Tout le monde ou presque s’apitoie -à juste titre- sur le sort des populations civiles palestiniennes qui, depuis plus de deux semaines, paient, sous les bombes sans pitié des Israéliens, le prix de la politique du Hamas. Mais personne ne dit un mot, ne verse une larme sur le sort des Chrétiens d’Irak qui sont persécutés et chassés de chez eux notamment à Mossoul où règnent, depuis juin dernier, des Islamistes sunnites fous furieux sous l’autorité de l’autoproclamé « calife » Abou Bakr el Baghdadi qui veut instaurer dans toute la région un « Etat islamique en Irak et au Levant ». Ce silence, cette indifférence de l’Occident, jadis chrétien mais qui se dit toujours humaniste, deviennent intolérables.
Personne n’en a parlé mais le « califat » avait lancé un ultimatum à la communauté chrétienne de Mossoul. Elle avait jusqu’à samedi dernier pour ou se convertir à l’Islam ou se mettre à payer le jyziah, « l’impôt des mécréants » (qui s’élève à 300 $ par an), s’enrôler dans l’armée du califat et donner ses filles en mariage à des musulmans. Sinon, ajoutait l’ultimatum, « il n’y aura que l’épée »…
Toutes les maisons chrétiennes de Mossoul ont été marquées de la lettre N pour « nazaréens » terme péjoratif pour désigner les Chrétiens. La cathédrale syriaque de Mossoul commence à être transformée en mosquée, le couvent des dominicains, créé au XIXème siècle par des pères français, a été envahi et saccagé.
Les 3.000 derniers chrétiens vivant encore à Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak, ont donc fui la semaine dernière en catastrophe. Ils n’avaient pas le droit d’emporter que ce soit avec eux. Et, dès la sortie de la ville, ils ont été dépouillés de tout ce qu’ils avaient sur eux, argent, papiers, bijoux. Terrifiés, désespérés, ils se sont réfugiés en zone kurde et se sont placés sous la protection des peshmergas, comme d’ailleurs les autres minorités de la région, elles aussi persécutées, les Turkmènes, les Shabaks, les Yézidis.
Les Chrétiens d’Irak formaient l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. En 1990, ils étaient encore plus d’un million, essentiellement des Chaldéens et des Nestoriens mais il y avait aussi des Syriaques, des Orthodoxes, des Latins, des Arméniens des Melkites. Tout le monde vivait dans une relative harmonie avec les musulmans, sunnites ou chiites, sous un régime autoritaire qui imposait la laïcité et protégeait les minorités, celui de Saddam Hussein.
En 2005, deux ans après l’invasion américaine et l’exécution de Saddam Hussein, les Chrétiens d’Irak n’étaient plus que 600.000. 20.000 d’entre eux s’étaient réfugiés en France, parmi lesquels 8.000 s’étaient installés à… Sarcelles devenue « la plus grande ville syriaque de France ».
Le délabrement de l’Irak avec un pouvoir inexistant à Bagdad, des milices incontrôlées, chiites dans le sud, sunnites dans le nord, et le succès des djihadistes de « l’Etat Islamique en Irak et au Levant » dans toute la région de Mossoul rendent intenable la situation de ces derniers Chrétiens d’Irak qui ont tout perdu et ne savent plus où aller ailleurs que dans les montagnes kurdes.
Et en Europe, tout le monde s’en fout ! Nous nous mobilisons pour les villageois israéliens qui reçoivent des roquettes du Hamas, pour les habitants de Gaza pris sous le déluge de feu des Israéliens, mais les « mécréants » d’Irak persécutés et chassés de chez eux par des djihadistes nous laissent indifférents. Il est vrai qu’ils ont le grand tort d’être chrétiens…

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