Demain, cela fera deux ans jour pour jour que François Hollande « règne » sur le pays. Les guillemets s’imposent, bien sûr. Personne n’aura l’idée de fêter cet anniversaire. Ni gâteau, ni champagne. Mais chacun y va de son petit bilan qui se résume, en fait, à deux chiffres. Jamais le chômage n’avait atteint un niveau aussi catastrophique. Jamais un président n’avait été rejeté avec une telle violence dans tous les sondages.
Et maintenant le chef de l’Etat et ses amis ne peuvent plus nous raconter que tout est de la faute de Nicolas Sarkozy. En deux ans, ce président qui avait tous les pouvoirs, l’Elysée, Matignon, l’Assemblée, le Sénat, les régions, les départements, avait tout le temps nécessaire pour entreprendre toutes les grandes réformes qui s’imposent depuis des années, la réforme fiscale, la réforme du code du travail, la réforme de notre mille-feuille administratif, la réforme de notre système de protection sociale, la réforme de l’Ecole, etc., etc.
Or, si on fait le bilan de ces deux premières années, on s’aperçoit que le fameux « changement » qu’il nous avait promis pour « ré-enchanter le rêve français » (sic !) s’est limité à… la loi sur le mariage pour les homosexuels. Certes, ce texte a permis de diviser gravement les Français pendant de longs mois et même d’en réveiller quelques-uns, mais on ne peut tout de même pas dire qu’il ait permis à la France de revenir dans la cour des Grands et de sortir du marasme général.
Pour le reste, ces vingt-quatre mois n’ont été que du bafouillage, des volte-face, des élucubrations sur des « pactes » de ceci et de cela (de simplification, de responsabilité, de solidarité) avec une ribambelle de projets d’usines à gaz plus fumeuses les plus que les autres.
A la fois pitoyable et ridicule, François Hollande nous affirme maintenant que « le retournement économique arrive » (dans le Journal du Dimanche d’hier). Cela fait des mois que le bonhomme nous jure qu’il voit dans sa boule de cristal que les choses vont s’arranger, que le bout du tunnel approche, que les signaux vont passer au vert, que tout va dans le bon sens. Qui pourrait encore accorder la moindre crédibilité aux propos de ce personnage qui s’est totalement déconsidéré au fil des mois ?
En virant sèchement son Premier ministre, quelques ministres, le secrétaire général de l’Elysée et le premier secrétaire du PS, le président a reconnu que les deux premiers cinquièmes de son quinquennat avaient été totalement perdus. Les Français le lui avaient d’ailleurs, clairement et sans ménagement, fait comprendre lors des élections municipales.
Ces mêmes Français pouvaient espérer que l’arrivée à Matignon de Manuel Valls, l’homme qui s’était toujours opposé, sur la forme et sur le fond, à tout ce qui était, de près ou de loin, de l’« hollandisme » allait marquer une vraie rupture. Le triomphe du matador-matamore catalan faisait croire que le roitelet qui avait perdu sa couronne sous les coups des réalités et des sondages et qui vacillait sur son trône au milieu de la tempête avait abdiqué, reconnaissant enfin qu’il n’était vraiment pas fait « pour le job ».
Mais le jeune homme aux dents longues semble déjà épuisé. Son état de grâce n’aura duré que quelques jours. Il suffit de le voir aussi bien à la tribune de l’Assemblée que sur le terrain. Il a perdu toute sa superbe, tout son allant. Il est blafard, avec le regard terne et un peu perdu. Il est déjà KO debout. La faute à qui ? Au président qui lui met des bâtons dans les roues tout en lui sciant la branche ? Aux godillots du PS qui préfèrent trainer des pieds plutôt que de marcher au pas ? Certains, aussi bien sur les travées de l’Assemblée que dans les couloirs de la rue Solferino, rêvent déjà à haute voix que l’expérience tourne court et que ce « social traitre » adoré par la droite s’effondre rapidement.
Avec Ayrault, tout le monde reconnaissait que cela ne pouvait plus durer. Avec Valls, on se dit déjà que cela ne va pas durer.
« Déjà deux ans ! », disent les uns, désespérés. « Encore trois ans ! » disent les autres, affolés.

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