Faut-il que François Hollande s’affole et que le PS soit en débandade pour qu’ils n’aient trouvé personne d’autre que Jean-Christophe Cambadélis comme nouveau patron du parti du président ! Il est vrai que n’importe qui ne peut qu’être meilleur que le pitoyable Harlem Désir et que nommer Cambadélis premier secrétaire à quelques semaines des européennes et alors que le chef de l’Etat bat tous les records d’impopularité c’est évidemment l’envoyer à l’abattoir. Mais tout de même !
La carrière de celui que ses amis appellent « Camba » est une caricature. Il a fait ses débuts comme trotskiste, version lambertiste, les durs de durs, avec Lionel Jospin. Puis, il a, comme Jospin, fait de « l’entrisme » au PS avec l’espoir d’entrainer le parti de Mitterrand vers les rives délirantes du communisme révolutionnaire. Puis, devenu sans doute plus ambitieux qu’idéologue, après l’élimination de son camarade Jospin, il est devenu Strauss-Kahnien et militant dans le strauss-kahnisme au point d’être considéré comme le bras droit de DSK. On le présentait même parfois comme le futur Premier ministre du futur président Strauss-Kahn. Ses espoirs s’évanouirent, bien sûr, un petit matin, dans une chambre d’hôtel new-yorkais. Qu’à cela ne tienne, il devint aussitôt aubryste. Jusqu’au jour où Martine Aubry fut battue lors de la primaire de gauche. Illico, il se rallia à Hollande. En quelques années, Cambadélis était donc passé de l’extrême-gauche la plus échevelée à la social-démocratie la plus assumée, sans remords ni scrupules et surtout sans pudeur.
On dira qu’il n’est pas le seul au PS à avoir ainsi mis beaucoup d’eau saumâtre dans son vin rouge, au gré des évolutions des héritiers de Jaurès et de Blum. Mais son CV ne se limite pas à ces contorsions acrobatiques et intéressées.
Habitué des couloirs de la rue Solferino, Cambadélis l’est aussi du Palais de Justice de Paris et notamment de la XVIIème chambre du tribunal correctionnel.
En janvier 2000, il a été condamné à 5 mois de prison (avec sursis) et à 100.000 francs d’amende pour « recel de biens sociaux ». Il avait eu un emploi fictif dans une société gestionnaire de foyers pour travailleurs immigrés, l’Agos. En juin 2006, il a été condamné à 6 mois de prison (toujours avec sursis) et à 20.000 € d’amende, cette fois pour « abus de confiance ». Il avait eu un emploi fictif dans une filiale de la Mnef. Le bonhomme était, en quelque sorte, récidiviste dans les emplois fictifs et il est donc presque curieux qu’il ait encore pu bénéficier du sursis.
On dira qu’il a payé. Du moins ses amendes, qu’il y a prescription et que, dans sa grande générosité, le tribunal correctionnel n’avait pas prononcé de peine d’inéligibilité (en 2006, Cambadélis était député de la 20ème circonscription de Paris).
Une chose est sûre : en mettant à sa tête ce qu’il faut bien appeler « un repris de justice », le PS ne pourra plus jamais attaquer l’opposition, reprocher à Juppé d’avoir été condamné et à Sarkozy ou Copé d’apparaitre dans d’innombrables dossiers sur lesquels se penchent avec avidité nos juges d’instruction.
Ce poste de premier secrétaire du PS va-t-il être pour Cambadélis un énième emploi fictif ?
C’est vraisemblable. Le rôle de patron du parti du président est toujours délicat à interpréter puisqu’il s’agit, pour lui, de faire marcher au pas des bataillons de godillots derrière le drapeau du chef de l’Etat. Or, les bataillons du PS commencent sérieusement à se clairsemer, du moins en ce qui concerne les troupes, et les sous-officiers de service, vieux briscards rêvant de pouvoir rempiler en 2017, ont bien souvent perdu la cadence. Quant au drapeau du grand chef, il est en lambeaux.
En s’emparant de ce drapeau en lambeaux, Cambadélis sait qu’il part à la bataille avec deux défaites cuisantes, programmées et immédiates : les européennes (où selon les derniers sondages, le PS arriverait honteusement en troisième position, derrière l’UMP et le FN) et les sénatoriales (pour lesquelles la défaite des socialistes aux municipales entraine mathématiquement un triomphe de l’UMP).
Mais, en fait, tout cela n’a guère d’importance. La boutique de la rue Solferino est en déshérence, elle n’a plus rien à vendre, même en solde, plus de clients et on ne s’arrête plus devant sa vitrine poussiéreuse.
Mais il n’en reste pas moins choquant que ces moralistes donneurs de leçons à deux balles se soient choisi comme gérant… un repris de justice. Moi-président, moi-prendre un voyou…
Il est vrai qu’il aurait tort de se gêner. La presse de ce matin semble ignorer le passé du nouveau premier secrétaire du PS.

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