Il faudrait que ce président de la République, ce Premier ministre et ces ministres arrêtent de nous tanner avec leur « dialogue social ». Tout le monde sait -et eux les premiers- que tout dialogue social est totalement impossible dans notre pays. Pourquoi ? Tout simplement parce que les interlocuteurs qu’on invite à s’asseoir autour d’une même table se détestent, se haïssent et se font la guerre depuis plus d’un siècle. C’est là l’une de ces fameuses « exceptions françaises » qui expliquent la plupart de nos malheurs et on n’y peut rien.
On a, d’un côté, un patronat qui a sans doute commis bien des erreurs mais qui, depuis des décennies, crève sous le poids d’une législation d’une autre époque et qui réclame à cor et à cri des réformes, des ruptures, des évolutions, une mise à jour de textes totalement obsolètes et liberticides qui l’oppressent, l’étranglent, l’asphyxient ; et, de l’autre côté, des syndicats qui, au lieu d’être, comme dans la plupart des autres pays industrialisés, à la recherche de solutions « consensuelles » pour tenter de sauver (et même de faire prospérer) les entreprises et donc l’emploi, s’arcboutent sur ce qu’ils appellent « la défense des avantages acquis », avantages qui ne sont que des privilèges accordés, jadis, à certains et alors que nous étions dans un autre monde où l’univers se limitait pratiquement à la vieille Europe.
Nos syndicats sont sans doute les derniers sur la planète à considérer les patrons comme des ennemis (de classe, bien sûr) dont le seul objectif serait d’augmenter davantage encore leurs bénéfices en présurant toujours plus leurs salariés, en réduisant les salaires, voire en licenciant à tours de bras, pour le plaisir. Ils continuent à lire Marx et surtout Zola. Et la CGT reste la seule véritable organisation marxiste de ce début du XXIème siècle, si l’on met à part la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et Cuba.
Personne ne veut voir que ces « partenaires sociaux » ne représentent plus personne depuis belle lurette. Moins de 8% des salariés français sont syndiqués. Plus de 92% ne le sont donc pas ! Et encore faut-il préciser qu’une écrasante majorité de ces 8% de syndiqués sont des fonctionnaires, c’est-à-dire des privilégiés qui ont la garantie de l’emploi (avantage suprême dans un pays qui compte plus de 5 millions de chômeurs) et pour lesquels les mots « concurrence », « compétitivité », « rentabilité », « mondialisation », « faillite » et « licenciement » n’ont aucun sens.
Se croyant encore à l’époque du Front Populaire et des « Deux cents familles », ces syndicalistes ne se demandent pas une seule seconde pourquoi la France s’est totalement effondrée, pourquoi des pans entiers de notre économie ont disparu, pourquoi la plupart de nos régions industrielles jadis prospères, comme le Nord ou la Lorraine, sont devenues des friches industrielles. Ils sont contents. Grâce à eux, la France est le pays où l’on travaille le moins, 35 heures par semaine, où l’on part le plus tôt à la retraite, 60/62 ans, et où les entreprises paient le plus d’impôts. Et qu’importe pour eux si nous avons beaucoup plus de 10% de chômeurs et si nos jeunes n’ont d’autre espoir que l’exil.
Thierry Lepaon, de la CGT, Jean-Claude Mailly, de FO, et Laurent Berger, de la CFDT, s’imaginaient, sans doute, qu’avec le retour de leurs amis socialistes à la tête de l’Etat et un président qui déclarait que la finance était son ennemie personnelle, ils allaient connaitre un nouvel âge d’or et pouvoir continuer à « plomber » le pays. Ils s’aperçoivent aujourd’hui que, par la force des choses et sous la contrainte des chiffres, François Hollande tente de devenir social-démocrate, que Valls « fait des cadeaux au Medef » (en reportant partiellement le compte pénibilité) et que Sapin annonce que la finance est son meilleur ami.
Vont-ils finir par comprendre que la gauche, même au pouvoir, n’a plus aucun pouvoir pour s’opposer aux réalités économiques qui sont sans pitié ? Sûrement pas. Le dialogue de sourds entre un patronat à l’agonie et des syndicalistes hors du temps et sans aucune légitimité va continuer, arbitré par un régime lui-même coupé du monde et des Français.
Cette 3ème Grande Conférence sociale qui s’ouvre aujourd’hui montre à l’évidence à quel point ce pays est en mauvais état, pourri de partout et même ridicule.