Décidément, en France, il vaut mieux ne pas être vieux, incurable ou dans le coma. Hier, le Conseil d’Etat autorisait les médecins de Reims à expédier dans l’au-delà le malheureux Vincent Lambert. Ce matin, la Cour d’Assises de Pau a acquitté, avec les félicitations du jury et sous les applaudissements de la foule, le docteur Nicolas Bonnemaison, un champion de la spécialité, approchant même du record de son confrère le célèbre docteur Petiot, puisqu’il a assassiné, dans son service d’urgences de l’hôpital de Bayonne et sans rien demander à personne, sept de ses malades qu’il jugeait incurables.
Il n’y a pas si longtemps on aurait considéré Bonnemaison comme un horrible sérial killer et d’ailleurs, aujourd’hui encore, d’après le Code pénal, il était passible de la réclusion criminelle à perpétuité. La Cour d’assises de Pau a préféré l’acquitter !
Autrefois, les médecins devaient « soulager » les souffrances de leurs malades, aujourd’hui ils sont priés d’« abréger » ces souffrances et, par la même occasion, d’abréger la vie même de leurs malades devenus encombrants.
Très curieusement, au cours de ce procès interminable, personne, pas un avocat des parties civiles, pas un expert, pas un membre du jury, pas un magistrat n’a osé poser la seule question qui s’imposait : Bonnemaison n’était-il pas tout simplement un fou furieux, à mi-chemin entre Dracula et le monstre de Frankenstein, un assassin multirécidiviste en blouse blanche qui, la nuit venue, seul dans la chambre de ses malades, leur avait, par plaisir, par jeu, par folie, administré la piqure fatale ?
Non, tout le monde a préféré écouter sa défense, l’entendre plaider sa « bonne foi » et personne n’a sursauté quand, dans la péroraison de sa plaidoirie, il s’est écrié : « Cela fait partie du devoir du médecin d’accompagner ses patients jusqu’au bout du bout ». Accompagner les patients jusqu’au bout, oui, mais pas donner le petit coup de pouce criminel qui précipite le bout du bout et le malade à tout jamais dans le néant.
L’avocat général qui ignore visiblement le Code pénal et même le Code d’Hammourabi, avait requis 5 ans d’emprisonnement… avec sursis, estimant que « l’accusé avait agi de manière sincère ». On ne voit vraiment pas en quoi « la sincérité de l’accusé » pouvait être considérée comme une circonstance atténuante pour ces sept crimes. La sincérité des criminels n’est pas un alibi.
Le plus étonnant est que toute la journée tous les commentateurs, à la télévision comme à la radio, nous ont affirmé que ce verdict allait obliger le pouvoir législatif à réviser la fameuse loi Léonetti et qu’on apprenait d’ailleurs que le dit Léonetti était prié de revoir la copie de sa loi pour la mettre en conformité avec les exigences de la foule. Le pauvre Léonetti va donc devoir supprimer les quelques garde-fou qu’il avait prévus dans son texte initial. Hollande nous l’avait d’ailleurs promis…
On peut imaginer qu’avec cette nouvelle mouture qu’on appellera sans doute la loi Léonetti-Bonnemaison, on pourra achever d’une petite piqure bien placée un malade incurable sans qu’il soit « en fin de vie », sans qu’il soit « victime de souffrances insupportables », sans qu’il ait jamais « exprimé son souhait d’être euthanasié », sans « l’accord de sa famille » et sans même qu’« un collège de médecins se soit réuni ». Cela s’appellera l’assassinat sans ordonnance, au bon plaisir du premier venu.
Dans notre pays, en ce moment, on n’arrête pas le progrès. Les riches fuyaient déjà la France, on peut penser que les grands malades vont maintenant essayer d’en faire autant. Et d’autant plus qu’il parait que le Conseil de l’Ordre des médecins va devoir redonner au « bon docteur » Bonnemaison l’autorisation d’exercer la médecine. On aimerait savoir dans quel hôpital ce tueur en série va reprendre ses activités, pour aller ailleurs…

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