C’est à la fois historique, merveilleux et, hélas, parfaitement dérisoire. Ce soir, à l’invitation du Pape François, les frères ennemis du Proche-Orient, l’Israélien Shimon Pérès et le Palestinien Mahmoud Abbas, se retrouvent au Vatican pour prier (chacun de leur côté).
Cette rencontre des trois monothéismes est évidemment une grande première et a quelque chose d’inespérée. Cela fait près de 70 ans que Juifs et Arabes s’entretuent sur et pour ce « lopin » de terre qu’on appelle « la Terre Sainte » qu’ils revendiquent les uns et les autres au nom de droits historiques. Les Palestiniens sont chez eux en Palestine depuis au moins deux millénaires, les Juifs étaient chez eux en Israël au temps du Temple de Jérusalem et le sont de nouveau depuis 1948. Une terre pour deux peuples. C’est, sans doute, un peuple de trop.
Théodor Herzl en inventant le sionisme, à Bâle, en 1897, Lord Balfour en faisant sa fameuse déclaration en 1917 et la communauté internationale en créant (avec un plan de partage) l’Etat juif, en mai 1948, avaient oublié qu’il y avait des Palestiniens en Palestine et que cette communauté musulmane et chrétienne avait toujours été l’une des plus brillantes de toute la région sur le plan économique et culturel. Ils voulaient « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre ». Ils avaient oublié qu’il y avait déjà un peuple sur cette terre, les Palestiniens.
En offrant, en pleine guerre de 14, des droits aux Juifs sur la Palestine, Arthur Balfour voulait, dans sa lettre au baron Lionel Walter de Rothschild, séduire les Juifs du monde entier et s’en prendre à l’empire ottoman. En créant, à l’Onu, l’Etat d’Israël en 1948 la communauté internationale voulait se faire pardonner d’avoir laissé les Juifs d’Europe être massacrés par les Nazis dans le pire des génocides de l’Histoire. Ce furent les Palestiniens qui eurent à payer les erreurs et les crimes européens.
Depuis, et de guerre en guerre, les Palestiniens ne sont plus que des réfugiés sur leur propre terre, des « sous-hommes », et dans les pays voisins, vivant de la charité internationale dans des camps « provisoires » et dans des conditions épouvantables. Les « Fils d’Abraham » sont devenus des ennemis irréductibles et leur conflit empoisonne toute cette région triplement sacrée où vécurent Moïse, Jésus et Mahomet et qui, de plus,… regorge de pétrole.
Israël survit et triomphe grâce à l’aide inconditionnelle des Etats-Unis où tous les gouvernements sont tenus par la très importante communauté juive américaine. Les Palestiniens, eux, ont finalement été trahis ou du moins abandonnés par tous les régimes arabes « frères » des alentours. Et pourtant tout le monde, ou presque, sait parfaitement que cette situation est intenable et qu’il faudra bien qu’un jour ou l’autre Arabes et Juifs se retrouvent « fraternellement » pour former un ou deux états où chacun enrichira l’autre par sa culture, son élite et sa main d’œuvre.
Le temps et les générations passant, les Israéliens ne sont plus des Européens venus des ghettos lointains et survivants du massacre mais des Proches-orientaux nés sous le soleil biblique et de plus en plus souvent convaincus que l’avenir de leur pays ne consiste plus à gagner une guerre tous les vingt ans pour ne pas être jetés à la mer. En même temps et depuis le voyage d’Anouar Sadate en Israël, en novembre 1977, la communauté arabe, Palestiniens compris, a fini par admettre, tant bien que mal et plus ou moins, l’existence d’Israël.
Mais « la peur de l’autre » continue à attiser les haines et à renforcer les extrémistes. Les faucons israéliens dominent toujours la politique de Jérusalem et bloquent systématiquement toutes les tentatives de paix, et l’affaire palestinienne est en grande partie responsable de la radicalisation des islamistes. Elle en est du moins le meilleur des prétextes.
Le pape sait que les bellicistes sont toujours plus forts de les pacifistes. Il marche sur des œufs et le Vatican a bien précisé que les trois hommes n’allaient pas « prier ensemble » mais qu’« ils se retrouvaient pour prier ». La nuance est d’importance. Les trois hommes ne vont pas prier le même Dieu.
L’ennui c’est que le pape s’est trompé d’interlocuteurs. Abbas est un modéré mais il est en permanence menacé par les extrémistes du Hamas. Pérès qui partagea le Prix Nobel de la Paix en 1994 avec Rabin et Arafat est, lui aussi, un modéré mais il n’est plus « que » le président d’Israël et c’est Benyamin Netanyahou, le premier ministre, qui, à Jérusalem, a le pouvoir et qui, lui, est un dur.
Or l’histoire prouve que ce ne sont jamais les pacifistes qui font la paix. Ce sont Anouar Sadate (qui y laissa la vie) et Menahem Beghin qui firent les premiers pas. Tous deux étaient des « durs ».
Reste que cette triple prière est belle.

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