout des réalités du monde arabo-islamique et s’entêtent à nier que l’Islam est un danger aussi bien pour les populations qui en sont les victimes immédiates que pour nous autres, occidentaux, auxquels il a déclaré, le plus officiellement du monde, une guerre sans merci.
On ne peut qu’avoir honte quand on se souvient des pantalonnades de Sarkozy célébrant à Benghazi « la libération » de la Libye ou de celles des Américains fêtant, à Bagdad, la chute de Saddam Hussein.
Aujourd’hui, un bon nombre de Libyens et d’Irakiens regrettent Kadhafi ou Saddam Hussein en versant des larmes sur le sort de leur pauvre pays. Ils ne nous pardonneront jamais d’avoir voulu leur imposer notre… « démocratie ». Et à Washington, Londres et Paris, ce sont les mêmes incultes qui continuent à parader.

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