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Partira, partira pas ?

Le grand truc à la mode aujourd’hui c’est de laisser entendre, de laisser croire, en fait, de laisser espérer que François Hollande, sous le feu roulant de ses échecs flagrants sur tous les terrains, des sondages catastrophiques et de ses défaites électorales successives, va finir par jeter l’éponge et quitter très bientôt l’Elysée par la petite porte, dissimulé derrière son casque et sur son scooter.
Le Figaro de ce matin énumère tous ses prédécesseurs qui lui ont montré le chemin : Mac Mahon, Jules Grévy, Casimir Périer, Alexandre Millerand, Paul Deschanel et même de Gaulle auquel on peut pourtant difficilement comparer à ce pauvre Hollande. L’Express titre sa « une » en s’interrogeant : « Encore trois ans ? » sur un ton qui laisse deviner la réponse. Valeurs Actuelles pose, en fait, la même question : « Doit-il partir ? » et, là encore, on imagine sans peine la réponse. Le Figaro Magazine émet quant à lui une hypothèse : « Et si Hollande n’allait pas au bout de son mandat ? »
En fait, tout le monde reprend plus ou moins les prévisions de François Bayrou qui affirmait en début de semaine : « Hollande n’ira pas au bout de son mandat. Il va y avoir un coup de foudre d’ici là. On ne peut pas durer trois ans comme cela ». Le patron du MoDem voulait sans doute dire « coup de théâtre », voire « coup de tonnerre » car un « coup de foudre » entre Hollande et les Français dans les mois qui viennent semble vraiment exclu.
En toute logique, avec un chômage qui continue inexorablement à monter, des déficits qui s’accumulent encore, les flops de toutes les usines à gaz qu’il a bricolées avec sa boite à outils, les claques et même maintenant les coups de pied au cul que lui inflige ouvertement l’Europe d’Angela Merkel, les sondages qui lui font battre, de mois en mois, ses propres records d’impopularité et les désastres successifs qu’il a enregistrés lors de toutes les élections et qui s’aggravent, eux aussi, de scrutin en scrutin, Hollande devrait prendre ses cliques et ses claques et remettre son mandat entre les mains du peuple, en démissionnant purement et simplement comme Deschanel qui grimpait aux arbres dans le jardin de l’Elysée ou, au moins, procéder à une dissolution de l’Assemblée Nationale qui serait évidemment suicidaire.
Le sondage OpinionWay publié aujourd’hui par le Figaro Magazine est sans doute plus terrible encore que tous les autres. 3% des Français -et on se demande où l’institut de sondages à bien pu les trouver- souhaitent que Hollande se représente en 2017. Et quand on demande aux seuls sympathisants de gauche quel serait leur candidat préféré pour 2017, 40% d’entre eux répondent Valls, 16% Martine Aubry et 15% seulement Hollande. Même à gauche, plus personne ne veut de lui.
Cela dit, en caressant ainsi l’opinion publique dans le sens des poils et en lui faisant miroiter des lendemains enchanteurs, Bayrou et la presse se trompent totalement. Jamais Hollande ne démissionnera ni même ne dissoudra. La dignité n’est pas son fort et son élection a été trop miraculeuse pour lui pour qu’il accepte de sacrifier un seul jour de ce quinquennat que lui garantissent nos institutions.
Si les Français ne descendent pas dans les rues, ne bloquent pas toutes les routes et n’incendient pas un bon nombre de préfectures, Hollande va continuer sous nos yeux à se goberger à l’Elysée, à conter fleurette à quelques starlettes, à se faire copieusement siffler en province et à ridiculiser la France sur la scène internationale.
Dans trois ans, il sera à 2 ou 3% d’opinions favorables, nous aurons atteint les 6 ou 7 millions de chômeurs, notre dette aura dépassé allègrement les 2.2OO milliards d’euros, Marine Le Pen sera en tête du premier tour de la présidentielle avec 35% des voix, Valls n’existera plus et le candidat de droite, Juppé ou pourquoi pas Sarkozy, Copé et Fillon n’existant plus, sera élu et trouvera un pays non plus seulement en faillite mais en ruines.
Le capitaine de pédalo coule sur la passerelle du Titanic. Et nous avec…

30 Mai 2014 | Comments (19)

Droite et gauche ont perdu la tête

C’est la première fois dans l’histoire de la Vème République que nos deux grands partis de gouvernement, la droite et la gauche, l’UMP et le PS, se retrouvent ensemble, en même temps, à terre, anéantis, au bord de l’implosion et qu’on peut se demander s’ils ne vont pas purement et simplement disparaitre au cours de l’été.
Depuis quelques jours, on ne nous parle que des malheurs de l’UMP. La défaite aux européennes et plus encore le scandale de l’affaire Bygmalion ont fait éclater au très grand jour la crise épouvantable qui couvait depuis la défaite de la présidentielle et la bataille de chiffonniers qui avait marqué l’élection à la présidence du parti. Une moitié des militants et la majorité des dirigeants voulaient la tête de Jean-François Copé qui s’était autoproclamé président du mouvement et qui avait instauré une gouvernance par trop autoritaire au parti.
Mais au-delà de ces querelles d’hommes, l’UMP est, en vérité, confrontée depuis des mois, pour ne pas dire des années, à un problème infiniment plus grave. Elle ne sait plus qui elle est, où elle se trouve sur l’échiquier politique, quelle est son idéologie, sa ligne politique, sa raison d’être.
En fait, c’est pour elle une tare de naissance puisqu’en la créant, en 2002, Chirac et Juppé avaient, pour faire nombre, préparé une bien curieuse ratatouille en mettant dans la même casserole des carottes gaullistes, des pommes de terre centristes, des salsifis radicaux et des topinambours démocrates-chrétiens, autant de braves gens qui s’étaient, de tout temps, détestés et combattus, ne se retrouvant parfois que sous l’autorité d’un chef qui s’imposait et conduisait tout le monde tambours battants vers la victoire.
Ce n’était d’ailleurs pas nouveau. Par le passé, de Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac avaient déjà réussi à mitonner de pareilles ragougnasses en rassemblant plus ou moins toutes ces troupes disparates mais indispensables pour remporter une élection.
Il n’y a aucun doute que Sarkozy a détruit cette fiction d’une « droite unie ». D’abord, dès le lendemain de sa victoire en 2007, en faisant entrer dans son gouvernement des socialistes au nom de « l’ouverture » ; ensuite, en zigzaguant, tout au cours de son quinquennat et au gré des sondages ou des défaites électorales, du centre à l’extrême-droite. Au soir de sa défaite de 2012, il laissait une UMP exsangue mais surtout totalement déboussolée.
Copé en jouant à fond « la droite décomplexée » mais sans en préciser ni les contours ni les fondements autrement que par des coups de menton souvent maladroits, n’avait en tête que de se lancer dans une compétition avec le Front National. C’était évidemment un peu court pour redonner « une âme », une ligne, une cohésion à cette droite hétéroclite.
Ses ennemis, victorieux aujourd’hui, Fillon, Juppé, Raffarin en tête, sont convaincus que, comme le disait Pompidou, « une présidentielle se gagne toujours au centre ». Ils veulent donc abandonner la compétition avec l’extrême droite en ignorant superbement le FN (25% des voix) pour faire alliance avec les centristes (9,8% des voix). Ce serait retrouver les schémas d’antan.
Ils n’ont pas compris que tout avait changé. Le centre n’existe plus depuis belle lurette et le pauvre Bayrou n’a pas les bataillons que pouvaient réunir un Lecanuet ou un Giscard. L’extrême-droite n’est plus marginale puisque le FN est devenu « le premier parti de France ». Et, au sein même de l’UMP, les mots « gaulliste », « radical », démocrate-chrétien » sont désormais totalement obsolètes.
Juppé et ses compères, les trois consuls du triumvirat provisoire, font des calculs d’apothicaire comme on en faisait sous la IVème, additionnant 20% + 10% pour obtenir… 51%. Ils sont ridicules.
Ce que l’UMP doit faire si elle veut avoir une petite chance de survivre au tsunami qui la terrasse, c’est se regarder dans une glace, se demander qui elle est et décider qui elle veut être, avec une ligne précise, une idéologie structurée qui définirait très précisément ce qu’est la vraie droite française aujourd’hui, face à la crise politique, économique, sociale, morale qui tétanise le pays, face à l’Europe, à la mondialisation et à la « droitisation » générale de tous les peuples européens que viennent de démontrer ces élections européennes.
On aimerait voir ce sursaut, ce réveil, cette renaissance. Hélas, Juppé, droit dans ses bottes mais mou des genoux, fut le Premier ministre le plus détesté de France et sans doute le plus maladroit, Raffarin qui ne rêve que de la présidence du Sénat, le plus insignifiant et Fillon celui qui avala sans piper le plus grand nombre de couleuvres. On les imagine mal avoir l’envergure et l’intelligence nécessaires pour créer un nouveau… Rassemblement du Peuple Français.
Mais –et même si ce n’est pas une consolation- cela ne va pas mieux du côté du PS. Ils ont tous les pouvoirs et… ils n’existent plus.
Hollande est totalement discrédité, décrédibilisé et se ridiculise quand il nous raconte qu’il va imposer à l’Europe, et notamment à Angela Merkel, un changement de cap. Le « nouveau » gouvernement pédale déjà dans la paëlla, avec un Premier ministre qui se prend pour le président mais dont la seule ambition se limite maintenant à réduire un peu notre mille-feuille administratif. Quant au groupe parlementaire et au parti lui-même, ils sont, eux aussi, au bord de l’implosion, voire de l’explosion. Eux non plus ne savent plus qui ils sont. Eux qui ont été élus en évoquant Jaurès et Blum, se demandent s’ils sont devenus des socio-démocrates, des socio-libéraux ou carrément des libéraux et ne savent plus ce que cela veut dire que d’être socialiste.
Un bon tiers de ces députés socialistes commencent à ruer dans les brancards, refusant la politique d’austérité que leur impose, contre toute attente, Hollande et ne croyant plus en toutes les usines à gaz qu’il a montées pour lutter contre le chômage et relancer la croissance.
Bref, la droite et la gauche ne savent plus qui elles sont et s’affolent devant la montée du FN qui, lui, sait ce qu’il veut et qui il est.
Quelques « experts » nous disent que l’UMP et le PS ont perdu la tête devant la montée triomphale du FN. C’est absurde. Car c’est précisément parce que l’UMP et le PS avaient perdu la tête que le FN a pu devenir le premier parti de France.
Les semaines qui viennent vont être décisives. A droite comme à gauche.

28 Mai 2014 | Comments (17)

L’auberge espagnole va virer vers le centre

Personne ne s’apitoiera sur le sort de Jean-François Copé. Certains qui n’ont pas oublié la fameuse photo où on le voit bras dessus bras dessous avec Ziad Takiéddine devant la piscine de ce milliardaire douteux et trafiquant d’armes le considèrent comme un abominable voyou. Pour d’autres qui se souviennent des péripéties de l’élection du président de l’UMP, il n’est qu’un vulgaire tricheur prêt aux pires magouilles pour assouvir sa soif de pouvoir.
Rares sont ceux, même parmi ses séides les plus reconnaissants, qui pourraient expliquer ce qu’est le « copésime » (si ce n’est une course effrénée vers l’Elysée) ou présenter un bilan de ce que cet ambitieux aux dents longues et aux oreilles pointues a pu faire, jadis, comme membre du gouvernement, ou, depuis quelques mois, comme président autoproclamé de l’UMP.
Copé est la caricature de cette classe de politicards les plus contestables et qui font tant de mal au pays depuis des décennies. Enarque et donc technocrate jusqu’à la moelle, il a zigzagué sur son youyou personnel au milieu des tempêtes, ralliant au gré des sondages telle ou telle équipe avant de la trahir sans pudeur au moindre revers de fortune, tout en devenant avocat d’affaires (souvent louches) et fréquentant la faune interlope des grandes fortunes de la jet société véreuse. Le pouvoir à tout prix et l’argent à n’importe quel prix.
Cela dit –mais qu’il fallait dire- son « exécution » ce matin pose tout de même un certain nombre de problèmes. Officiellement, ses « compagnons » (comme on dit encore à l’UMP) l’ont « flingué » à cause de l’affaire Bygmalion. Et il est évident qu’il n’est pas blanc-bleu dans cette histoire.
D’abord, parce qu’en tant que patron de l’UMP, il a signé avec cette société, créée par deux de ses copains-complices, des contrats particulièrement juteux –et d’autant plus qu’ils étaient surfacturés- pour des manifestations fantômes du parti. Où est passé cet argent volé à l’UMP ?
Ensuite, parce que personne ne peut croire son directeur de cabinet et homme lige quand celui-ci affirme que Copé ignorait totalement que certaines des fausses factures de Bygmalion payées par l’UMP permettaient de dissimuler des factures de la campagne de Sarkozy pour éviter que le président sortant-candidat ne dépasse dans ses comptes les sommes prévues par la loi. Vu le montant des sommes en question, il est évident que Copé ne pouvait pas ne pas savoir et vraisemblable que Sarkozy était mis au moins au courant.
L’enquête policière nous donnera sans doute des détails sur toutes ces malversations.
Mais cette affaire Bygmalion n’a été que la goutte d’eau. Pour tous les barons de l’UMP (qui n’ont jamais été très regardants pour les questions financières), Copé n’était qu’un usurpateur et sa médiocrité conduisait l’UMP dans une impasse.
L’UMP est une auberge espagnole. On y trouve des gaullistes, des centristes, de démocrates-chrétiens, des radicaux. C’est sa force et sa faiblesse. Sa force parce qu’elle peut rassembler un électorat relativement considérable. Sa faiblesse parce que, sans un chef à la hauteur, elle n’a pas de ligne politique précise et part dans tous les sens. Copé qui n’a aucune idéologie personnelle se contentait de courir, un petit pain au chocolat à la main, derrière le Front National, oubliant que « les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie », selon le mot de Jean-Marie Le Pen lui-même.
Cette dérive droitière de l’UMP (entamée d’ailleurs par Sarkozy en personne) a banalisé et donc légitimé et renforcé le discours du Front National, poussé certains militants UMP vers le parti de Marine Le Pen et fait fuir, le plus souvent vers l’abstention, des bataillons entiers d’électeurs de l’UMP, gaullistes, centristes, radicaux ou démocrates-chrétiens.
Aujourd’hui, c’est, évidemment, la grande revanche de Fillon qui va, avec Juppé et Raffarin, assurer la direction du parti jusqu’en octobre quand un congrès extraordinaire permettra aux militants de se choisir un nouveau président et, surtout, de définir enfin une vraie ligne politique du parti.
Certains auraient sans doute préféré de cet intérim soit assuré par de nouvelles figures. Ces trois vieux sages qu’on ressort des placards ayant, bien sûr, un petit côté anciens combattants. Mais ces trois anciens Premiers ministres (qui n’avaient pas fait des merveilles en leur temps) ont un avantage : ils pensent tous les trois que la droite traditionnelle et « de bon ton » ne peut s’en sortir qu’en faisant alliance avec le centre et non pas en courant derrière l’extrême droite. Et il est vrai que si l’UMP était allée à ces européennes avec le MoDem et l’UDI, cette droite-là aurait obtenu plus de 30% des voix et serait arrivée largement en tête.
Débarrassée de Copé, l’auberge espagnole va donc effectuer un virage vers le centre et se retrouver telle qu’elle était quand Chirac et Juppé l’avaient portée sur les fonds baptismaux en 2002.
Les trois lascars dont deux au moins rêvent de l’Elysée, ce qui ne va pas faciliter les choses, ont quatre mois pour tracer –enfin- une vraie ligne politique et pour choisir celui que les militants éliront comme patron du parti et vraisemblable candidat à la présidentielle de 2017.
Recréer un grand centre-droit au milieu de ce champ de ruines –c’est-à-dire faire revenir au bercail ceux qui sont partis chez Marine Le Pen tout en récupérant les orphelins de Borloo et les déçus de la gauche- ne va pas être facile…

27 Mai 2014 | Comments (9)

Droite et gauche, sourdes et aveugles

Ils sont stupéfiants et tous pareils. Tous nous disent que nous venons d’assister à un véritable « séisme » (c’est le grand mot du jour) et que tout a changé dans le paysage politique français puisqu’avec ses 25% de voix à ces élections européennes le Front National est devenu « le premier parti de France ».
On serait donc en droit d’attendre qu’ils nous déclarent, tous, qu’ils ont entendu le message et même compris la leçon et qu’ils nous annoncent, tous, qu’ils vont changer de politique et d’attitude ; qu’à Bruxelles, ils vont exiger que l’Europe des technocrates écoute « les peuples » et reconnaisse aux « nations » leur droit d’exister ; qu’à Berlin, ils vont dire à Angela Merkel que l’austérité à la prussienne n’est plus supportable ; et qu’à Paris même, les uns et les autres, majorité comme opposition, vont tout remettre à plat.
Or, ce matin, les uns et les autres sont apparus comme des fantômes débarqués d’une autre planète. Ils n’ont rien vu, rien entendu, rien compris. A croire que les uns et les autres ont –comme la majorité des Français- passé leur dimanche à la pêche à la ligne, bien loin du tohu-bohu de l’actualité.
Sortant d’une réunion « de crise » à l’Elysée, Manuel Valls nous a déclaré froidement qu’il n’était pas question de « changer de cap » et qu’il respecterait à la lettre « la feuille de route » tracée par le président de la République « élu pour cinq ans ». En clair, « le séisme » ne lui fait ni chaud ni froid et il s’en bat l’œil. En tenant compte des abstentionnistes, avec ses 20% de voix, le PS ne représente plus que… 6% du corps électoral français. Jamais, en France, un pouvoir n’a été aussi « illégitime ». Mais cela ne trouble pas le Premier ministre qui va continuer son petit bonhomme de chemin, comme si de rien n’était, en allant droit dans le mur, la fleur au fusil.
D’ailleurs Valls plaide non coupable. Avec un culot fabuleux, il déclare « Ce n’est pas en huit semaines qu’on peut changer les choses ». Certes, il n’est à Matignon que depuis huit semaines, mais Hollande, la gauche et lui-même sont au pouvoir depuis plus de deux ans, pas depuis huit semaines. Ces gens-là ont passé leur première année à nous répéter que tout était de la faute de Sarkozy. Valls va-t-il maintenant nous dire que tout est de la faute de Jean-Marc Ayrault ?
Comme par hasard et à bout d’arguments, Valls nous a fait miroiter de prochaines baisses des impôts. Heureusement, il a eu une parole de lucidité : « Les politiques, nous a-t-il brusquement avoué au détour d’une phrase sans se rendre compte de ce qu’il disait, parlent une langue morte ». C’est bien vrai. Il ne faut donc pas qu’il s’étonne que les Français ne le comprennent plus.
Et ce n’est pas mieux à l’UMP. Jean-François Copé qui avait paradé au lendemain de la vague bleue des municipales et qui est bien obligé de constater que le parti qu’il dirige n’est plus le premier parti d’opposition du pays plaide, lui aussi, non coupable. A l’entendre ce serait Hollande le seul responsable de la victoire du FN. Or si le président de la République est, évidemment, responsable de la déroute (méritée) du PS, on peut difficilement l’accuser d’être, aussi, responsable de la défaite de l’UMP.
L’effondrement de la gauche au pouvoir aurait dû ouvrir « un boulevard » à l’UMP. Mais, depuis deux ans, cette UMP a été incapable de présenter le moindre programme cohérent d’alternative et n’a offert aux Français que le spectacle affligeant de sa guéguerre des chefaillons, avec, en prime, un bon lot de scandales en tous genres et de crapuleries diverses.
Copé ne veut pas voir que ce sont essentiellement les déçus de l’UMP qui ont voté FN dimanche. Les déçus de Hollande se sont généralement abstenus. Il ne veut pas non plus s’expliquer sur l’affaire Bygmalion, cette boite de communication douteuse, dirigée par deux de ses meilleurs copains, et qui aurait détourné 20 millions à l’UMP avec la facturation de conventions qui n’auraient jamais existé. Là, Copé jure ses grands dieux qu’il ne savait rien. Comment le patron d’un parti politique qui se déclarait au bord de la faillite il y a quelques mois peut-il être négligeant au point de ne pas être à 20 millions près dans sa comptabilité ? Et ne parlons pas de Guéant qui a été mis en garde à vue ce matin.
« Le boulevard » est maintenant ouvert devant le FN. Cependant, ceux qui voient déjà Marine Le Pen entrer à l’Elysée en 2017 vont un peu vite en besogne. Dans quelques jours, on s’apercevra que « le séisme » n’a été qu’un clapotis car ce ne sont pas 24 députés frontistes au parlement européen qui vont changer quoi que ce soit au paysage politique français.
Cela dit, si l’Europe continue à nous imposer ses diktats, si la gauche et la droite continuent à être sourdes et aveugles, Marine Le Pen n’aura pas grand-chose à faire pour continuer, elle, à engranger des voix…

26 Mai 2014 | Comments (12)

Un « séisme » qu’ils ne comprendront pas

Manuel Valls, la mine déconfite, affirme que nous venons d’assister à « un séisme » et il a l’air surpris. Il semble étonné que le Front National ait obtenu 25% des voix lors de ces élections européennes, loin devant l’UMP, 20%, et encore plus loin devant le PS, 14%. Le tout nouveau Premier ministre n’a donc rien compris.
Il n’a pas compris que les Français en avaient plus qu’assez de l’Europe et de ses technocrates, de François Hollande et de sa politique aussi désastreuse qu’incohérente et même de Jean-François Copé, désormais empêtré dans ses magouilles politico-financières.
Or, nos compatriotes avaient, pour une fois, l’occasion de pouvoir crier, par un seul bulletin de vote, leur dégout de Bruxelles, du PS et de l’UMP. Il était évident qu’ils n’allaient pas s’en priver.
Valls a, sans doute, oublié que les Français avaient, par un référendum clair et net, rejeté la pseudo constitution européenne qu’on voulait leur imposer (et que Sarkozy, bafouant toutes les règles de la démocratie, a fini par leur imposer). Cela fait très longtemps que nos compatriotes ne croient plus que l’Europe soit une chance pour eux. Ils avaient espéré que l’Europe à Six ou à Douze pourrait créer une zone de paix et de prospérité. Ils ont vu que l’Europe à Vingt-huit ( !) n’était, évidemment, qu’un souk innommable au milieu duquel l’Allemagne, toute puissante, pouvait faire la loi. Ils n’en veulent plus.
Mais ce scrutin d’aujourd’hui était aussi pour les Français une chance de dire le mépris que leur inspirent les partis dits « de gouvernement », le PS et l’UMP, qui, depuis des décennies, conduisent, alternativement, le pays à la ruine.
Du coup, il n’est pas surprenant qu’un électeur sur quatre ait choisi de voter pour le parti de Marine Le Pen qui a toujours fustigé et l’Europe et l’UMPS.
Dès demain matin, nos bons esprits vont, bien sûr, hurler au « danger fasciste » et nous affirmer que la France vient de se déshonorer à la face du monde. Ils l’avaient déjà proclamé en 2002 quand le père de Marine était arrivé en deuxième position au premier tour de la présidentielle, en éliminant Jospin.
Il faut savoir rester lucide. Jean-Marie Le Pen n’avait strictement aucune chance, au lendemain du 21 avril, de l’emporter. Le triomphe de sa fille aujourd’hui n’aura guère plus de conséquences et ne fera, en tous les cas, pas basculer la France dans l’enfer d’une dictature.
Hollande fera la sourde oreille, ne prononcera pas la dissolution de l’Assemblée et ne changera même pas de politique. D’ailleurs, pour lui, le résultat d’aujourd’hui est plutôt une bonne nouvelle. Il laisse de plus en plus entrevoir la présence de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2017. Certes, les 14% du PS sont inquiétants pour lui. Mais pour peu que l’UMP continue à sombrer dans ses querelles internes et à patauger dans ses scandales, on peut imaginer un second tour opposant Hollande à Marine Le Pen, seule chance pour le président sortant d’être réélu. A moins, bien sûr, que Sarkozy ne redescende dans l’arène ce qui est pour le moins probable.
Le « drame » d’aujourd’hui n’est pas ce score historique remporté par le FN. Le « drame » d’aujourd’hui est que nos dirigeants, au pouvoir ou dans l’opposition, ne comprendront toujours pas la rage des Français. Ou, en tous les cas, ne voudront toujours pas la comprendre.

25 Mai 2014 | Comments (9)

Le nouveau numéro du jongleur maladroit

François Hollande a passé les deux premières années de son quinquennat à nous annoncer, à nous affirmer, à nous répéter, à nous jurer sur tous les tons qu’il allait inverser la courbe du chômage. Il nous a donc abusés, menti, trahis, roulés dans la farine pendant vingt-quatre mois. Et nous lui avons fait savoir, à l’occasion des élections municipales, que nous n’étions pas contents, du tout. Sous les sifflets et les quolibets du public, le jongleur maladroit doit donc, maintenant, au plus tôt, changer de numéro.
Dans la grande malle qui lui sert de boite à outils, si ce n’est à idées, il range le problème du chômage et les accessoires qui allaient avec et nous sort un nouveau truc : la réforme de nos structures administratives. Nous sommes priés d’oublier le chômage et les cinq millions et demi de chômeurs puisque l’artiste a totalement raté son numéro et nous voilà contraints d’écouter son nouveau boniment et d’assister au nouveau spectacle : « Oyez, braves gens, oyez, je vais, sous vos yeux émerveillés, réaliser un tour qu’aucun de mes prédécesseurs n’a jamais osé tenter, un tour extraordinaire, un tour fabuleux. Je vais faire disparaitre par magie les départements et la moitié des régions. Et je vais donc sauver la France. Vous pouvez vous préparer à m’applaudir ».
Il y a fort à parier que pendant les prochains mois, François Hollande va nous tanner avec cette réforme de notre mille-feuille administratif alors que le chômage, les déficits et la dette ne feront qu’augmenter, que les Français continueront à voir leur niveau de vie s’effondrer et que Manuel Valls aura les mains dans le cambouis, la tête dans le guidon et les yeux rivés sur l’échéance de 2017.
Tout le monde est d’accord pour reconnaitre que les départements, créés par la Révolution quand on se déplaçait à cheval, sont d’une autre époque et que les régions, taillées à la va-vite par Michel Debré, sont à adapter à l’heure de l’Europe, pour ne pas dire de la mondialisation.
Chacun sait aussi que la fameuse décentralisation a été une catastrophe épouvantable avec ses centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux supplémentaires qui ne servent à rien et ses petits potentats locaux souvent analphabètes et aux dépenses pharaoniques. Il est donc évident qu’il faudrait tout remettre à plat, envoyer travailler dans les champs un demi-million de ronds-de-cuir aussi folkloriques que nuisibles et pendre haut et court tous les petits tyranneaux de préfecture qui se sont fait construire des palais de marbre somptueux, des centres de congrès inutiles et des piscines olympiques, tout en tapant, souvent, eux-mêmes dans la caisse.
Cela dit, soyons honnêtes. Les Français ont aujourd’hui d’autres soucis infiniment plus préoccupants en tête. Le chômage, bien sûr, qui va encore s’aggraver avec toutes ces usines dont on annonce la fermeture, les impôts qui vont encore augmenter et qui sont devenus totalement insupportables, la dégradation de tous les services publics –l’Ecole, les hôpitaux, etc.- qui s’accélère les angoissent beaucoup plus que de savoir si nous allons passer de vingt-deux régions à onze ou dix et si la Loire-Atlantique va, ou on, être rattachée à la Bretagne comme ce serait logique.
Avec la naïveté confondante d’un homme qui ne sait plus où donner de la tête ni à quel saint se vouer, Hollande s’imagine qu’il va lui être plus facile de supprimer d’un trait de plume les départements et la moitié des régions que de s’attaquer au problème du chômage et il croit que les Français pourraient soudain lui savoir gré d’avoir, enfin, réussi quelque chose en faisant, pour une fois, preuve d’un minimum de volonté.
Or, non seulement une écrasante majorité de nos compatriotes se fout complètement d’une telle réforme (qui pue d’ailleurs le charcutage électoraliste) mais ensuite et surtout il est évident que Hollande sera tout aussi incapable de mener à bien ce redécoupage du pays qu’il a été incapable de s’attaquer au drame de notre désindustrialisation et de la perte de compétitivité de toute notre économie.
Pour faire cette révolution, Hollande devrait, en effet, d’abord, terrasser « la noblesse » de pacotille qui règne et se goberge depuis des années dans toutes nos provinces (et qui est bien souvent socialiste), ensuite, briser « le clergé » de la fonction territoriale (lui aussi socialiste), et, enfin, mater « le tiers-état », c’est-à-dire le « bon peuple » qui est viscéralement attaché à sa bourgade, à son village, à son département, si ce n’est à sa région.
Autant dire que cette grande réforme aura, sans aucun doute, le même destin que le pacte de responsabilité, le pacte de solidarité ou le pacte de simplification qu’il a déjà essayé de nous vendre sous le manteau.
La réforme territoriale est un serpent de mer. En prétendant, aujourd’hui, vouloir l’attraper par la queue, le capitaine de pédalo, au milieu de l’océan déchainé, va une nouvelle fois se ridiculiser.

07 Mai 2014 | Comments (32)

Un artiste à la ramasse

Visiblement, François Hollande ne sait plus quoi faire. Qu’il en soit réduit, comme un vulgaire second couteau de notre faune politique, à se faire interviewer, au petit matin, sur RMC, par Jean-Jacques Bourdin prouve son désarroi. Certes, l’émission de Bourdin est l’une des plus écoutées mais il faut bien dire que ce genre de prestation n’est pas digne d’un chef de l’Etat. On attend maintenant qu’il passe, samedi soir, chez Ruquier, dans « On n’est pas couché » et, pourquoi pas, chez Bouvard, aux « Grosses têtes » ce qui serait, peut-être, son meilleur registre.
François Hollande ressemble de plus en plus à un artiste à la ramasse qui se fait siffler dans des salles à moitié vides et qui tente pitoyablement de faire un « come back » avec la promotion d’un nouveau spectacle qu’il prétend meilleur que celui qu’il a présenté pendant deux ans et qui pourtant n’en est qu’un éternel « remake ».
Pour la énième fois, le « président de la République-le-plus-impopulaire-de-toute-l’histoire-de-la-Vème » nous a répété ce matin qu’il voulait n’être jugé que sur ses résultats et donc dans trois ans, à la fin de son quinquennat. C’est doublement absurde.
D’abord, parce qu’il ne peut pas nous empêcher de le juger aujourd’hui après ses deux premières années de pouvoir. Dans six mois, il sera à mi-parcours, autant dire qu’il aura abattu toutes ses cartes. Ce n’est pas en avril 2017 qu’il pourra nous sortir, soudain, de son chapeau claque le changement promis, l’inversion de la courbe du chômage, la résurrection de l’économie française, le ré-enchantement du rêve français. Nous sommes en droit d’être furieux de constater, aujourd’hui, après vingt-quatre mois de bredouillage et de zigzags, que rien ne s’améliore et, pire, que tout se dégrade. La technique du « demain on rase gratis », demain tout ira mieux n’est plus supportable. Elle est habituelle pour tout candidat, elle est grotesque de la part d’un chef d’Etat.
Absurde ensuite parce que François Hollande n’est pas seulement jugé et condamné sur l’absence de ses résultats. Il est jugé et condamné sur lui-même. Les Français ne lui reprochent pas seulement l’aggravation du chômage et des déficits, l’augmentation insupportable des prélèvements en tous genres, l’effacement de la France sur la scène internationale. Ils lui reprochent de n’être pas (du tout) à la hauteur de sa fonction, d’être resté, au choix, un pauvre capitaine de pédalo, un simple premier secrétaire du PS ou un modeste président du Conseil général de la Corrèze.
On dira, à juste titre, que depuis quelques temps déjà bien rares ont été les locataires de l’Elysée dignes d’assumer leur rôle. Mais tout de même ! Avec Hollande, on en vient à regretter les Giscard, Chirac et même Sarkozy.
Alors, sur la piste de notre cirque politique, c’est le clown triste qui veut jouer les dompteurs avec son pipeau qui est rejeté, sifflé, hué par les spectateurs qui n’en ont pas pour leur argent.
Il peut donc faire toutes les cabrioles, toutes les simagrées, tous les tours de passe-passe, changer de Premier ministre, de gouvernement, d’équipe à l’Elysée, de patron du PS et de discours rien n’y fera.
Il aggrave son cas en descendant du trône qu’il a usurpé et en allant ainsi quémander un peu d’audience dans les radios, périphérique avec son numéro usé jusqu’à la corde.

06 Mai 2014 | Comments (27)

Déjà deux ans, encore trois ans !

Demain, cela fera deux ans jour pour jour que François Hollande « règne » sur le pays. Les guillemets s’imposent, bien sûr. Personne n’aura l’idée de fêter cet anniversaire. Ni gâteau, ni champagne. Mais chacun y va de son petit bilan qui se résume, en fait, à deux chiffres. Jamais le chômage n’avait atteint un niveau aussi catastrophique. Jamais un président n’avait été rejeté avec une telle violence dans tous les sondages.
Et maintenant le chef de l’Etat et ses amis ne peuvent plus nous raconter que tout est de la faute de Nicolas Sarkozy. En deux ans, ce président qui avait tous les pouvoirs, l’Elysée, Matignon, l’Assemblée, le Sénat, les régions, les départements, avait tout le temps nécessaire pour entreprendre toutes les grandes réformes qui s’imposent depuis des années, la réforme fiscale, la réforme du code du travail, la réforme de notre mille-feuille administratif, la réforme de notre système de protection sociale, la réforme de l’Ecole, etc., etc.
Or, si on fait le bilan de ces deux premières années, on s’aperçoit que le fameux « changement » qu’il nous avait promis pour « ré-enchanter le rêve français » (sic !) s’est limité à… la loi sur le mariage pour les homosexuels. Certes, ce texte a permis de diviser gravement les Français pendant de longs mois et même d’en réveiller quelques-uns, mais on ne peut tout de même pas dire qu’il ait permis à la France de revenir dans la cour des Grands et de sortir du marasme général.
Pour le reste, ces vingt-quatre mois n’ont été que du bafouillage, des volte-face, des élucubrations sur des « pactes » de ceci et de cela (de simplification, de responsabilité, de solidarité) avec une ribambelle de projets d’usines à gaz plus fumeuses les plus que les autres.
A la fois pitoyable et ridicule, François Hollande nous affirme maintenant que « le retournement économique arrive » (dans le Journal du Dimanche d’hier). Cela fait des mois que le bonhomme nous jure qu’il voit dans sa boule de cristal que les choses vont s’arranger, que le bout du tunnel approche, que les signaux vont passer au vert, que tout va dans le bon sens. Qui pourrait encore accorder la moindre crédibilité aux propos de ce personnage qui s’est totalement déconsidéré au fil des mois ?
En virant sèchement son Premier ministre, quelques ministres, le secrétaire général de l’Elysée et le premier secrétaire du PS, le président a reconnu que les deux premiers cinquièmes de son quinquennat avaient été totalement perdus. Les Français le lui avaient d’ailleurs, clairement et sans ménagement, fait comprendre lors des élections municipales.
Ces mêmes Français pouvaient espérer que l’arrivée à Matignon de Manuel Valls, l’homme qui s’était toujours opposé, sur la forme et sur le fond, à tout ce qui était, de près ou de loin, de l’« hollandisme » allait marquer une vraie rupture. Le triomphe du matador-matamore catalan faisait croire que le roitelet qui avait perdu sa couronne sous les coups des réalités et des sondages et qui vacillait sur son trône au milieu de la tempête avait abdiqué, reconnaissant enfin qu’il n’était vraiment pas fait « pour le job ».
Mais le jeune homme aux dents longues semble déjà épuisé. Son état de grâce n’aura duré que quelques jours. Il suffit de le voir aussi bien à la tribune de l’Assemblée que sur le terrain. Il a perdu toute sa superbe, tout son allant. Il est blafard, avec le regard terne et un peu perdu. Il est déjà KO debout. La faute à qui ? Au président qui lui met des bâtons dans les roues tout en lui sciant la branche ? Aux godillots du PS qui préfèrent trainer des pieds plutôt que de marcher au pas ? Certains, aussi bien sur les travées de l’Assemblée que dans les couloirs de la rue Solferino, rêvent déjà à haute voix que l’expérience tourne court et que ce « social traitre » adoré par la droite s’effondre rapidement.
Avec Ayrault, tout le monde reconnaissait que cela ne pouvait plus durer. Avec Valls, on se dit déjà que cela ne va pas durer.
« Déjà deux ans ! », disent les uns, désespérés. « Encore trois ans ! » disent les autres, affolés.

05 Mai 2014 | Comments (6)