Après avoir été députée européenne en 1991, candidate à la présidentielle en 1995 (3,31% des voix), députée du Jura en 1997, ministre de l’Ecologie dans le gouvernement Jospin en 1997, sénatrice de la Seine Saint Denis en 2004, de nouveau candidate à la présidentielle en 2007 (1,57% des voix) et enfin maire de Montreuil en 2008, Dominique Voynet, l’une des grandes figures des Verts, a décidé d’abandonner la politique en se déclarant « dégoûtée par la dégradation de la vie politique française ». Elle aura mis le temps ! Vingt ans pour s’apercevoir que la politique n’est bien souvent que magouilles, compromissions, combines et coups fourrés.
En réalité, si Dominique Voynet ne s’est pas représentée aux dernières municipales de Montreuil c’est tout simplement parce qu’elle savait qu’elle serait laminée. Voynet a toujours tout raté et n’a jamais été capable de se faire réélire nulle part. Elle a même été une déplorable ministre de l’Ecologie. On se souvient de sa guerre contre les chasseurs quand elle a instauré « une journée sans chasse », on se souvient surtout de ses bien malencontreuses déclarations lors de la marée noire consécutive au naufrage de l’Erika, quand, devant le désastre catastrophique, cette péronnelle se contenta de lâcher : « Ce n’est pas la marée noire du siècle ».
On s’imaginait donc qu’en quittant la scène politique, Dominique Voynet allait se faire oublier en reprenant son poste d’anesthésiste-réanimatrice à l’hôpital de Dôle qu’elle n’aurait jamais dû quitter. C’était bien mal connaitre notre faune politique avec ses magouilles, compromissions, combines et coups fourrés qu’elle dénonçait elle-même.
Hollande vient, en Conseil des ministres, de la nommer inspectrice générale des affaires sociales. Un fromage, une planque, une sinécure, un parachute, un placard doré, une prime à l’échec. Bien sûr, ce n’est pas grand-chose à coté du poste de secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, offert à Harlem Désir pour le récompenser d’avoir été nullissime pendant deux ans à la tête du PS. Mais tout de même cela devrait faire tousser.
Pour l’instant, il n’y en a qu’un à avoir toussé : Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale qui écrit froidement -mais à juste titre- sur son blog qu’il s’agit là d’« un accroc à la République irréprochable » (suivez mon regard) et qu’il est bien dommage de récompenser ainsi « le triste itinéraire d’une enfant gâtée de la République qui a laissé Montreuil en ruines et la gauche divisée comme jamais ». On ne peut que partager l’indignation du troisième personnage de l’Etat.
L’ennui, bien sûr, c’est que Bartolone est bien mal placé pour donner de telles leçons de morale au chef de l’Etat. D’abord, parce que, question magouilles, combines et népotisme, il devrait se montrer beaucoup plus discret lui qui a embauché sa propre femme, Véronique, à son cabinet en la nommant sans rigoler « chargée de mission auprès du président de l’Assemblée nationale, chargée des interventions et des droits des femmes ».
Ensuite, parce que, pour Bartolone, il s’agit moins de s’ériger en moraliste que de régler des comptes purement personnels dans le marécage souvent nauséabond de la Seine Saint Denis. Bartolone et Voynet se sont toujours affrontés avec une violence souvent inouïe dans le 9.3. Voynet a d’ailleurs expliqué son départ en déclarant que Bartolone était « le parrain du département », et en précisant « je me refuse da baiser la bague de ce parrain ». On a quelques fois la dent un peu dure entre « camarades de gauche ».
Cela dit, le seul coupable dans cette affaire c’est, bien sûr, Hollande lui-même. Moi-président je recase les copains quand ils perdent leur boulot.
Si on étudie les résultats des dernières municipales et si on en croit les pronostics pour les prochaines européennes, le chef de l’Etat va avoir énormément de travail et c’est à tour de bras qu’il va devoir faire tourner le tour extérieur des nominations. Il va y avoir des régiments entiers de parachutés. C’est tout de même honteux et on comprend la montée de l’abstentionnisme et des extrêmes…