François Hollande vient de nommer Jacques Toubon, 72 ans, Défenseur des Droits pour remplacer Dominique Baudis, décédé il y a quelques semaines. La chose ne va pas révolutionner la planète ni sauver la France mais elle amuse notre petit Landerneau politique et permet de sortir, un instant, de l’ombre ce fromage de la République.
Toubon est un brave type. Fidèle inconditionnel de Chirac, il a été, il y a très longtemps, un patron éphémère du RPR, un ministre de la Culture un peu analphabète et un garde des Sceaux inodore et incolore, le tout sans jamais faire, bien sûr, la moindre étincelle. A la Culture, il avait voulu interdire l’usage des anglicismes ce qui était ce qu’on appelle « une fausse-bonne idée ». Il avait abandonné la politique en 2001 et tout le monde l’avait complètement oublié.
Pourquoi Hollande le ressort-il soudain de la naphtaline ?
Les experts sont partagés. Les plus audacieux voient dans cette nomination inattendue l’amorce d’une ouverture politique. Complètement lâché par sa gauche, le locataire de l’Elysée, nouvel adepte de la social-démocratie, se mettrait à faire des sourires appuyés vers le centre et même les gaullistes. Il sait qu’il ne pourra pas tenir encore trois ans avec sa majorité qu’ont déjà désertée les communistes, les amis de Mélenchon et les Verts et dans laquelle une bonne centaine de socialistes commence à ruer très sérieusement dans les brancards.
Il a compris aussi qu’au centre et même à l’UMP il y en a un certain nombre qui ne savent plus où ils en sont ni même à quelle branche se raccrocher. Il rêve donc, peut-être, de récupérer quelques orphelins, quelques éclopés, quelques demi-soldes qui pourraient lui servir de rustines pour colmater les brèches.
Mais on imagine mal que le vieux Toubon puisse entrainer derrière lui une cascade de ralliements. Il n’a jamais rien pesé chez les gaullistes du RPR. Et la plupart des membres de l’UMP ignore jusqu’à son nom.
D’autres observateurs font remarquer que ce poste « prestigieux » de Défenseur des Droits n’a jamais eu la moindre importance dans la République. C’est, au choix, un fromage dégoulinant de petits avantages ou un placard doré, comme notre pays sait, malheureusement, si bien en inventer.
Inscrit dans la Constitution en 2008 et instauré dans les faits en 2011, ce poste bidon de Défenseur des Droits regroupe quatre postes tout aussi bidon qui ont disparu : le Médiateur de la République, le Défenseur des enfants, la HALD, c’est-à-dire la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, et la CNDS, c’est-à-dire la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité. On n’a jamais su à quoi avaient bien pu servir ces quatre « trucs », ni même combien ils nous coûtaient.
On ne sait d’ailleurs pas combien nous coûte le Défenseur des Droits mais on sait qu’il est, naturellement, entouré d’une ribambelle de collaborateurs, de vice-présidents, qu’il préside trois collèges pléthoriques et même qu’il y a des délégués, avec adjoints, bureaux et secrétariats dans tous nos départements. Une armée mexicaine avec planqués, ronds-de-cuir et voitures de fonction.
Tout cela pour nous garantir nos Droits « naturels et imprescriptibles » et qui sont, rappelons-le, selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, reprise en prologue de notre Constitution, « La Liberté, la Propriété, la Sûreté et la Résistance à l’oppression ». Autant de droits que nos hommes politiques, de droite ou de gauche, et l’administration éternelle piétinent avec application depuis des lustres.
Nommer le brave Toubon à la tête de ce « machin » c’est, peut-être, tenter une vague ouverture politique mais c’est surtout être sûr que le citoyen mécontent continuera à être envoyé de bureau en bureau… pour ne pas obtenir gain de cause. Ubu et Kafka sont toujours au pouvoir.

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