Le problème du Proche-Orient –en clair celui d’Israël- est l’un de ceux qui suscitent le plus de passion. Il suffit d’évoquer la politique de Jérusalem ou le sort des Palestiniens pour qu’immédiatement le débat dégénère, la mauvaise foi et l’ignorance des réalités fassent des ravages et que les noms d’oiseaux se mettent à voler. Même sur ce petit blog où pourtant, depuis plus de quatre ans maintenant, nous essayons, les uns et les autres, de rester lucides et surtout courtois.
Le billet d’hier m’a valu un flot d’injures. Or, je me contentais d’affirmer que l’antisionisme et l’antisémitisme n’étaient pas la même chose, même si certains antisémites patentés se sont longtemps affublés du faux-nez de l’antisionisme. L’antisionisme est une attitude politique qui consiste à contester l’existence d’un Etat basé sur la race, en l’occurrence Israël ; l’antisémitisme est un réflexe purement raciste qui s’en prend aux Juifs.
On me fait ensuite remarquer que, les Arabes étant des Sémites, on ne peut pas les accuser d’antisémitisme. Ne jouons pas (trop) sur les mots. Les antisémites visent évidemment les Juifs et eux seuls. Pour les autres Sémites, on parle, au choix, d’arabophobie ou d’islamophobie (tout en sachant qu’il y a des Islamistes qui ne sont pas Sémites).
Je ne confonds d’ailleurs pas, contrairement à ce qu’on me reproche, les Arabes, les Musulmans et les Palestiniens. Mais il se trouve qu’à Gaza, les Palestiniens sont des Arabes, le plus souvent musulmans, et que le Hamas qui règne sur cette petite enclave prône un Islam rigoureux et a totalement marginalisé et souvent persécuté la petite minorité chrétienne.
En fait, je voulais surtout souligner l’émergence d’un « nouvel » antisémitisme. Certains de nos amis affirment qu’il n’y a rien de nouveau et que si cet antisémitisme a pris de l’ampleur en France c’est tout simplement parce qu’en raison de l’immigration massive il y a beaucoup plus de Musulmans aujourd’hui sur notre sol.
C’est totalement faux. L’ancien antisémitisme français n’avait rien à voir avec l’Islam et notre petite communauté musulmane de l’époque n’y était strictement pour rien. On peut d’ailleurs se souvenir qu’en Algérie (française) Juifs et Musulmans entretenaient généralement d’excellentes relations alors pourtant que la puissance « coloniale » avait tout fait pour les opposer les uns aux autres avec, par exemple, le célèbre décret Crémieux qui accordait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie sans la donner aux « indigènes » arabes ou kabyles.
Les antisémites français d’autrefois étaient des bourgeois de droite et d’extrême-droite, fervents catholiques qui reprochaient aux Juifs d’avoir tué le Christ et farouches nationalistes qui accusaient les Juifs d’être une communauté étrangère et interlope. Ils avaient adoré « La France juive » d’Edouard Drumont, avaient eu leur heure de gloire en envoyant le capitaine Dreyfus à l’ile du Diable, avaient rejoint l’Action française, Charles Maurras, les Ligues, avant d’applaudir Hitler et plus encore Pétain qui, dès 40, et avant même que l’occupant nazi ne le demande, avait pris les première lois antijuives.
Autant dire que cet antisémitisme de jadis a totalement -et heureusement- disparu. Mais il a été, depuis quelques années, remplacé par un autre antisémitisme qui pourrait bien être plus dangereux encore.
Ce ne sont pas les bourgeois catholiques et nationalistes qui en forment les plus gros bataillons mais les immigrés musulmans ; ce n’est pas l’extrême-droite qui en fournit les intellectuels mais l’extrême-gauche ; ils ne reprochent pas aux Juifs d’avoir tué le Christ et de dominer la finance internationale mais d’avoir créé Israël, chassé les Palestiniens et d’être la citadelle de l’impérialisme américain au coeur du monde arabe.
La création de l’Etat d’Israël, l’oppression dont sont victimes depuis un demi-siècle les Palestiniens et l’arrivée massive d’immigrés musulmans sont à l’origine de ce nouvel antisémitisme qui sévit en France et oppose « nos » musulmans, évidemment solidaires de leurs coreligionnaires palestiniens, à « nos » Juifs, inévitablement solidaires de leurs coreligionnaires d’Israël. S’ajoute une extrême-gauche déboussolée, tiers-mondiste, révolutionnaire qui a trouvé dans la cause palestinienne une occasion de reprendre son combat contre l’impérialisme et l’ordre établi, au nom de la défense des opprimés.
Ce nouvel antisémitisme est redoutable. D’abord, parce qu’il est alimenté en permanence par la situation au Proche-Orient et qu’il le sera de plus en plus tant qu’Israël poursuivra sa politique de colonisation et d’apartheid et qu’aucune discussion ne conduira à une solution juste et équitable pour les Israéliens et pour les Palestiniens.
Ensuite, et presque surtout, parce que cet antisémitisme fomenté par les Islamistes les plus radicaux de nos banlieues pourrait rapidement cimenter une large partie de nos Musulmans pour lesquels il sera plus facile de crier « Mort aux Juifs » que de respecter la Charia.
L’antisémitisme est, sans conteste, le plus facile des djihads. Et c’est pourquoi il appartient au gouvernement d’être intraitable aussi bien avec ceux qui défilent dans nos rues derrière le drapeau de la Palestine qu’avec ceux qui défilent derrière le drapeau d’Israël. Incapable d’imposer une solution pacifique aux belligérants qui s’affrontent autour de la bande de Gaza, nous ne devons pas permettre à nos ressortissants, musulmans ou juifs, de s’affronter chez nous.
Et l’antisémitisme d’aujourd’hui, aussi différent qu’il puisse être, n’est pas plus tolérable que celui d’hier.