Le projet de réforme territoriale sorti comme par enchantement hier soir de l’Elysée, avec ces régions dont on diminue le nombre, qu’on réunit ou qu’on laisse seules, est doublement caricatural. C’est à la fois une caricature de la France actuelle dans ce qu’elle a de plus pervers et une caricature de la fameuse méthode « hollandaise » qui nous fait sombrer de plus en plus depuis deux ans.
Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que tout le monde est d’accord pour dire et répéter que notre mille-feuille administratif, avec ses communes, ses communautés de communes, ses communautés d’agglomérations, ses pays, ses départements et ses régions est absurde, qu’il paralyse la vie du pays et qu’il coûte une fortune. Il y a évidemment un échelon de trop. Sans doute le département. Tout le monde est aussi d’accord pour affirmer que les régions, dessinées il y a un demi-siècle, ne sont plus adaptées aux exigences du développement, qu’elles sont trop nombreuses, trop étriquées, trop onéreuses elles aussi.
Et pourtant cette réforme territoriale est, sans doute, le plus gros, le plus énorme de tous les serpents de mer qui batifolent dans l’océan de notre vie politique.
Avant même d’affirmer que ce projet de François Hollande ne verra jamais le jour, il faut se demander pourquoi tous les projets précédents de tous les pouvoirs précédents se sont tous perdus dans les sables.
La réponse est simple même s’il est, bien sûr, interdit de l’évoquer. Tous ceux qui se sont jusqu’à présent opposés –avec succès- à la moindre réforme en défendant bec et ongle le département tel qu’il est ou les régions telles qu’elles sont nous ont toujours rebattu les oreilles en nous parlant de « la proximité » indispensable dans une démocratie ou « la décentralisation » nécessaire dans ce pays trop marqué par Colbert et les Jacobins.
Mais la vérité est ailleurs. Depuis toutes les lois sur la décentralisation ou la régionalisation qui ont donné presque tous les pouvoirs aux élus locaux, nos départements et nos régions ne servent ni à donner la parole au peuple, ni à lancer de grands projets, ni à insuffler la moindre impulsion à un coin oublié du pays. Nos départements et nos régions permettent simplement (mais c’est essentiel) aux petits potentats locaux d’avoir leurs fiefs, leurs vassaux, leurs cours, leurs obligés, avec tous les avantages, toutes les prébendes, toutes le combines qui vont avec.
Pour tout comprendre, il suffit de voir de ses propres yeux ces petits tyranneaux souvent analphabètes que sont les présidents des Conseils généraux et a fortiori les présidents des Conseils régionaux dans les palais de marbre qu’ils se sont parfois fait construire, jonglant à tours de bras avec les milliards de la République, arrosant leurs copains, inaugurant des piscines olympiques, des centres de congrès, des ronds-points, des médiathèques, des espaces culturels, tout en entretenant sur un grand pied leurs milices personnelles de fonctionnaires-rabatteurs d’électeurs. Et on a tout deviné.
La décentralisation n’a pas donné le pouvoir au peuple comme on a voulu nous le raconter, elle a recrée une pseudo aristocratie de bas étage en réinstaurant des privilèges qu’on croyait abolis. Jamais, bien sûr, ces potentats, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’accepteront de renoncer à leurs privilèges. La soupe est trop bonne et les voitures de fonction trop confortables.
Pour tenter de nous faire oublier sa totale incapacité à faire face au seul et unique vrai problème du pays –le chômage- Hollande se lance dans cette réforme territoriale dont les Français, en fait, se contrefoutent et va même jusqu’à nous raconter que ce pourrait être là un moyen de créer de l’emploi alors qu’il sait parfaitement que tout cela finira en eau de boudin.
Ne sachant rien faire d’autre, il fait du… hollandisme. C’est-à-dire qu’il hésite, qu’il recule, qu’il tergiverse, qu’il évite les points délicats, qu’il cherche à ménager la chèvre et le chou et qu’il sert, à la louche, ses copains.
Il y avait, de toute évidence, quelques choix qui s’imposaient. Il fallait, bien sûr, réunir la Loire-Atlantique et la Bretagne que Pétain avait séparés, réunir le Nord-Pas de Calais et la Picardie, agrandir l’Ile-de-France puisqu’on veut créer un Grand Paris, instaurer une grande Région Atlantique avec le Poitou-Charentes et l’Aquitaine, une Région Centre avec l’Auvergne et le Limousin, une Région Est avec l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Mais les copains du roi ne l’ont pas voulu.
Ayrault-le-Nantais ne voulait pas passer sous la coupe de Rennes, Ségolène Royal du Poitou-Charentes voulait retrouver Sapin du Centre et la Corrèze de Hollande (trois camarades de la promotion Voltaire de l’Ena), etc., etc.
Du coup, ne voulant déplaire à personne et plaire à tout le monde, Hollande a fait n’importe quoi, découpant le pays à la va-vite avec de nouvelles régions allant de la Manche aux Ardennes, de l’Atlantique au Massif central. Du grand n’importe quoi, du grand Hollande !
Heureusement, tout cela n’aura aucune conséquence, ce projet est mort-né car les barons, les comtes et les (petits) marquis qui sont le plus souvent socialistes sauront se défendre mieux qu’ils n’ont défendu leurs départements ou leurs régions.
Hollande ne gagnera pas un seul point dans les sondages et perdra sans doute quelques camarades de parti, de plus.

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