Personne ne l’avait remarqué en France et ce sont des blogs d’universitaires américains spécialistes de la politique française qui le soulignent aujourd’hui. Pourtant la chose mérite qu’on s’y arrête un instant et pourrait même bien faire date.
Pour la première fois dans l’histoire de la République, lors de ces dernières élections municipales, un enfant d’immigrés d’origine « non-européenne » et de confession musulmane a été élu maire d’une ville de plus de 30.000 habitants. Azzedine Taïbi, 49 ans, fils d’immigrés Algériens a, en effet, été élu maire Stains, importante commune (34.887 habitants) de Seine Saint Denis, le fameux 9-3. Azzedine Taïbi conduisait une liste PC-Front de gauche.
Au premier tour, avec, il est vrai, 52,30% d’abstention, Azzedine Taïbi a obtenu 49,57% des voix devant le candidat UMP, Julien Murgerin, 31,65%, et le candidat UDI, Khader Abdellali, lui aussi d’origine magrébine, 12,06%. Au second tour, Taïbi l’a emporté avec 50,33% devant Murgerin 41,93% et Abdellali 7,74%.
Stains est un fief communiste historique. En 2008, le candidat du PCF, Michel Beaumale, avait été réélu, pour son quatrième mandat, au premier tour avec 53,38% des suffrages. C’est d’ailleurs la première fois depuis la Libération, cette année, qu’il a fallu deux tours au candidat communiste pour être élu maire de Stains.
Il faut se souvenir que Stains, avec son boulevard Maxime Gorki, ses avenues Stalingrad, Lénine, Paul Vaillant-Couturier, Jules Guesde, Romain Rolland et Roger Salengro, sa place du Colonel Fabien et ses rues Henri Barbusse et Pierre Curie, a pour députée Marie-George Buffet, l’ancienne patronne du PCF et que cette ville qui n’est qu’à 3 km au nord du périphérique parisien compte 57% de logements sociaux et 33% de jeunes de moins de 20 ans. Ajoutons que Stains est jumelée avec le camp de réfugiés palestiniens d’Al Amari en Cisjordanie.
Comme tous les maires nouvellement élus, Azzedine Taïbi qui était déjà conseiller général du canton de Stains vient de constituer son équipe municipale. Sur ses 14 adjoints, on note la présence de Mmes Najia Amzal (à la santé), Géry Dykoka Ngolo (à la jeunesse), Farida Aouidia (à la coopération internationale), Angele Dione (à la vie associative), Zahia Nedjar (à l’action sociale) Nabila Akkouche (aux handicapés) et M. Kassem Idir (à la vie des quartiers)… Certains diront qu’une certaine forme de parité est parfaitement assurée. D’autres trouveront que c’est tout de même beaucoup.
Ces mêmes blogs américains ont fait le calcul. Lors de ces dernières élections municipales, 2.343 candidats d’origine « non européenne » (c’est-à-dire, le plus souvent, magrébins et musulmans) ont été élus conseillers municipaux. Il n’y en avait eu que 1.069 lors des élections de 2008. Leur nombre a donc plus que doublé. Ils représentent aujourd’hui 6,7% des conseillers municipaux de France.
Tous ces élus sont, bien sûr, des Français « à part entière », selon la formule consacrée, et « français comme tous les autres Français », selon le slogan à la mode, qu’ils soient nés en France ou naturalisés de fraîche date.
Il y a, bien sûr, deux façons de réagir à cette « évolution ». Pour certains, ce succès de la « diversité » prouve que l’intégration devient une réalité. Ils veulent croire que le désir de ces Français « issus de l’immigration » de participer pleinement à la vie de leur commune facilitera l’assimilation de ces communautés d’origine étrangère au sein de l’ensemble national.
D’autres, au contraire, s’inquiètent. Les villes dans lesquelles ces immigrés (ou fils d’immigrés) ont été élus sont déjà très souvent marquées par un redoutable communautarisme. Quelles vont être l’influence et l’action de ces nouveaux élus, généralement musulmans et parfois pratiquants, dans la vie quotidienne de ces communes ? On sait que les mairies gèrent la vie quotidienne des citoyens, les écoles, les piscines, les terrains de sports, attribuent les logements sociaux, distribuent des subventions aux associations, etc.
Que vont faire ces élus musulmans quand il faudra débattre des menus dans les cantines scolaires, de la mixité dans les piscines ou sur les terrains de sport, à qui vont-ils attribuer des logements, quelles associations plus ou moins culturelles vont-ils soutenir ? Quelle sera leur attitude en face de notre fameuse laïcité et des imams prêchant le djihad dans des mosquées plus ou moins clandestines ?
On aimerait partager l’optimisme béat des uns mais on comprend l’inquiétude des autres.

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