Notre petit théâtre politique nous offre parfois quelques surprises particulièrement cocasses.
Hier, Dominique de Villepin que tout le monde a oublié, même ceux qui avaient, un moment, voulu croire en lui, était sur le plateau de la Chaine parlementaire. Comme à son habitude, l’ancien Premier ministre a dressé un tableau épouvantable mais, hélas, réaliste, de la France d’aujourd’hui « La France, s’est-il écrié, c’est 65 millions de Français, 65 millions de mécontents ». Puis, il s’est lancé dans une analyse de notre vie politique. Selon lui « L’UMP est menacée, comme le PS, de dépérissement, de discrédit ». Là aussi, on ne peut que lui donner raison.
Depuis deux ans, l’UMP a été totalement incapable d’assumer son rôle de premier parti d’opposition, de se définir une ligne claire, de se trouver un chef. Elle n’a offert que le spectacle pitoyable de ses querelles d’égos et de ses contradictions internes sur la plupart des grands sujets. Les dernières élections européennes ont démontré que les Français ne croyaient plus en elle et les scandales qui s’abattent sur Jean-François Copé et ses amis, en éclaboussant tout le monde, n’ont rien arrangé.
Si l’UMP ne profite par du rejet dont est victime le pouvoir depuis des mois, le PS ne profite pas non plus du discrédit qui terrasse maintenant l’UMP. Pas plus que la droite qui vacille entre le centre et l’extrême-droite, la gauche ne sait plus où elle en est entre le socialisme pur et dur sur lequel elle s’est fait élire et le social-libéralisme que prône désormais, sans convaincre personne, le chef de l’Etat. Là aussi, les européennes et le succès du Front National l’ont prouvé. Bref, la France attend plus que jamais un « homme providentiel ».
On aurait pu imaginer que Villepin ait l’idée de remonter sur son cheval blanc. Mais celui qui s’était lamentablement « dégonflé » lors de la dernière présidentielle en abandonnant en rase campagne ses rares partisans et en prétextant, contre toute vraisemblance, qu’il n’avait pas réussi à recueillir les fameuses 500 signatures, préfère visiblement désormais s’adonner aux joies du business juteux avec les émirats pétroliers du Golfe.
Jouant maintenant les Cincinnatus pour ne pas dire les Jérémie, Villepin se contente de donner des mauvais points et quelques rares bons points. Et c’est là qu’il a sidéré tous ceux qui l’écoutaient hier en déclarant soudain à propos de l’UMP : « Il n’est pas possible d’attendre un an, deux ans, avant de clarifier les choses. Il faut un chef à l’UMP. Nicolas Sarkozy fait partie des très rares qui ont les capacités à rassembler la droite. Je vois Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. La première étape c’est que Nicolas Sarkozy dise s’il est, ou non, candidat ».
Quand on se souvient de la haine qui a opposé les deux hommes, pendant plus de quinze ans, depuis les affrontements entre Chiraquiens et Balladuriens jusqu’aux suites de l’affaire Clearstream, ce ralliement est stupéfiant, même si on ne doit pas oublier que c’est Villepin lui-même qui avait sorti Sarkozy de son purgatoire en 2002.
En tendant ainsi la main à celui qui voulait le pendre à un crochet de boucher, Villepin espère-t-il pouvoir retrouver un ministère en 2017 en cas de victoire de Sarkozy ? Ce serait bien naïf de sa part. En fait, il s’offre simplement le plaisir de dire tout haut ce que de plus en plus de personnalités de droite pensent aujourd’hui et qui semble être devenu une évidence.
Copé est mort, Fillon patauge, les autres -Le Maire, Bertrand, Vauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Baroin- sont trop « verts » et ne font pas le poids. Restent, en effet, Sarkozy et Juppé qui ont été, l’un et l’autre, en leur temps, les hommes les plus détestés de France. Mais les Français ont la mémoire courte, c’est bien connu. 2017 ce sera le rejet des socialistes, Hollande ou même Valls, et le refus de l’aventure avec Marine Le Pen. Le boulevard s’ouvre donc pour la grande revanche.
Comme Brice Hortefeux qui, hier aussi, déclarait au Monde : « Le retour de Nicolas Sarkozy devient une nécessité », Villepin souhaite que Sarkozy reprenne au plus tôt la présidence de l’UMP pour devenir le candidat évident à l’Elysée. On imagine cependant mal que Sarkozy prenne le risque de sortir du bois à trois ans de l’échéance pour se mettre sous le feu nourri des magistrats. Il préférera sans doute attendre son heure, dans deux ans, quand la droite comme la gauche seront vraiment en totale déliquescence.
Il n’empêche que voir aujourd’hui Villepin devenu sarkoziste révèle tout de même à quel point la droite est en mauvais état.

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