Personne ne s’apitoiera sur le sort de Jean-François Copé. Certains qui n’ont pas oublié la fameuse photo où on le voit bras dessus bras dessous avec Ziad Takiéddine devant la piscine de ce milliardaire douteux et trafiquant d’armes le considèrent comme un abominable voyou. Pour d’autres qui se souviennent des péripéties de l’élection du président de l’UMP, il n’est qu’un vulgaire tricheur prêt aux pires magouilles pour assouvir sa soif de pouvoir.
Rares sont ceux, même parmi ses séides les plus reconnaissants, qui pourraient expliquer ce qu’est le « copésime » (si ce n’est une course effrénée vers l’Elysée) ou présenter un bilan de ce que cet ambitieux aux dents longues et aux oreilles pointues a pu faire, jadis, comme membre du gouvernement, ou, depuis quelques mois, comme président autoproclamé de l’UMP.
Copé est la caricature de cette classe de politicards les plus contestables et qui font tant de mal au pays depuis des décennies. Enarque et donc technocrate jusqu’à la moelle, il a zigzagué sur son youyou personnel au milieu des tempêtes, ralliant au gré des sondages telle ou telle équipe avant de la trahir sans pudeur au moindre revers de fortune, tout en devenant avocat d’affaires (souvent louches) et fréquentant la faune interlope des grandes fortunes de la jet société véreuse. Le pouvoir à tout prix et l’argent à n’importe quel prix.
Cela dit –mais qu’il fallait dire- son « exécution » ce matin pose tout de même un certain nombre de problèmes. Officiellement, ses « compagnons » (comme on dit encore à l’UMP) l’ont « flingué » à cause de l’affaire Bygmalion. Et il est évident qu’il n’est pas blanc-bleu dans cette histoire.
D’abord, parce qu’en tant que patron de l’UMP, il a signé avec cette société, créée par deux de ses copains-complices, des contrats particulièrement juteux –et d’autant plus qu’ils étaient surfacturés- pour des manifestations fantômes du parti. Où est passé cet argent volé à l’UMP ?
Ensuite, parce que personne ne peut croire son directeur de cabinet et homme lige quand celui-ci affirme que Copé ignorait totalement que certaines des fausses factures de Bygmalion payées par l’UMP permettaient de dissimuler des factures de la campagne de Sarkozy pour éviter que le président sortant-candidat ne dépasse dans ses comptes les sommes prévues par la loi. Vu le montant des sommes en question, il est évident que Copé ne pouvait pas ne pas savoir et vraisemblable que Sarkozy était mis au moins au courant.
L’enquête policière nous donnera sans doute des détails sur toutes ces malversations.
Mais cette affaire Bygmalion n’a été que la goutte d’eau. Pour tous les barons de l’UMP (qui n’ont jamais été très regardants pour les questions financières), Copé n’était qu’un usurpateur et sa médiocrité conduisait l’UMP dans une impasse.
L’UMP est une auberge espagnole. On y trouve des gaullistes, des centristes, de démocrates-chrétiens, des radicaux. C’est sa force et sa faiblesse. Sa force parce qu’elle peut rassembler un électorat relativement considérable. Sa faiblesse parce que, sans un chef à la hauteur, elle n’a pas de ligne politique précise et part dans tous les sens. Copé qui n’a aucune idéologie personnelle se contentait de courir, un petit pain au chocolat à la main, derrière le Front National, oubliant que « les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie », selon le mot de Jean-Marie Le Pen lui-même.
Cette dérive droitière de l’UMP (entamée d’ailleurs par Sarkozy en personne) a banalisé et donc légitimé et renforcé le discours du Front National, poussé certains militants UMP vers le parti de Marine Le Pen et fait fuir, le plus souvent vers l’abstention, des bataillons entiers d’électeurs de l’UMP, gaullistes, centristes, radicaux ou démocrates-chrétiens.
Aujourd’hui, c’est, évidemment, la grande revanche de Fillon qui va, avec Juppé et Raffarin, assurer la direction du parti jusqu’en octobre quand un congrès extraordinaire permettra aux militants de se choisir un nouveau président et, surtout, de définir enfin une vraie ligne politique du parti.
Certains auraient sans doute préféré de cet intérim soit assuré par de nouvelles figures. Ces trois vieux sages qu’on ressort des placards ayant, bien sûr, un petit côté anciens combattants. Mais ces trois anciens Premiers ministres (qui n’avaient pas fait des merveilles en leur temps) ont un avantage : ils pensent tous les trois que la droite traditionnelle et « de bon ton » ne peut s’en sortir qu’en faisant alliance avec le centre et non pas en courant derrière l’extrême droite. Et il est vrai que si l’UMP était allée à ces européennes avec le MoDem et l’UDI, cette droite-là aurait obtenu plus de 30% des voix et serait arrivée largement en tête.
Débarrassée de Copé, l’auberge espagnole va donc effectuer un virage vers le centre et se retrouver telle qu’elle était quand Chirac et Juppé l’avaient portée sur les fonds baptismaux en 2002.
Les trois lascars dont deux au moins rêvent de l’Elysée, ce qui ne va pas faciliter les choses, ont quatre mois pour tracer –enfin- une vraie ligne politique et pour choisir celui que les militants éliront comme patron du parti et vraisemblable candidat à la présidentielle de 2017.
Recréer un grand centre-droit au milieu de ce champ de ruines –c’est-à-dire faire revenir au bercail ceux qui sont partis chez Marine Le Pen tout en récupérant les orphelins de Borloo et les déçus de la gauche- ne va pas être facile…

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