Une tuile de plus vient de tomber sur la tête de François Hollande. On sait qu’il commence à en avoir l’habitude et il parait d’ailleurs que cela ne lui fait plus ni chaud ni froid. Mais tout de même… A force, il ne va y avoir beaucoup de tuiles (ni d’ardoises, en fait) sur le toit de l’Elysée.
Grâce à Médiapart qui est donc devenu, dans notre vie politique pourrie, le seul policier et le dernier juge en qui nous puissions encore avoir confiance pour débusquer les malfrats et condamner des truands, la France entière a appris, hier, que le plus proche collaborateur du président de la République (qui avait le bureau voisin du sien au premier étage de l’Elysée) était si ce n’est un escroc patenté du moins un voyou incontestable.
Brillant sujet, ancien interne des Hôpitaux de Paris et même ancien élève de l’Ena, Aquilino Morelle avait pendant longtemps partagé sa vie entre le militantisme socialiste de choc et les fromages de la haute fonction publique. Tantôt plume de Jospin à Matignon (1997-2002) mais battu aussi bien aux municipales (à Nontron, en Dordogne, en 2001), qu’aux législatives (en Seine-Maritime, en 2002 et en 2007), tantôt à l’Inspection Générale des Affaires Sociales (la célèbre IGAS où vient d’être recasée Dominique Voynet) où il s’était notamment occupé de l’affaire dramatique du Médiator.
Après avoir servi Laurent Fabius, puis Arnaud Montebourg, il avait mis sa plume au service de François Hollande pendant la campagne présidentielle ce qui lui avait particulièrement réussi puisque, Hollande une fois élu, il était devenu le conseiller occulte, le maitre à penser, le gourou et l’âme damnée du nouveau président, le véritable « maire du palais ».
A l’Elysée, tout le monde rigolait (sous cape, bien sûr) des goûts de luxe délirants de ce fils de très modeste réfugiés espagnols qu’on surnommait « le petit marquis » et qui se pavanait dans son grand bureau donnant sur les jardins élyséens, en recevant ses collaborateurs tout en se faisant cirer ses chaussures et couper les cheveux par un cireur et un coiffeur (de luxe) venus de l’extérieur, le tout accompagné des meilleures bouteilles qu’il faisait monter de la cave présidentielle. Grotesque, puant, insupportable mais tout puissant.
Tant de morgue ne pouvait, bien sûr, à la longue, que provoquer un certain agacement chez ceux qu’il écrasait de son mépris de parvenu et qui avaient quelques archives bien tenues. On sait que la délation est le sport le plus pratiqué en France. Médiapart a donc reçu des informations très précises signalant qu’en 2007 l’inspecteur des Affaires Sociales dénommé Aquilino Morelle avait été payé (12.500 €) par le laboratoire danois Lundbeck pour « faciliter les choses » entre ce laboratoire et l’administration française. Cela s’appelle, au choix, de la « corruption passive de fonctionnaire » ou de la « prise illégale d’intérêt » ou de la « petite crapulerie » et ce n’est pas… autorisé. C’est même puni par la loi de 5 ans d’emprisonnement et 75.000 € d’amende ce qui n’est pas rien.
A dire le vrai, on avait déjà entendu parler de cette affaire en 2011 mais Morelle était encore un inconnu et les fuites sur ses indélicatesses émanaient alors des laboratoires Servier, au cœur de l’affaire du Médiator. On en avait donc conclu qu’il s’agissait simplement d’une opération visant à discréditer celui qui suivait le dossier à l’IGAS. Il n’en était rien. Morelle était bel et bien un fonctionnaire véreux.
Hier, quelques heures après la publication par Médiapart des preuves l’accablant, Morelle a cru devoir publier un long démenti affirmant, bien sûr, qu’il était totalement innocent et qu’il avait eu l’autorisation de sa hiérarchie d’effectuer ce petit travail pour ce laboratoire étranger. Le corrompu aggravait son cas en mentant ! L’IGAS démentait d’ailleurs immédiatement avoir été au courant des « ménages » de son ancien collaborateur. Tout cela rappelait furieusement l’affaire Cahuzac. Les yeux dans les yeux !
Manuel Valls, pourtant vieux complice de Morelle (ils ont été tous les deux au cabinet de Jospin en 1997) a convoqué le « présumé » coupable ce matin à Matignon et lui a « conseillé » de donner immédiatement sa démission « pour mieux assurer sa défense ». Ce que le malheureux a bien dû faire quelques instants plus tard.
Qu’il y ait quelques crapules dans les couloirs du pouvoir et même dans ceux de l’Elysée n’est pas nouveau. La justice n’a toujours pas apuré les comptes fantastiques de Claude Guéant. Ce qui est nouveau et plutôt une bonne nouvelle c’est que nous ayons à Matignon, faute de l’avoir à l’Elysée, un type qui a compris que les Français ne supportaient plus cette faune où, par exemple, le conseiller du président, Aquilino Morelle, vit avec la directrice de cabinet de la ministre de la Culture, Laurence Engel, ancienne normalienne, ancienne énarque, qui va être nommée directrice du musée Picasso lequel va sans doute fusionner avec le Centre Pompidou et que la ministre de la Culture en question, Aurélie Filippetti, ancienne normalienne (de Fontenay-Saint Cloud seulement), elle, vit avec un ancien secrétaire d’Etat de… Raffarin, Frédéric de Saint Sernin.
Les Français en ont sûrement assez de tout ce petit monde-là de copinage, de combines, qui danse, au cours de folles soirées bien arrosées au meilleur champagne, la rumba sur un volcan sans même s’en rendre compte.

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