Nous sommes tous d’accord pour dire et répéter que le socialisme est une catastrophe. Nous l’avons assez vécu avec Mitterrand, Mauroy, Fabius, Rocard, Cresson, Bérégovoy, Jospin et maintenant Hollande, même si, avec Jospin, le chômage avait très sérieusement baissé (grâce, il est vrai, à une conjoncture internationale soudain très favorable).
On dira que « les autres » –Chirac, Balladur, Juppé, Raffarin, Villepin, Sarkozy, Fillon- n’ont guère fait mieux, même si –on l’a oublié- Villepin avait réussi à faire (un peu) baisser et les déficits et le chômage.
Mais on est alors bien obligé de préciser que, si la gauche a souvent fait une politique de gauche, la droite, elle, n’a jamais osé faire une vraie politique de droite.
En fait, le drame de la France est de patauger et de se noyer dans une politique « socialo-n’importe quoi », tantôt affichée tantôt honteuse, depuis maintenant plus de quarante ans, depuis Giscard. Ce qui explique l’état dans lequel nous nous trouvons, avec des entreprises exsangues, ayant, faute de pouvoir investir et innover, perdu toute compétitivité, un chômage de masse qui n’a cessé d’augmenter, une précarisation générale des classes moyennes, un délitement de tous les services de l’Etat et une crise morale dévastatrice qui s’est ajoutée aux crises économique et sociale qui ravagent le pays.
Cela fait maintenant un demi-siècle que les Français, impuissants, sont entrainés par une politique « unique et correcte » dans cette descente aux enfers, en se raccrochant, d’élection en élection, à l’espoir bien naïf qu’une alternance pourrait les sortir de l’abime et en attendant « l’homme providentiel » qui n’arrive jamais.
Ne nous faisons aucune illusion. Le « petit Catalan aux dents longues » qui vient d’entrer à Matignon n’est pas un homme providentiel. Il n’est, au mieux, qu’une nouvelle version un peu rosie de Sarkozy. Agité, impétueux, sûr de lui, méprisant la terre entière, prêt à « casser la baraque », il « en veut », c’est-à-dire qu’il veut le pouvoir pour le pouvoir, pour lui et pour lui seul, sans autre idée préconçue.
Notre chance est, peut-être, que ce type soit incontestablement beaucoup plus arriviste que socialiste. Et qu’il soit assez malin pour avoir compris depuis longtemps que, pour réussir là où tous ses copains ont lamentablement échoué, il fallait balancer aux orties toute l’idéologie, tous les dogmes et tous les programmes du parti socialiste. Ce que d’ailleurs bien des hommes de droite n’ont toujours pas compris.
Certes, il vient d’être nommé par Hollande lui-même ce qui pourrait être une tache indélébile, mais il ne faut pas oublier qu’il avait, il y a déjà longtemps, demandé qu’on supprime le mot « socialiste » du titre du parti, que Martine Aubry, alors première secrétaire du PS, lui avait demandé de quitter le parti et que, lors de la primaire de la gauche en 2011, il avait froidement déclaré que le programme du PS était « à revoir », qu’il s’était déclaré favorable à une TVA-protection (idée de Sarkozy) et à l’utilisation de toutes les marges de manœuvre pour réduire les déficits et la dette (vieille idée de… Raymond Barre).
Les militants socialistes l’entendent encore s’écrier textuellement : « S’imaginer que nous pourrions promettre l’augmentation des dépenses, la stabilisation des impôts, le retour à la retraite à 60 ans et la suppression des agences de notation est une erreur ». Il n’avait obtenu que 5,63% des voix des sympathisants. Avant de devenir, quelques mois plus tard, le personnage politique le plus populaire de France.
Bref, depuis longtemps, Valls a mis sa carte du parti dans sa poche et son mouchoir par-dessus. Aujourd’hui, il sait que sa seule chance de réussir –ce qui est son obsession pour 2017 et plus tard- est de jouer les technocrates les plus cyniques et, en effet, de « casser la baraque vermoulue », c’est-à-dire de faire table rase de toute « l’exception française » qui a détruit le pays et cela va de notre mille-feuille administratif à notre fiscalité, en passant par notre code du Travail et notre système de protection sociale.
Bien sûr, il faut attendre son discours de politique générale, mardi, pour savoir s’il aura le courage et même le culot d’être logique avec lui-même en bafouant, du haut de la tribune de l’Assemblée, et le président qui vient de le nommer et la majorité à laquelle il va demander un vote de confiance.
En lui imposant un gouvernement de « Hollandais », Hollande lui a déjà mis des bâtons dans les roues et, dans son beffroi de Lille, Martine Aubry s’est réveillée et semble bien décidée à reprendre du service pour fusiller Hollande en fusillant Valls.
Les députés socialistes, eux, vont sans doute attendre un peu. Ils ont compris que Hollande n’était plus le bon cheval. Au cas où Valls réussirait, ils pourraient trouver en lui un sauveur inespéré.
La seule question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Valls va réussir son coup d’Etat. Tout le monde ne peut qu’espérer que cet ambitieux fasse « le sale boulot » indispensable que personne depuis un demi-siècle n’a osé faire. Sans être un homme providentiel, cet homme de gauche qui n’est pas de gauche pourrait être une chance…

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