Manuel Valls, la mine déconfite, affirme que nous venons d’assister à « un séisme » et il a l’air surpris. Il semble étonné que le Front National ait obtenu 25% des voix lors de ces élections européennes, loin devant l’UMP, 20%, et encore plus loin devant le PS, 14%. Le tout nouveau Premier ministre n’a donc rien compris.
Il n’a pas compris que les Français en avaient plus qu’assez de l’Europe et de ses technocrates, de François Hollande et de sa politique aussi désastreuse qu’incohérente et même de Jean-François Copé, désormais empêtré dans ses magouilles politico-financières.
Or, nos compatriotes avaient, pour une fois, l’occasion de pouvoir crier, par un seul bulletin de vote, leur dégout de Bruxelles, du PS et de l’UMP. Il était évident qu’ils n’allaient pas s’en priver.
Valls a, sans doute, oublié que les Français avaient, par un référendum clair et net, rejeté la pseudo constitution européenne qu’on voulait leur imposer (et que Sarkozy, bafouant toutes les règles de la démocratie, a fini par leur imposer). Cela fait très longtemps que nos compatriotes ne croient plus que l’Europe soit une chance pour eux. Ils avaient espéré que l’Europe à Six ou à Douze pourrait créer une zone de paix et de prospérité. Ils ont vu que l’Europe à Vingt-huit ( !) n’était, évidemment, qu’un souk innommable au milieu duquel l’Allemagne, toute puissante, pouvait faire la loi. Ils n’en veulent plus.
Mais ce scrutin d’aujourd’hui était aussi pour les Français une chance de dire le mépris que leur inspirent les partis dits « de gouvernement », le PS et l’UMP, qui, depuis des décennies, conduisent, alternativement, le pays à la ruine.
Du coup, il n’est pas surprenant qu’un électeur sur quatre ait choisi de voter pour le parti de Marine Le Pen qui a toujours fustigé et l’Europe et l’UMPS.
Dès demain matin, nos bons esprits vont, bien sûr, hurler au « danger fasciste » et nous affirmer que la France vient de se déshonorer à la face du monde. Ils l’avaient déjà proclamé en 2002 quand le père de Marine était arrivé en deuxième position au premier tour de la présidentielle, en éliminant Jospin.
Il faut savoir rester lucide. Jean-Marie Le Pen n’avait strictement aucune chance, au lendemain du 21 avril, de l’emporter. Le triomphe de sa fille aujourd’hui n’aura guère plus de conséquences et ne fera, en tous les cas, pas basculer la France dans l’enfer d’une dictature.
Hollande fera la sourde oreille, ne prononcera pas la dissolution de l’Assemblée et ne changera même pas de politique. D’ailleurs, pour lui, le résultat d’aujourd’hui est plutôt une bonne nouvelle. Il laisse de plus en plus entrevoir la présence de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2017. Certes, les 14% du PS sont inquiétants pour lui. Mais pour peu que l’UMP continue à sombrer dans ses querelles internes et à patauger dans ses scandales, on peut imaginer un second tour opposant Hollande à Marine Le Pen, seule chance pour le président sortant d’être réélu. A moins, bien sûr, que Sarkozy ne redescende dans l’arène ce qui est pour le moins probable.
Le « drame » d’aujourd’hui n’est pas ce score historique remporté par le FN. Le « drame » d’aujourd’hui est que nos dirigeants, au pouvoir ou dans l’opposition, ne comprendront toujours pas la rage des Français. Ou, en tous les cas, ne voudront toujours pas la comprendre.

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