Tout le monde se réjouit, bien sûr, de la libération des quatre journalistes français retenus en otages depuis des mois en Syrie. Leur joie, ce matin, débarquant d’un hélicoptère à Villacoublay, faisait plaisir à voir ainsi que celle de leurs familles.
Naturellement et comme toujours, nous n’avons eu aucun détail sur les conditions de cette libération. Laurent Fabius a répété, une fois de plus, que la France ne payait jamais de rançon, tout en précisant cependant que « les négociations » avaient été longues et difficiles. On peut donc se demander ce que nos services secrets ont bien pu « négocier » avec ces preneurs d’otages si ce n’est, justement, le montant de la rançon. Si Paris ne peut, bien sûr, pas l’avouer pour ne pas provoquer une immédiate multiplication de ces prises d’otages, personne n’est dupe, la France finit toujours, évidemment, par payer pour récupérer ses otages. En espèces sonnantes et trébuchantes et/ou en matériel de guerre.
Dans les bribes de confidences qu’ils nous ont faites, nos ex-otages nous ont révélé que certains de leurs geôliers parlaient français. La chose est importante. Le groupe d’islamistes qui les détenait est d’origine irakienne. Les Irakiens ne parlent pas le français, contrairement aux Syriens ou aux Libanais. On peut donc penser que nos otages étaient détenus (et maltraités) par des « Français » -ici les guillemets s’imposent- partis faire le djihad. Fabius l’a presque laissé entendre.
On sait qu’il y aurait maintenant plusieurs centaines de jeunes issus de nos banlieues dans les rangs des groupes islamistes les plus radicaux guerroyant en Syrie. Ces jeunes – du moins ceux qui n’auront pas été tués dans les combats- rentreront un jour dans nos banlieues avec évidemment l’envie de poursuivre le djihad chez nous…
Mais cette heureuse libération remet aussi le drame syrien en pleine lumière. Le Mali, la Centrafrique, l’Ukraine, sans parler des petites péripéties de notre vie politique, politicienne, politicarde, avaient fini par nous faire oublier qu’à l’autre bout de la Méditerranée, ils continuaient à s’entretuer dans une guerre sans merci. Ils auraient même, selon les chiffres « officiels », dépassé maintenant les 150.000 morts.
Sur le tarmac de Villacoublay, François Hollande était visiblement satisfait. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas pu afficher un tel sourire devant toutes les caméras de toutes nos chaines de télévision qui retransmettaient en direct l’arrivée des ex-orages.
Mais ce sourire avait quelque chose d’impudique, de choquant. En effet, François Hollande s’est ridiculisé, déconsidéré et même déshonoré dans toute cette affaire syrienne et personne ne peut l’avoir oublié.
Hollande s’est ridiculisé et déconsidéré en jouant les matamores, en faisant des moulinets avec ses petits bras et son sabre de bois, quand il s’est mis à menacer Assad, en annonçant qu’il allait le « punir », le châtier », et qu’il a mis l’armée française sur le pied de guerre dans un grand branlebas général, et puis… en attendant que les autres, Cameron et surtout Obama, l’accompagnent pour partir dans cette invraisemblable croisade vengeresse. Mais les autres ne sont pas venus. On se souvient à quel point la France avait été alors, par la faute de Hollande, grotesque dans cette mise en scène à grand spectacle.
Le président de la République française ignorait visiblement que la Syrie était un grand pays, avec une puissante armée –rien à voir avec le Mali ou la Centrafrique-, que Béchar al Assad était totalement soutenu par la Russie, la Chine et l’Iran –rien à voir avec Kadhafi- et que cette région du monde était, depuis des décennies, considérée comme un baril de poudre. Visiblement aussi il n’avait jamais lu les journaux et ne savait donc pas –contrairement à Cameron et Obama- ce qui s’était passé en Afghanistan ou en Irak quand les meilleures armées de l’Occident avaient voulu aller y imposer la démocratie ou du moins leurs propres lois.
Mais, plus grave encore, Hollande ne s’est pas contenté, en jouant les chefs de guerre d’opérette, de vouloir éliminer le dictateur alaouite qui lui déplaisait. Et c’est ici qu’il s’est déshonoré. Il a, en prétendant jouer les fins stratèges, apporté le soutien total, massif, diplomatique et militaire de la France à des fous furieux, à des fanatiques islamistes voulant instaurer la Charia et le Califat sur tout le Proche-Orient et déclarer la guerre sainte à l’Occident.
N’ayant jamais lu le Guide Bleu de la région et ayant –à l’école de Sarkozy- choisi Bernard-Henry Lévy comme conseiller, Hollande a confondu des fanatiques redoutables avec de braves démocrates. En prétendant vouloir aider des démocrates contre un dictateur, il a soutenu, aidé, légitimé des fanatiques qui voulaient remplacer une dictature laïque par une théocratie archaïque et sanguinaire bien pire encore.
On apprendra peut-être avant longtemps que ces « fous d’Allah » qui s’étaient emparé de nos quatre otages et les avaient maltraités pendant de si longs mois étaient non seulement des enfants de l’immigration élevés dans nos banlieues mais qu’en plus ils avaient bénéficié de l’aide de la France que Hollande leur avait envoyée pour faire la guerre au dictateur de Damas et… à l’Occident.
Ce sourire de satisfaction avait quelque chose d’impudique. La Syrie restera comme l’une des (innombrables) grandes erreurs de ce quinquennat pitoyable.

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