Les spécialistes du ballon rond nous disent que l’équipe de France de football a relativement peu de chances d’aller jusqu’à la finale de la coupe du monde et que l’équipe d’Algérie, elle, n’a aucune chance d’y parvenir.
On ne peut que s’en réjouir. Car, quand on a vu, hier soir et jusque très tard dans la nuit, les manifestations de joie des Algériens sur les Champs Elysées, dans le XVIIIème arrondissement et dans certaines villes de province après la victoire, parait-il, inespérée et ,dit-on, « historique » de leur équipe, on ne peut qu’imaginer avec effroi ce que donnerait une finale opposant la France et l’Algérie à Rio. Surtout si c’était l’équipe de Deschamps qui l’emportait et, a fortiori, s’il y avait eu un but, un pénalty ou une expulsion contestable.
Avouons-le, quitte à prendre le risque de se faire traiter de xénophobe, le spectacle de cette foule (étrangère) déchainée, hurlant sa joie, brandissant le drapeau algérien avec ces femmes poussant leurs youyous sur « la plus belle avenue du monde » avait, cette nuit, quelque chose d’un peu choquant et de franchement déplaisant.
D’abord, parce que, et quelle que puisse être la sympathie qu’on puisse éprouver pour nos « amis » algériens de France, ces gens ne sont tout de même pas « chez eux, chez nous ». Ensuite, parce qu’il faut avoir l’honnêteté de le dire, tout n’a pas encore été réglé entre nos deux pays et que le gouvernement de Bouteflika ne fait rien –c’est le moins qu’on puisse dire- pour faire oublier aux Français que le drapeau algérien est encore celui du FLN. Enfin, parce que ces débordements sont évidemment excessifs, même s’ils sont plutôt bons-enfants (malgré les 74 interpellations auxquelles les forces de l’ordre ont dû procéder). Tout « historique » qu’il ait été, il ne s’agissait tout de même que d’un match de football.
Il serait, sans doute, temps de se demander si notre système n’a pas totalement dévoyé le sport et notamment le football. Pour justifier et faire encore mieux fructifier les milliards qui y sont investis, on a fait oublier à tous les gogos de la planète que ces matchs n’étaient que des spectacles, des jeux, des distractions au cours desquels 22 joueurs professionnels surpayés, gladiateurs des temps modernes, tapaient avec talent dans un ballon rond, ce qui est, évidemment, plus difficile qu’il n’y parait mais n’a strictement rien à voir avec des conflits internationaux mettant en jeu les équilibres planétaires.
On nous dit que, lundi prochain, « la France affrontera le Nigéria » avant que, quatre heures plus tard, « l’Algérie n’affronte l’Allemagne ». Or, ce ne seront ni la France, ni le Nigéria, ni l’Algérie, ni l’Allemagne qui seront en cause mais simplement leurs équipes de football respectives et il ne s’agira pas d’« affrontements » mais de matchs de football. Que ces compétitions médiatisées à outrance éveillent un petit chauvinisme de bon aloi est parfaitement compréhensible, qu’elles déchainent un nationalisme exacerbé est absurde et dangereux.
Lors de la victoire de l’équipe de France en 1998 qui avait provoqué une folle soirée de liesse sur ces mêmes Champs Elysées, certains nous avaient affirmé que ces footballeurs « blacks-blancs-beurs » avaient balayé à tout jamais le racisme en France. La suite des événements n’a pas confirmé ce pronostic.
Cela dit, on en revient toujours à la vieille histoire « du pain et des jeux ». Pour tous les gouvernements de la planète, ce mondial est inespéré. Grâce à ces 8èmes de finale de lundi prochain, bien des Français ne se sont pas aperçus que nous venions de dépasser le cap officiel des 5 millions de chômeurs et les Nigérians ont oublié, un instant, que leur pays sombrait davantage encore dans l’horreur du terrorisme des extrémistes islamistes.
Comme disent les amateurs, « le football, c’est que du bonheur »… pour nos dirigeants.

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