Les cérémonies du 70ème anniversaire du Débarquement ressemblent, évidemment, à une sorte de concours de beauté pour les 35 têtes couronnées et chefs d’Etat présents sur les plages de Normandie. On les observe, on les juge, on les compare. En fait, ce gigantesque sommet presque planétaire permet de faire l’inventaire des forces en présence. Bien sûr, il y a les « Grands » sur lesquels sont braqués tous les regards et les « Petits » qui font nombre. Les héritiers de Yalta, de Roosevelt, Churchill et Staline et les simples figurants. La Chine, l’Inde, le Brésil et les autres « émergeants » qui vont dominer ce XXIème siècle n’avaient pas encore leur place dans l’Histoire, il y a 70 ans.
La reine Elizabeth est, naturellement, hors concours. Malgré ses chapeaux parfois un peu ridicules, son âge et sa prestance imposent le respect et la sympathie. Même si la Grande-Bretagne a perdu l’Empire des Indes et connu bien des déboires, la seule silhouette de la souveraine rappelle que son royaume reste une grande nation, souvent hors du temps mais encore très présente.
La vraie compétition se limite, en fait, comme il y a 70 ans, au face-à-face entre l’Américain et le Russe, Obama et Poutine. Le premier commence à voir son étoile pâlir sans doute parce qu’on avait mis trop d’espoir en lui sous le simple prétexte qu’il était noir de peau. Le second effraie le monde entier, à coups de provocations et parce qu’il a repris à son compte toutes les ambitions de ses prédécesseurs du Kremlin, de Pierre-le-Grand à Staline. Mais l’homme de la Maison-Blanche demeure, jusqu’à nouvel ordre, le patron de la plus grande puissance économique, financière, militaire de la planète alors que l’ancien agent du KGB à l’économie vacillante se contente de bluffer en profitant de la traditionnelle lâcheté du « monde libre ».
L’Occident avait décidé de le mettre au ban de la société des Nations parce qu’après avoir annexé un bon morceau de la Géorgie, il avait annexé la Crimée et s’apprêtait à en faire autant de l’est de l’Ukraine. Tout cela rappelait à s’y méprendre l’affaire des Sudètes de sinistre mémoire. La Russie fut momentanément exclue du G8 qui redevint G7. Mais la France, puissance invitante, invita tout de même Poutine à venir sur les plages du Débarquement, comme si le réalisme politique conduisait à retrouver l’esprit munichois.
François Hollande espérait visiblement que ce grand « raout » international allait redorer son blason, bien pâlichon, aux yeux des Français et aux yeux du monde et qu’en tant que maitre des cérémonies il allait pouvoir réconcilier l’Américain et le Russe, convaincre le Russe de réfréner ses ambitions territoriales et expliquer à l’Américain pourquoi la France vendait malgré tout des bateaux de guerre à la Russie. Par la même occasion, il comptait demander à Obama de faire pression sur la justice américaine pour que la BNP ne soit pas aussi lourdement condamnée dans l’affaire des violations du boycott.
Prêt à manger son chapeau, comme il aime tant le faire, et comme à son habitude, à ménager toutes les susceptibilités et à faire toutes les concessions, Hollande est allé, hier soir, jusqu’à dîner deux fois de suite, une fois avec Obama, une fois avec Poutine.
L’ennui pour Hollande, c’est que le grand noir et le tsar de toutes les Russies le méprisent souverainement. L’un et l’autre l’ont envoyé paître. Obama lui a répété qu’il n’aurait jamais dû inviter le Russe à venir célébrer le Débarquement des troupes américano-britanniques, que la France ne devrait pas vendre du matériel militaire à ce dictateur expansionniste et qu’aux Etats-Unis le président n’avait pas l’habitude de faire pression sur la justice. Autant dire qu’il lui a donné une leçon particulièrement cruelle et même cinglante. Poutine, lui, s’est contenté de l’écouter distraitement. En se goinfrant deux fois de suite, le président français a sans doute pris quelques kilog de plus mais n’a rien gagné d’autre.
Hollande qui présidait ces cérémonies n’a été qu’un figurant maladroit et maltraité. Jamais aucun président français n’avait fait aussi piètre figure.

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