C’est la première fois dans l’histoire de la Vème République que nos deux grands partis de gouvernement, la droite et la gauche, l’UMP et le PS, se retrouvent ensemble, en même temps, à terre, anéantis, au bord de l’implosion et qu’on peut se demander s’ils ne vont pas purement et simplement disparaitre au cours de l’été.
Depuis quelques jours, on ne nous parle que des malheurs de l’UMP. La défaite aux européennes et plus encore le scandale de l’affaire Bygmalion ont fait éclater au très grand jour la crise épouvantable qui couvait depuis la défaite de la présidentielle et la bataille de chiffonniers qui avait marqué l’élection à la présidence du parti. Une moitié des militants et la majorité des dirigeants voulaient la tête de Jean-François Copé qui s’était autoproclamé président du mouvement et qui avait instauré une gouvernance par trop autoritaire au parti.
Mais au-delà de ces querelles d’hommes, l’UMP est, en vérité, confrontée depuis des mois, pour ne pas dire des années, à un problème infiniment plus grave. Elle ne sait plus qui elle est, où elle se trouve sur l’échiquier politique, quelle est son idéologie, sa ligne politique, sa raison d’être.
En fait, c’est pour elle une tare de naissance puisqu’en la créant, en 2002, Chirac et Juppé avaient, pour faire nombre, préparé une bien curieuse ratatouille en mettant dans la même casserole des carottes gaullistes, des pommes de terre centristes, des salsifis radicaux et des topinambours démocrates-chrétiens, autant de braves gens qui s’étaient, de tout temps, détestés et combattus, ne se retrouvant parfois que sous l’autorité d’un chef qui s’imposait et conduisait tout le monde tambours battants vers la victoire.
Ce n’était d’ailleurs pas nouveau. Par le passé, de Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac avaient déjà réussi à mitonner de pareilles ragougnasses en rassemblant plus ou moins toutes ces troupes disparates mais indispensables pour remporter une élection.
Il n’y a aucun doute que Sarkozy a détruit cette fiction d’une « droite unie ». D’abord, dès le lendemain de sa victoire en 2007, en faisant entrer dans son gouvernement des socialistes au nom de « l’ouverture » ; ensuite, en zigzaguant, tout au cours de son quinquennat et au gré des sondages ou des défaites électorales, du centre à l’extrême-droite. Au soir de sa défaite de 2012, il laissait une UMP exsangue mais surtout totalement déboussolée.
Copé en jouant à fond « la droite décomplexée » mais sans en préciser ni les contours ni les fondements autrement que par des coups de menton souvent maladroits, n’avait en tête que de se lancer dans une compétition avec le Front National. C’était évidemment un peu court pour redonner « une âme », une ligne, une cohésion à cette droite hétéroclite.
Ses ennemis, victorieux aujourd’hui, Fillon, Juppé, Raffarin en tête, sont convaincus que, comme le disait Pompidou, « une présidentielle se gagne toujours au centre ». Ils veulent donc abandonner la compétition avec l’extrême droite en ignorant superbement le FN (25% des voix) pour faire alliance avec les centristes (9,8% des voix). Ce serait retrouver les schémas d’antan.
Ils n’ont pas compris que tout avait changé. Le centre n’existe plus depuis belle lurette et le pauvre Bayrou n’a pas les bataillons que pouvaient réunir un Lecanuet ou un Giscard. L’extrême-droite n’est plus marginale puisque le FN est devenu « le premier parti de France ». Et, au sein même de l’UMP, les mots « gaulliste », « radical », démocrate-chrétien » sont désormais totalement obsolètes.
Juppé et ses compères, les trois consuls du triumvirat provisoire, font des calculs d’apothicaire comme on en faisait sous la IVème, additionnant 20% + 10% pour obtenir… 51%. Ils sont ridicules.
Ce que l’UMP doit faire si elle veut avoir une petite chance de survivre au tsunami qui la terrasse, c’est se regarder dans une glace, se demander qui elle est et décider qui elle veut être, avec une ligne précise, une idéologie structurée qui définirait très précisément ce qu’est la vraie droite française aujourd’hui, face à la crise politique, économique, sociale, morale qui tétanise le pays, face à l’Europe, à la mondialisation et à la « droitisation » générale de tous les peuples européens que viennent de démontrer ces élections européennes.
On aimerait voir ce sursaut, ce réveil, cette renaissance. Hélas, Juppé, droit dans ses bottes mais mou des genoux, fut le Premier ministre le plus détesté de France et sans doute le plus maladroit, Raffarin qui ne rêve que de la présidence du Sénat, le plus insignifiant et Fillon celui qui avala sans piper le plus grand nombre de couleuvres. On les imagine mal avoir l’envergure et l’intelligence nécessaires pour créer un nouveau… Rassemblement du Peuple Français.
Mais –et même si ce n’est pas une consolation- cela ne va pas mieux du côté du PS. Ils ont tous les pouvoirs et… ils n’existent plus.
Hollande est totalement discrédité, décrédibilisé et se ridiculise quand il nous raconte qu’il va imposer à l’Europe, et notamment à Angela Merkel, un changement de cap. Le « nouveau » gouvernement pédale déjà dans la paëlla, avec un Premier ministre qui se prend pour le président mais dont la seule ambition se limite maintenant à réduire un peu notre mille-feuille administratif. Quant au groupe parlementaire et au parti lui-même, ils sont, eux aussi, au bord de l’implosion, voire de l’explosion. Eux non plus ne savent plus qui ils sont. Eux qui ont été élus en évoquant Jaurès et Blum, se demandent s’ils sont devenus des socio-démocrates, des socio-libéraux ou carrément des libéraux et ne savent plus ce que cela veut dire que d’être socialiste.
Un bon tiers de ces députés socialistes commencent à ruer dans les brancards, refusant la politique d’austérité que leur impose, contre toute attente, Hollande et ne croyant plus en toutes les usines à gaz qu’il a montées pour lutter contre le chômage et relancer la croissance.
Bref, la droite et la gauche ne savent plus qui elles sont et s’affolent devant la montée du FN qui, lui, sait ce qu’il veut et qui il est.
Quelques « experts » nous disent que l’UMP et le PS ont perdu la tête devant la montée triomphale du FN. C’est absurde. Car c’est précisément parce que l’UMP et le PS avaient perdu la tête que le FN a pu devenir le premier parti de France.
Les semaines qui viennent vont être décisives. A droite comme à gauche.

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