Ce qu’il faut bien comprendre aujourd’hui et que nos dirigeants s’entêtent à ne pas vouloir admettre c’est que, depuis la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, les oubliés du progrès, les miséreux des bidonvilles, les révoltés de tous pays, les « damnés de la terre », tous ceux qui, de par la planète, s’estiment, souvent à juste titre, victimes du monde moderne ne rejoignent plus la gauche ou l’extrême-gauche qui n’existent plus et ne croient plus en la démocratie qui s’est trop longtemps et trop souvent compromise avec les pouvoirs qui les oppriment. Ils se sont réfugiés et engagés ailleurs.
On ne sait pas finalement si Malraux a bien déclaré : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas » puisque les meilleurs experts n’ont retrouvé cette fameuse phrase ni dans les œuvres complètes de l’auteur de « L’espoir » ni même dans sa correspondance. Mais, apocryphe ou pas, cette phrase était étonnamment prémonitoire.
Ce XXIème siècle ne fait que commencer et déjà le monde musulman bascule dans l’Islamisme radical alors que l’Inde « la plus grande démocratie du monde », le pays de Gandhi qu’on pensait –à tort- être celui de la non-violence, bascule, lui, dans l’Hindouisme pur et dur.
Au moment où nous découvrons un nouveau Ben Laden, Abou Bakr al Baghdadi qui vole de victoire en victoire en descendant le Tigre, les Indiens viennent de se donner un gouvernement d’extrémistes hindous avec, à sa tête, Narendra Modi, le chef du Bharatiya Janata Party, qui veut, au nom de la purification religieuse, chasser les 140 millions de Musulmans qui vivent encore en Inde.
Les Français ne se sont jamais intéressés à l’Inde. Ils ont eu tort. On nous parle souvent des performances économiques de l’Inde mais on oublie de nous dire l’essentiel : ce pays d’un milliard et demi d’habitants vient de faire un gigantesque saut en arrière de quelques siècles, de retrouver tous ses Dieux et de se lancer dans la chasse aux Musulmans et sans doute bientôt aux Bouddhistes et aux Sikhs.
Si on fait une rapide addition, on s’aperçoit donc qu’avec les Musulmans et les Hindous deux à trois milliards d’habitants de notre planète sont en train de retrouver… la foi et la pire de toutes, celle qui consiste à partir en croisade pour chasser, éliminer, trucider l’autre, l’infidèle quel qu’il soit.
L’Inde est bien loin de nous mais l’Islam, lui, est à nos portes, quand ce n’est pas dans nos banlieues. Il serait donc grand temps d’ouvrir les yeux car tout est plus compliqué qu’il n’y parait et la phrase attribuée à Malraux est exacte mais un peu rapide.
Après « le Printemps arabe » qui s’est traduit par un triomphe (parfois momentané) des Islamistes en Tunisie, en Libye et en Egypte (alors que nos dirigeants nous affirmaient qu’il s’agissait d’un triomphe de la démocratie !) ce qui se passe, depuis des mois, en Syrie et, depuis quelques jours, en Irak prouve une évidence que ces mêmes dirigeants occidentaux ne veulent toujours pas reconnaitre.
Ces hordes de plus en plus nombreuses qu’on découvre soudain du Mali aux bords du Tigre et qui sortent d’un peu partout n’ont pas été brusquement touchées par la foi en lisant sagement le Coran, à l’ombre des minarets, et en écoutant les messages d’amour du Prophète que leur auraient expliqués de vieux sages assis au fond des mosquées. Pas plus d’ailleurs que les amis de Modi qui brûlent les mosquées du Gudjurat n’ont été bénis par Vishnou.
Non. Allah et son Prophète comme le million de divinités hindoues ne sont que des prétextes, des alibis, des étiquettes. Ces « damnés de la terre » des banlieues de Tunis, du Caire, de Bombay ou de Calcutta veulent, en brandissant leur foi retrouvée,… tout « foutre en l’air », faire sauter notre monde tel qu’il est, dominé sans partage par l’Occident avec ses dollars, ses armes, son industrie, sa culture. Ils veulent se venger de quelques siècles de soumission, raser nos églises, nos écoles, nos musées, nos bibliothèques, nos banques ; nous faire rendre gorge, détruire notre vieille civilisation et nous imposer leur loi.
Ce n’est pas la foi dans leurs dieux respectifs qui les anime mais la haine contre nous et tout ce que nous pouvons représenter.
Pendant tout le XXème siècle, les « damnés de la terre » qu’ils fussent musulmans ou hindous, agitèrent le drapeau rouge du marxisme, vénérèrent Marx et Lénine, en lisant le Capital et en regardant vers Moscou avec le seul espoir de changer la face du monde. Cela n’a pas marché. Le XXIème voit ces mêmes « damnés de la terre » agiter le drapeau vert de l’Islam ou l’étendard safran au Svastika, vénérer Allah et son Prophète ou Rama et Ganesh, lire le Coran ou les Védas en regardant vers La Mecque ou vers Bénarès, avec toujours le même espoir : nous abattre, nous détruire.
Leur combat est moins une guerre sainte pour faire triompher l’Islam ou l’Hindouisme qu’une guerre à mort contre l’Occident, qu’une insurrection planétaire des « damnés de la terre » contre un ordre, un monde que nous avons établi tant bien que mal, avec nos idées un peu préconçues sur le progrès, la liberté, la démocratie.
Observer avec détachement, comme le font nos capitales, la victoire du BJP de Narendra Modi contre le parti du Congrès de la dynastie des Nehru-Gandhi ou les combats des Islamistes sunnites de l’EIIL (l’Etat Islamique en Irak et au Levant) de Abou Bakr al Baghdadi contre les Chiites installés au pouvoir à Bagdad par les Américains est absurde. En fait, à Delhi comme à Mossoul, on assiste au début de l’insurrection générale des « damnés de la terre » contre l’Occident, contre nous.
Le XXIème siècle sera sans doute religieux mais il sera surtout celui de la guerre contre l’Occident. Il ne semble pas que nos dirigeants en aient conscience…

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